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Notre rentrée littéraire #01

Chaque semaine, jusqu’à fin octobre, nous vous proposons de découvrir nos choix – totalement subjectifs ! – parmi une rentrée littéraire généreuse. Un bon moyen de s’y retrouver dans ce foisonnement de publications, puisque nous y présenterons aussi bien des titres d’auteurs confirmés que des ouvrages de romanciers moins connus, voire débutants. Littérature française, littérature étrangère, littérature dite « de genre » ou pas : la diversité est au rendez-vous, à l’image de la curiosité des chroniqueurs d’Addict-Culture. Parmi les romans que nous vous présentons dans cette rubrique, certains feront bien sûr l’objet de chroniques plus approfondies.

 

Memorial Drive de Natasha Trethewey
traduit de l’anglais (USA) par Céline Leroy
Paru aux éditions de l’Olivier, 19 août 2021

Natasha Trethewey, Memorial Drive, L'Olivier

Le 5 juin 1985, Gwendolyn est assassinée par son ex-mari, Joe, dit « Big Joe ». Plus de trente ans après ce drame qui a changé sa vie, Natasha Trethewey, sa fille, affronte enfin sa part d’ombre en se penchant sur le destin de sa mère.

Dans ce récit déchirant, Natasha Trethewey, écrivaine et poétesse américaine lauréate du Prix Pulitzer en 2006, entremêle la trajectoire des femmes de sa famille et celle d’une Amérique meurtrie par le racisme. Elle rend à sa mère, Gwendolyn Ann Turnbough, sa voix, son histoire et sa dignité.

Entre amnésie volontaire, mémoire retrouvée et combativité, elle nous livre des pages superbes, magistralement traduites par Céline Leroy, où l’émotion le dispute à l’analyse, l’hommage de la poétesse et de l’intellectuelle à une mère aussi belle que combattante, victime de la violence du monde et de la folie d’un homme.

Memorial Drive a été un immense succès critique et public, restant plusieurs semaines dans la liste des best-sellers du New York Times.

 

 

 

 

 

 

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Le Créateur de poupées de Nina Allan
traduit de l’anglais par Bernard Sigaud
Paru aux éditions Tristram, 12 août 2021

Dans son dernier roman, La Fracture, Nina Allan avait déjà exprimé son goût pour les univers qui se croisent, se recoupent, se recouvrent. Dans Le Créateur de poupées, elle s’en donne à cœur joie. Andrew et Brambers, ses deux personnages principaux, partagent une passion : l’amour des poupées. Andrew en a même fait son métier, avec succès. Andrew est une personne de petite taille qui vit comme il peut sa vie d’enfant et de jeune adulte marginalisé par un physique singulier. Il rencontrera son destin à travers son amour pour les poupées, puisqu’il deviendra un créateur de poupées reconnu, recherché, courant les ventes et les expositions dans le monde.

C’est aussi le monde des poupées qui provoquera sa rencontre épistolaire avec Bramber Winters, une femme qui partage sa passion et qui vit au fin fond des Cornouailles, dans un établissement de soin où on ne sait trop si elle est malade ou si elle y travaille. Bramber se passionne pour les nouvelles écrites par Ewa Chaplin, créatrice de poupées polonaise. Le livre se partage donc entre le récit d’Andrew, les échanges épistolaires d’Andrew et Brambers et les étranges nouvelles d’Ewa Chaplin qu’Andrew a décidé de lire pendant le voyage qui le mène en Cornouailles, où il entend bien « libérer » Bramber alors qu’il ne l’a jamais rencontrée. Entre les thématiques des nouvelles, qui mettent régulièrement en scène un homme de petite taille et une femme en proie à un drame personnel, les images récurrentes – celle du pont entre autres, hautement symbolique -, les clins d’œil littéraires, l’histoire du couple tel que se l’imagine Andrew, et l’omniprésence des poupées, dont on connaît le pouvoir mystérieux, Le Créateur de poupées fascine, et sa structure aussi complexe que réjouissante en fait un objet littéraire unique et passionnant.

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Bangkok Déluge de Pitchaya Sudbanthad
traduit de l’anglais (Thaïlande) par Bernard Turle
Paru aux éditions Rivages, 25 août 2021

Un médecin américain en mission au XIXe siècle, des étudiants de l’université de Thammasat confrontés aux répressions militaires de 1976, un photographe déraciné fuyant les fantômes du passé, des adolescents embarquant les touristes sur les eaux qui submergent les buildings…

Traversant les décennies jusqu’aux années 2070, au gré de destins chahutés tous intimement liés à cette cité envoûtante, Bangkok Déluge navigue entre les traumatismes de l’histoire et l’anticipation d’un avenir proche où l’homme tente de repousser toutes les limites que la nature lui impose.

Une immersion dans une Bangkok en perpétuel mouvement, un portrait grandeur nature d’une ville tentaculaire tour à tour piège et refuge, un magistral chant d’amour à tout ce qui résiste à l’oubli, Bangkok Déluge est le premier roman de Pitchaya Sudbanthad.

 

 

 

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Le fils du professeur de Luc Chomarat
Paru à La Manufacture de Livres, 19 août 2021

Ces deux dernières années, Luc Chomarat nous a gratifiés de deux livres aussi brillants qu’étonnants, Le Polar de l’été et Le Dernier thriller norvégien, où le sens de l’absurde et l’amour des mots le disputaient à un sens de la narration peu commun. Avec Le Fils du professeur, Luc Chomarat change de registre avec un cheminement à hauteur d’enfant sur la route faite de rêves et de défis qui mène à l’âge adulte. Dans cette petite famille se joue l’éternelle aventure de l’enfance. Les combats acharnés contre les copains cow-boys, les stratagèmes habiles pour trouver sa place dans la cour de récré, les questionnements existentiels et la fascination pour les femmes si indéchiffrables. Et pendant ce temps, d’autres luttent pour la liberté, tuent des présidents, marchent sur la lune, mènent une guerre froide…

Echappant allègrement aux pièges du livre de souvenirs d’enfance, Luc Chomarat caracole avec maestria sur les chemins que parcourt son jeune héros, décrit le monde comme personne, sans jamais céder à la mièvrerie : cet enfant-là a une vision du monde et des interrogations qui n’ont rien d’attendrissant ni de naïf, et il lui arrive parfois de se montrer cruel. Comme tous les enfants. Drôle et tendre, aussi bondissant que le petit bonhomme de la photo de couverture, Le Fils du professeur est un bijou…

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Tableau final de l’amour de Larry Tremblay
Paru aux éditions La Peuplade, 19 août 2021

Librement inspiré de la vie du peintre Francis Bacon, Tableau final de l’amour fait le récit d’une quête artistique sans compromis, viscérale, voire dangereuse. Dans une Europe traversée par deux guerres s’impose la vision d’un artiste radical dont l’œuvre entière, obsédée par le corps, résonne comme un cri. S’adressant à l’amant qui lui a servi de modèle – ce « petit voleur inexpérimenté » qui, en pleine nuit, s’est introduit dans son atelier –, le narrateur retrace les errances de leur relation tumultueuse. Avec ce roman, rappelant l’érotisme de Bataille ou de Leiris, Larry Tremblay poursuit son œuvre de mise à nu de l’être humain.

« Il ne fallait pas peindre la surface des choses, mais ce qu’elle cachait. Ne pas peindre l’espace, mais le temps. Ne pas peindre ton corps, mais sa mort. »

Larry Tremblay est un dramaturge et romancier québecois prolifique et récompensé par de nombreux prix. Fasciné depuis longtemps par l’oeuvre de Francis Bacon, il avait déjà publié en 2012 un recueil de poèmes inspirés par  l’artiste, 158 Fragments d’un Francis Bacon explosé.

 

 

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Enfant de salaud de Sorj Chalandon
Paru aux éditions Grasset, 18 août 2021

Depuis l’enfance, une question torture le narrateur :
– Qu’as-tu fait sous l’occupation ?
Mais il n’a jamais osé la poser à son père.
Parce qu’il est imprévisible, ce père. Violent, fantasque. Certains même le disent fou. Longtemps, il a bercé son fils de ses exploits de Résistant, jusqu’au jour où le grand-père de l’enfant s’est emporté : «Ton père portait l’uniforme allemand. Tu es un enfant de salaud ! »
En mai 1987, alors que s’ouvre à Lyon le procès du criminel nazi Klaus Barbie, le fils apprend que le dossier judiciaire de son père sommeille aux archives départementales du Nord. Trois ans de la vie d’un « collabo », racontée par les procès-verbaux de police, les interrogatoires de justice, son procès et sa condamnation.
Le narrateur croyait tomber sur la piteuse histoire d’un « Lacombe Lucien » mais il se retrouve face à l’épopée d’un Zelig. En décembre 1944, recherché par tous les camps, il a continué de berner la terre entière.
Mais aussi son propre fils, devenu journaliste.
Lorsque Klaus Barbie entre dans le box, ce fils est assis dans les rangs de la presse et son père, attentif au milieu du public.
Ce n’est pas un procès qui vient de s’ouvrir, mais deux. Barbie va devoir répondre de ses crimes. Le père va devoir s’expliquer sur ses mensonges. Ce roman raconte ces guerres en parallèle. L’une rapportée par le journaliste, l’autre débusquée par l’enfant de salaud.

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True Story de Kate Reed Petty
traduit de l’anglais par Jacques Mailhos
Paru chez Gallmeister, 19 août 2021

Talentueuse mais solitaire, Alice Lovett prête sa plume pour écrire les histoires des autres. Pourtant elle reste hantée par la seule histoire qui lui échappe : sa propre vie. Une simple rumeur, lancée en ce lointain été 1999 par deux ados éméchés, a embrasé en un rien de temps toute la communauté. Que s’est-il réellement passé sur la banquette arrière de cette voiture alors qu’ils ramenaient Alice, endormie, chez elle ? Accusations, rejets, déni, faux-semblants… la réalité de chaque protagoniste vacille et reste marquée à tout jamais. Et quand le présent offre une chance de réparer le passé, comment la saisir ? Faut-il se venger ou pardonner ? Ou mieux vaut-il tout oublier ? Mais peut-on oublier ce qu’on n’a jamais vraiment su ?

Construit comme un piège machiavélique qui bouscule les certitudes, True Story explore la fluctuante tension entre fiction et réalité et la manière dont notre société diffuse et affronte la rumeur.

Kate Reed Petty est diplômée de l’université de St Andrews, en Écosse, et vit à Baltimore, Maryland. Elle a publié dans plusieurs magazines, et ses courts métrages ont été montrés au Maryland Film Festival. Elle est co-autrice de la bande dessinée pour enfants Chasma Knights.

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Climax de Thomas B. Reverdy
Paru chez Flammarion, 18 août 2021

Ce n’est pas vraiment une ville, plutôt une sorte de village de pêcheurs aux maisons d’un étage, niché au creux d’un bras de mer qui s’enfonce comme une langue, à l’extrême nord de la Norvège. C’est là que tout commence, ou plutôt que tout semble finir. Ça a débuté avec l’accident sur la plateforme pétrolière, de l’autre côté du chenal. Ça a continué avec cette fissure qui menace dangereusement le glacier, ces poissons qu’on a retrouvés morts. Et si c’était lié ? C’est en tant qu’ingénieur géologue que Noah, enfant du pays, va revenir et retrouver Anå, son amour de jeunesse, ainsi que les anciens amis qu’il avait initiés aux jeux de rôles. Il était alors Sigurd, du nom justement de cette maudite plateforme.

Avec Climax, Thomas B. Reverdy réveille le roman d’aventures en lui offrant une dimension crépusculaire et contemporaine, puisque désormais les glaciers fondent, les ours meurent et l’homme a irrémédiablement tout abîmé. Au moins, il reste la fiction pour raconter cette dernière aventure, celle de la fin d’un monde.

 

 

 

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