J’aime pour plein de bonnes raisons Matthieu Malon. Non véritablement du fait que le garçon se trouve certifié d’un double M… C’est évidemment bien plus que ce clin d’œil symbolique.
Le prolifique orléanais n’a de cesse de revêtir ses multiples casquettes mais toujours au service d’un artisanat textuel et mélodique inspiré (que l’intéressé revienne à nous via son cheminement solo ou par le biais, entre autres, du projet Laudanum).
Je confesse n’avoir succombé à son univers qu’au jour de la sortie du bouleversant Désamour (bientôt 10 ans au compteur). J’ai logiquement suivi le parcours, à rebours puis de manière chronologique, en y confrontant des ressentis dissemblables. Alors forcément, l’écoute d’un nouvel album c’est le gage d’une excitation liée au caractère aléatoire de mes propres aspirations.
Autant vous le dire tout de go, La poudre aux yeux est une réussite ! La production y combine indéniablement ce que le musicien a fait de mieux au fil de ses précédentes sorties. Plus qu’un nouveau disque, c’est un condensé de vibrations aussi variées que propulsées par une logique glissant au gré des méandres actuelles ou passées de l’intime.
Avec La Sirène, Matthieu Malon semble flirter avec le meilleur d’Étienne Daho. Question pop à la française, la référence est ô combien honorable mais ne souffre pas d’un quelconque calque sans intérêt. Non, notre guide est trop malin et doué, histoire de nous conduire vers un ailleurs afin de valider sa propre signature… Cette appropriation qui fait qu’en absorbant des passions rock (Le Sablier vous mettra une claque avec son électricité épique – idem mais en plus déjanté avec Invisible) mais aussi électro, outre des tentations expérimentales etc… les effets et combinaisons font mouche.
Il y a ce spoken word et des chuchotements qui viennent affuter les textes si bien pesés mais également des airs qui nous emportent aux confins d’une musicalité souvent âpre et généralement mystérieuse (voir en ce sens l’hypnose sombre d’Acide).
Avec ce nouvel album, Matthieu Malon se plait à égarer l’auditeur dans les couloirs de son labyrinthe personnel.
Quoi qu’il en retourne, ce fût un plaisir intense de se perdre dans l’émotion instantanée qui m’a envahi dès les premières notes de La Rivière. L’introduction spleenétique évoque le son cristallin de Vini Reilly. Une douceur palpable vient arrondir les angles de sa belle nostalgie et le refrain si fragile rivalise concrètement avec les poignantes compositions du groupe Baden Baden. À mon sens, l’une des plus belles réalisations de Matthieu Malon depuis Sur La Dune flanqué sur un EP qui forcément, après le drame écologique vécu cet été 2026, résonne encore plus fort dans nos esprits.
MM cultive avec malice l’ambiguïté en signant un album exigeant, mélancolique et profondément personnel. Voilà pourquoi je l’aime.

Matthieu Malon · La poudre aux yeux
Lost In Music Records – 18 septembre 2026


