Théâtre

Loup des steppes, bête de scène

Du 7 au 10 novembre, au Théâtre universitaire de Nantes s’est jouée la première création du jeune metteur en scène et comédien Tanguy Malik Bordage. Déjà vu dans Le Neveu de Rameau proposé la saison précédente par Hervé Guilloteau, il a convié deux autres comédiens ayant participé au Neveu de Rameau : Coline Barraud et Kevin Laplaige. On y retrouve aussi Alice Tremblay danseuse de formation, et Pierre Bouglé régisseur du spectacle.

Tanguy Malik Bordage s’attaque à un monument de la littérature mondiale, Le loup des steppes de Hermann Hesse. Bien plus qu’une adaptation, le metteur en scène nantais s’approprie l’essence du livre, pour en délivrer un spectacle personnel et grandiose.

Tanguy Malik Bordage et Kevin Laplaige ©Christelle Guillotin
Tanguy Malik Bordage et Kevin Laplaige © Christelle Guillotin

L’envie de cette création lui est venue dès la lecture du livre, lors d’un séjour en Inde. Touché et se retrouvant dans les propos de l’écrivain allemand, Tanguy décide de travailler sur ce Projet Loup des steppes. L’histoire que raconte le livre est celle du parcours initiatique de Harry Hailer, qui ne se retrouve pas dans le conformisme de ses contemporains et éprouve la plus grande difficulté à vivre dans cette société au bord du gouffre. Il est comme un loup solitaire dans une vaste steppe. Une femme, Hermine, va l’amener à se confronter à ses contradictions et l’invite dans un théâtre magique aux étranges résonances fantasmatiques. Tanguy Malik Bordage, en plus de ce livre, convoque Nietzsche et l’autobiographie de Mike Tyson.

De tout cela, une création riche naît, mêlant des situations burlesques à des réflexions métaphysiques. Ces réflexions partent de celles de Hermann Hesse, mais deviennent celles du metteur en scène. Tanguy Malik Bordage interprète ce loup des steppes et s’approprie une œuvre et des réflexions datant de 1927. Il propose également son regard sur le théâtre. Un théâtre aux images fortes maniant le ridicule comme arme contre les conventions sociales de son époque. Tout le spectacle est une montée en puissance qui aboutit au théâtre magique, métaphore de la vision du metteur en scène sur l’art théâtral.

 Coline Barraud
Coline Barraud ©Christelle Guillotin

Cette première création est un geste théâtral fort. Quasiment une revendication, une dénonciation partant de ce que dit Hermann Hesse pour arriver à une critique de notre société. Mais le sujet qui en ressort le plus, à la vision de ce spectacle, est finalement le théâtre lui-même. Sur le plateau, jouant comme on court un sprint, tout est à flux tendu. Tanguy Malik Bordage a confié au site Fragil.org qu’il s’ennuyait souvent en tant que spectateur. Dans cette création, il y a l’énergie d’un premier cri de révolte, parfois confus. Cette confusion est assimilée par le spectacle. Le final est salutaire, replaçant le jeune metteur en scène face à ce travail et à celui à venir, un travail aspirant à un théâtre exploité au maximum.

Le loup des steppes de Hermann Hesse, mis en scène par Tanguy Malik Bordage

TU de NantesFacebookTwitter

Enregistrer

  •  
    6
    Partages
  • 6
  •  
  •  
  •  
  •  
  •   
Tags
Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
Fermer
Fermer