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« Mezzanine » de Massive Attack : Noirceur Jumelle

Bien peu d’artistes peuvent prétendre avoir changé le cours de l’Histoire de la musique. Et parmi ceux-ci, il serait encore plus difficile de trouver ceux qui ont accompli cet exploit deux fois.

Pourtant, les membres du collectif britannique Massive Attack constituent bien l’un de ces oiseaux rares : lorsque paraît leur tout premier album Blue Lines au début de l’année 1991, son mélange unique de soul gorgée de cordes, de hip hop et de dub, traversé par une résonance émotionnelle qui ne pouvait que laisser la concurrence loin derrière, les plaçait déjà sur la carte des formations importantes de la fin du XXème siècle.

Mais s’ils allaient creuser cette veine plus profondément encore sur Protection trois ans plus tard, c’est bien leur troisième album qui fera définitivement d’eux l’un des groupes les plus populaires de leur genre, ce qu’ils sont encore aujourd’hui.

Voilà un disque dont les caractéristiques étaient foncièrement enracinées dans les froids méandres du post punk.

Publié au printemps 1998, Mezzanine fut un départ radical de ses deux prédécesseurs, tant en termes de son que de méthode : si les énormes lignes de basses et les rythmes hypnotiques étaient toujours bien présents, la teneur globale du disque dévoilait une ambiance bien plus sombre qu’auparavant, ajoutant notamment une forte dose de guitares abrasives et de glaçantes nappes de synthés dans leur potion. De l’ouverture robuste et tranchante d’Angel aux forts courants traversant Group Four, de la romance baroque de Teardrop au tribalisme claustrophobe d’Inertia Creeps, de la lamentation poignante de Dissolved Girl à la langueur étoilée de Black Milk, voilà un disque dont les caractéristiques étaient foncièrement enracinées dans les froids méandres du post punk, plutôt que dans les parfums plus chaleureux des musiques noires précédemment distillées.

Cette approche transpirait même de leurs choix de samples, voyant le spectre du I Found A Reason du Velvet Underground hanter le menaçant Risingson ou le pont obsédant du 10:15 Saturday Night de The Cure s’insérer en plein milieu du bouleversant Man Next Door, reprise méconnaissable de John Holt, pour un effet dévastateur. Comme toujours, le casting judicieux de vocalistes invités joua aussi un grand rôle dans la réussite artistique de l’album, alors que l’organe céleste du fidèle Horace Andy était encore de la partie et que Liz Fraser, ex-chanteuse des Cocteau Twins, reprit la place auparavant dévolue à Shara Nelson ou Tracey Thorn, sa présence éthérée ajoutant une dimension onirique aux grandes manoeuvres.

Si Mezzanine a considérablement élargi l’audience du collectif vers des cercles plus naturellement portés sur le rock, il a aussi établi Massive Attack en tant que « véritable » groupe au sens le plus traditionnel du terme et, qui plus est, l’un de ceux qui comptent. À ce jour, il a attiré et influencé un nombre impressionnant d’artistes et de gens qui ne se seraient probablement pas intéressés autrement à une musique majoritairement créée sur des machines. Au cœur de la conception de ce diamant noir œuvrait un certain Neil Davidge, qui a non seulement produit le disque depuis l’arrière de sa console, mais aussi largement contribué à en façonner les chansons elles-mêmes, étant la principale force maintenant l’édifice debout alors que le trio fondateur de Massive Attack (comprenant Robert « 3D » Del Naja, Grant « Daddy G » Marshall et Andrew « Mushroom » Vowles) était sur le point d’exploser pour divergences créatives.

Alors que le site Addict-Culture préparait la commémoration du vingtième anniversaire de cet album-charnière, dont l’aura flamboyante n’a pas vacillé le moins du monde après tout ce temps, Neil Davidge, qui devint les années suivantes le collaborateur privilégié de Del Naja sous la bannière de Massive Attack, a aimablement accepté de revenir pour nous sur ses souvenirs (merveilleux, pour la plupart) de l’époque de sa création, qui marqua aussi sa première implication d’envergure auprès du groupe et changea sa vie pour toujours.

Neil Davidge © Fin@Frictioncollective.com

Comment avez-vous rencontré les membres du groupe ? 

Neil Davidge – J’ai d’abord rencontré Mushroom, c’était au début des années 90 aux studios Coach House gérés par Andy Allen, où Massive Attack a enregistré une grande partie de Blue Lines. C’était vraiment un épicentre de rencontres musicales, étant l’un des rares studios professionnels de la ville. Mush passait souvent au studio et interrogeait Andy sur des sujets techniques, nous nous sommes croisés plusieurs fois alors que j’enregistrais là-bas et avons fini par faire connaissance, autour de conversations sur les samplers et la technologie midi. J’ai fini par me prendre une salle de production au studio, et je suis parti avec Andy lorsqu’il a été recruté par les bien plus gros studios Christchurch, ancienne propriété de la BBC, situés dans le village de Clifton une route plus haut. C’est à cette époque que j’ai rencontré Dee (Robert « 3D » Del Naja, ndlr).

Il errait dans les parages durant un enregistrement que je produisais pour un groupe de rock de Bristol du nom de Chillum. Il aimait ce que nous faisions, et nous avons vite découvert que nous avions été aux mêmes concerts à la fin des années 70 et au début des années 80. Mais c’est Andy qui m’a recommandé auprès du groupe pour remplacer The Insects, l’équipe de production qui avait travaillé avec eux sur Protection. Ils devaient aider Massive Attack à réaliser un titre avec Tracey Thorn pour la bande originale du film Batman Forever (une reprise de The Hunter Gets Captured By The Game, chanson écrite par Smokey Robinson qui fut un tube pour les Marvelettes en 1967, ndlr), mais ils ont eu un problème d’emploi du temps qui les a empêchés de le finir à temps. Cela me semblait être une évolution naturelle de continuer à travailler avec ces types après ça. Ils ont fini par prendre une pièce à Christchurch, juste à côté de la mienne, puis nous avons mis nos moyens en commun et commencé à travailler sur ce qui allait devenir Mezzanine.

Quel rapport aviez-vous avec leur musique avant de travailler avec eux ?

ND – Il faut d’abord dire que ma ville natale était probablement l’endroit le moins « cool » où vivre dans les années 80. Toute personne voulant s’impliquer sérieusement dans la musique ne traînait pas longtemps autour de Bristol : il valait mieux sauter dans un train pour Londres pour ne jamais revenir. J’ai joué de la guitare dans des groupes divers, barboté au milieu de séquenceurs et de synthés, remixé, produit, écrit des chansons, bref : je faisais tout ce qu’il était possible de faire qui soit en relation avec la musique. Je voulais désespérément « réussir », mais j’étais réticent à l’idée de partir : il y avait plein de bonnes choses qui se passaient dans la ville, beaucoup de concerts fantastiques, et des formations locales comme le Pop Group et les Glaxo Babies, qui expérimentaient des fusions de punk, de jazz, de dub et de funk, suffisamment pour inspirer une jeune esprit créatif, et en plus, c’était quand même chez moi.

« J’ai réalisé que j’avais été au bon endroit depuis le début, il fallait juste attendre le bon moment. »

Je n’ai jamais aimé rester à Londres trop longtemps, l’idée de m’installer là-bas ne me paraissait pas bonne, mais lorsque le Pop Group s’est séparé et que ses membres (ainsi que leurs projets parallèles) semblaient de moins en moins associés à la ville, l’éventualité que je doive faire mes valises s’est de nouveau imposée à moi. Mais les choses ont commencé à bouger au début des années 90, Smith & Mighty avaient attiré l’attention de la presse, même si ce n’était qu’au niveau de l’underground, et quand Blue Lines est sorti, c’était loin de se restreindre à la marge : cela a enfin placé Bristol au centre de toutes les attentions. La première fois que j’ai entendu Daydreaming (deuxième single officiel de Massive Attack, ndlr), je me suis reconnu dans cette espèce d’assurance introvertie, je comprenais cet humour, je captais les références musicales, les accents locaux. Après une longue période de doute, j’ai réalisé que j’avais été au bon endroit depuis le début, il fallait juste attendre le bon moment.

Mezzanine était un changement de style radical pour eux, sur l’aspect sonore comme musical. Était-il clair dès le départ qu’ils voulaient se réinventer ?

ND – Je ne sais pas si Gee (Grant « Daddy G » Marshall, ndlr) et Mush voulaient un changement, d’après les premières idées sur lesquelles j’ai commencé à travailler avec eux, il ne semblait pas y avoir beaucoup de volonté d’aller dans ce sens. En revanche il était évident pour moi que c’était ce que Dee voulait. Angelo Bruschini traînait énormément en studio, et dès qu’il improvisait sur sa guitare, je le samplais et jouais avec ce que j’avais pris. Dee et moi tripotions des synthés et des boucles pendant des heures, nous écoutions beaucoup de post punk ou de new wave, et des groupes comme Talk Talk. L’élément breakbeat et soul avait été laissé de côté, le seul qui en entretenait encore la flamme était Mushroom. Cette influence était encore présente en tant que partie de leur histoire, mais cela devenait une sorte de contrepoint plus qu’autre chose. Plus nous travaillions ensemble, plus nous nous éloignions de ce qu’étaient les albums précédents : Dee voulait explorer chaque nouvelle piste, et plus je me sentais à l’aise en tant que membre de l’équipe, plus nous avons, lui et moi, pris la direction des opérations.

Neil Davidge © Fin@Frictioncollective.com

À l’époque, vous déclariez avoir dû travailler avec chaque membre séparément. De quelle manière pensez-vous que cela a affecté l’humeur du disque ?

ND – Tout d’abord je retrouvais Gee and Mush au studio pour l’après-midi, puis Dee venait le soir et nous travaillions très tard. Il y a bien eu des occasions où ils se sont retrouvés tous les trois en studio ensemble et c’était sympa, mais d’une manière générale le véritable travail fut effectué avec Gee et Mush d’un côté ou Dee seul de l’autre. Cela semblait être à l’époque le meilleur moyen de donner corps à leurs idées. Au début je n’avais pas vraiment d’idée sur le sujet, les gens peuvent se sentir inspirés à des horaires différents et ont des points de vue différents sur la façon dont le processus de création s’intègre au reste de leur vie. Mais peut-être que plus Dee gagnait en confiance et se sentait galvanisé par notre relation de travail, plus Mushroom se sentait mis à l’écart. Au fil de l’enregistrement de l’album, les fois où je travaillais avec plus d’une personne à la fois se firent de plus en plus rares, jusqu’à ce qu’au final Dee et Mushroom se tombent dessus à bras raccourcis, d’une façon assez dramatique.

« Un disque bien plus sombre avec une dynamique de groupe plus traditionnelle, où le studio était devenu un instrument à part entière. »

Avec le recul, je me demande si c’est le fait d’avoir travaillé ainsi qui a influencé l’humeur de l’album, ou si c’est le fait d’avoir fini par faire un disque de ce type qui a apporté un changement fondamental dans le groupe. Je ne sais vraiment pas. Mais il est sûr que comparé aux précédents, Mezzanine semblait être un « second premier album », un disque bien plus sombre avec une dynamique de groupe plus traditionnelle, où le studio était devenu un instrument à part entière. Quand j’écoute aujourd’hui certains de ses extraits, je peux y entendre toute la tension générée, même dans Teardrop : je sais que cette chanson a complètement changé après que Dee et Mushroom se soient disputés, j’ai dû réduire le morceau à la partie de clavecin et au chant puis le reconstruire à cause de ce conflit.

Je me suis certainement retrouvé avec beaucoup de responsabilités, j’étais la seule personne constamment présente durant toute la réalisation de l’album. D’un point de vue créatif c’était génial, j’avais énormément de liberté, c’était mon travail de joindre les points entre eux et cela signifiait que je pouvais, sur bien des aspects, diriger l’ensemble du projet. Ce n’était pas délibéré de ma part, mais si j’étais bien en train de faire un album avec eux et pour eux, je devais aussi le faire pour moi puisque la plupart du temps je n’avais que mon propre jugement sur lequel m’appuyer.

 Il y avait bien eu quelques vrais instruments sur les sorties précédentes, mais Mezzanine est le premier album de Massive Attack où il y ait de la guitare, de la basse et de la batterie sur quasiment toute sa longueur. Comment avez-vous géré cet aspect, qui était une nouveauté dans leur musique ?

ND – Avoir de si bons musiciens à notre disposition était un vrai luxe, et comme nous étions désormais résidents aux studios Christchurch, nous n’avions qu’à descendre notre équipement dans la régie principale, installer le groupe dans le studio d’enregistrement et faire notre truc. D’après mes souvenirs, il y a eu une session principale s’étalant sur quelques jours avec le groupe au complet, suivie de plusieurs autres, plus courtes. La séance la plus importante comprenait Andy Gangadeen à la batterie, Winston Blisset à la basse, Angelo Bruschini à la guitare, Michael Timothy à l’orgue Hammond et aux claviers, et moi qui ajoutais quelques petites choses comme du piano ou des effets de guitare. Comme souvent, j’avais une version assez avancée de chacun des morceaux défilant depuis ma table de mixage, et nous les faisions jouer par dessus, en partant parfois de ce qui était sur les pistes pré-enregistrées, mais en les laissant aussi improviser et partir sur d’autres tangentes.

C’est comme ça qu’Angel a été conçu, tout comme Inertia Creeps et Teardro: voilà les titres qui furent les principaux résultats de cette séance précise. Il a fallu plusieurs prises pour Angel, avant qu’Angelo déniche ce motif de guitare désormais mythique, et qu’Andy ne se lance dans cette rythmique très rock, ce fut vraiment un moment incroyable. Le morceau était déjà puissant avec le riff de basse filtrée du Moog Prodigy et les claviers planants de Mushroom, mais l’élément live lui a donné une toute autre dimension. Inertia Creeps véhiculait le même sentiment lorsque la symbiose du groupe atteignait son sommet.

Le processus de création de certains titres, comme Risingson et Group Four par exemple, n’était pas particulièrement live, mais il y avait une attitude et une esthétique qui étaient bien celles d’un vrai groupe. La majeure partie de ces deux morceaux venait de mes programmations et des coupes que j’ai effectuées dedans. J’ai écrit la fin de Group Four pendant la nuit, alors que nous mixions l’album aux studios Olympic, pendant que tous les autres dormaient.

L’idée d’utiliser des musiciens live n’était pas du tout un virage cynique destiné à leur donner une authenticité de « groupe » pour les faire percer sur de nouveaux marchés, ça n’aurait pas fonctionné si cela avait été aussi simple. C’était une progression tout à fait naturelle, en particulier pour Dee et moi, d’aller dans cette direction, nous avions ce passé commun, tous ces concerts, c’était dans notre ADN et ça a conditionné la direction de l’album.

La production a toujours été un élément-clé dans la musique de Massive Attack, mais Mezzanine est le premier disque sur lequel cela semble aussi vital, sinon davantage, que les chansons elles-mêmes. Pensez-vous que c’était une période où le design sonore passait au premier plan pour devenir une forme d’art à part entière ?

ND – Je pense qu’il s’agissait plus d’un réflexe que d’une noble quête, pour être honnête. Cela nous a pris énormément de temps et nous a causés bien des nuits blanches. Nous étions curieux et nous disposions de toute la technologie nécessaire : si nous avions l’opportunité de tordre quelque chose et de le retourner comme un gant, alors nous devions voir où cela pouvait nous mener. Notre véritable démarche artistique était, et est toujours, de prendre cette expérimentation et d’en faire quelque chose qui résonne émotionnellement. C’est la partie la plus difficile, c’est là qu’il faut être préparé à garder le cap jusqu’à ce que ça fonctionne, quitte à abandonner de bonnes idées si elles ne vous font pas dresser les poils sur la nuque.

Ce fut plus facile de maintenir cet équilibre sur Mezzanine que sur 100th Window, l’album suivant : nous faisions alors quelque chose de nouveau et explorions des territoires inconnus. Nous n’avions ni attente précise ni feuille de route, et nous nous servions uniquement de nos tripes pour savoir ce qui était bon et ce qui ne l’était pas. Plus nous prenions de l’assurance par rapport à ce que nous faisions, plus cela semblait paradoxalement difficile parce que nos exigences envers nous-mêmes allaient croissant.

Teardrop a été un tube encore plus énorme que celui qu’ils avaient eu avec Unfinished Sympathy, et Mezzanine est aujourd’hui communément considéré comme étant un disque à l’influence majeure. Sur un plan personnel comme artistique, quel rapport entretenez-vous avec l’héritage lié à cet album, vingt ans après sa sortie ?

ND – À l’époque, on me demandait si je ressentais une pression liée au succès rencontré par les précédents albums. Des gens pour qui j’avais énormément d’estime m’ont dit que nous n’avions aucun tube évident. J’ai même eu des programmateurs radio qui me disaient qu’ils adoreraient soutenir le groupe mais que la musique était « trop lente », me demandant si je pouvais la rendre un peu plus rapide. OK Computer (album de la consécration pour Radiohead paru en juin 1997, ndlr) est sorti alors que nous luttions pour finir Mezzanine… J’avais l’impression que tout ce que nous faisions était nul après avoir entendu ça. Massive Attack a dû annuler une grosse tournée parce que l’album n’était pas prêt, ni même finalisé dans nos têtes. Par moments, j’avais le sentiment que le poids de l’ensemble reposait sur mes épaules, et les miennes seules.

Je devais juste bloquer cette impression et aller obstinément de l’avant, en essayant de ne pas penser à tout ça. D’une manière générale, je dois me concentrer sur ce qui est devant moi, c’est ce qui fait que je suis capable de faire ce que je fais et de continuer à le faire, c’est la seule façon de survivre.

« Je dois me concentrer sur ce qui est devant moi, c’est ce qui fait que je suis capable de faire ce que je fais et de continuer à le faire, c’est la seule façon de survivre. »

Je suis bien évidemment conscient de son influence, d’une façon à la fois concrète et abstraite : je l’entends dans la musique d’autres artistes ou dans des bandes originales de films. Mais j’aime surtout l’album pour ce qu’il signifie pour moi. J’en ai gardé des souvenirs magnifiques : avoir été en studio avec Liz et l’entendre assembler ce qui est devenu Teardrop, eu un fou rire avec Dee et Grant, parlé de musique avec Mushroom, traîné aux studios Olympic (qui ont maintenant disparu) et bien d’autres choses encore.

Et je me rappelle ces moments où une idée devenait une piste, puis cette piste une chanson. C’était une époque formidable, non dépourvue de stress ni de luttes, vu qu’il y a eu beaucoup de moments sombres au cours des trois années nécessaires pour finir l’album. Mais cette expérience et les opportunités qui m’ont été offertes depuis lors, voilà ce que ce disque représente pour moi : c’est le seul héritage dont je peux parler à titre personnel.

Mezzanine est sorti en CD et double vinyle le lundi 20 avril 1998 via le label Circa/Virgin Records.

Site Officiel Massive Attack – Site Officiel Neil DavidgeFacebook Officiel Neil Davidge

Un immense merci à Neil Davidge pour son précieux temps, ses réponses passionnantes et sa cordialité exemplaire.

Very few artists could rightly claim they changed the course of the History of music. And among these, it would be pretty hard to find those who achieved this feat twice.

However, members of the british collective Massive Attack surely form one of those rare beasts : when they released their debut album Blue Lines back in early 1991, its unique blend of strings-soaked soul, hip hop and dub, infused with an emotional resonance that could only leave their peers far behind, already put them on the map of the most important acts of the ending 20th century.

But while they were to take that style even deeper on their sophomore effort Protection three years later, it’s their third album that would definitely make them one of the most popular bands of their kind, which they still are to this day.

Here was a record whose features were far more deeply rooted in the cold meanderings of the post punk era.

Released in the spring of 1998, Mezzanine was a radical departure, both in sounds and methods, from its two predecessors : while the huge bass patterns and hypnotic beats were still there, the whole spirit of the record displayed a much darker vibe than before, most notably adding abrasive guitars and freezing synths on top of it. From the stark assault of opener Angel to the strong currents of Group Four, from the baroque romance of Teardrop to the claustrophobic tribalism of Inertia Creeps, from the lament poignancy of Dissolved Girl to the starry languor of Black Milk, here was a record whose features were far more deeply rooted in the cold meanderings of the post punk era than in the warmer perfumes of black music previously distilled.

This approach even transpired from their choice of samples, as the ghost of The Velvet Underground‘s I Found A Reason haunts the menacing Risingson and The Cure‘s 10:15 Saturday Night obsessive break is used to great effect in the middle section of the heartbreaking Man Next Door, a full reworking of a John Holt tune. As usual, the impeccable casting of vocalists also played a large part in the album’s artistic success, as Horace Andy‘s celestial croon faithfully remained on board and ex-Cocteau Twins singer Liz Fraser assured vocal duties previously held by Shara Nelson or Tracey Thorn, her ethereal presence adding an utterly dreamlike feeling to proceedings.

While Mezzanine considerably expanded the collective’s audience towards rock circles, it also established them as a « real » band in the most traditionnal sense of that term, and one that truly matters at that. To this day, it has attracted and influenced an impressive number of artists and people who probably wouldn’t have got into music mainly created with electronic tools before. At the center of the making of this dark diamond of an album was a man called Neil Davidge, who not only produced it from behind his desks but also had a hand in the shaping of the songs themselves, being the main driving force keeping things together while the Massive Attack core trio (then consisting of Robert « 3D » Del Naja, Grant « Daddy G » Marshall and Andrew « Mushroom » Vowles) were on the verge of breaking up due to creative conflicts.

As Addict-Culture wanted to celebrate that groundbreaking record’s 20th anniversary, whose impressive aura hasn’t even slightly vanished as time passed by, Neil Davidge, who became Del Naja‘s main collaborator under the Massive Attack moniker during the following years, kindly agreed to recollect for us his (mostly fond) memories of the time of its making, which also marked his first important involvement with the band back then and changed his life forever.

Neil Davidge © Fin@Frictioncollective.com

How did you meet the members of the band? 

Neil Davidge – I met Mushroom first, that was in the early 90’s at Coach House studios in Bristol run by Andy Allen where Massive Attack made much of Blue Lines. It was very much a music hub being one of only a few professional studios in town. Mush would often drop by the studio and quiz Andy about technical stuff, we bumped into each other a few times whilst I was recording there and got to know each other, bonding over conversations about samplers and midi. I eventually took a production room at the studio and then moved with Andy when he upgraded to the much larger (ex-BBC) Christchurch studios in Clifton village up the road. I met Dee around this time.

He wandered into a session that I was producing for a Bristol rock band called Chillum. He liked what we were doing and the two of us found out we’d been to many of the same gigs in the late 70’s and early 80’s. But it was Andy who recommended me as a stand in for The Insects, the production team who’d worked with the guys on Protection. They were helping Massive Attack produce a track for the Batman Forever soundtrack album with Tracey Thorn (The Hunter Gets Captured By The Game, a cover of a Smokey Robinson song that was a hit single for The Marvelettes back in 1967, ed), but they had a scheduling conflict and so couldn’t finish it in time. It seemed like a natural progression for me to continue working with the guys after that. They eventually took a room next to mine at Christchurch so we combined our resources and began working on what was to become Mezzanine.

How did you relate to their music before working with them?

ND – It has to be said that my hometown was possibly the least « cool » place to live in the 80’s. No one hung around Bristol if they were serious about a career in music : you hopped on a train to London and never looked back. I’d been playing guitar in various bands, dabbling with sequencers and synths, remixing, producing, songwriting, doing anything that was related to music. I was desperate to « make it » but reluctant to move away : there were plenty of good things happening in the city, a lot of great gigs, and local bands like The Pop Group and Glaxo Babies, experimenting with fusions of punk, jazz, dub and funk, plenty to inspire a young creative mind, plus it was my home.

« I found I’d been in the right place all along, just waiting for the right time. »

I’ve never liked being in London for any length of time, the idea of moving there didn’t feel right but when The Pop Group disbanded and they (and their offshoot bands) seemed to become less and less associated with the city, yet again the idea that I might have to eventually pack my bags seemed inevitable. But things had begun to shift in the 90’s, Smith & Mighty had caught the press’ attention, albeit underground press, and then Blue Lines came out… Far from underground it finally put Bristol on the map. When I first heard Daydreaming (Massive Attack‘s second official single, ed), I related to its introverted confidence, I got the humour, I got the musical references, the accents. After a very long time out in the cold I found I’d been in the right place all along, just waiting for the right time.

Mezzanine was a radical departure from their style, in both sonic and musical aspects. Was it clear from the start that they wanted to reinvent themselves?

ND – I don’t know if Gee (Grant « Daddy G » Marshall, ed) and Mush were wanting a change, from the early ideas I started with them there didn’t seem to be much thought towards change, but certainly it was obvious to me that Dee wanted to. Angelo Bruschini was around the studio a lot and he would jam around the guitar and I’d sample him and f*** with it. Dee and I would mess around with synths and loops for hours, we listened to a lot of post punk new wave stuff, and bands like Talk Talk. The breakbeat « soul » vibe had been left behind, the only person still carrying that flame was Mushroom. That influence was still there as part of their heritage but it became more of a counterpoint if anything. The more we worked together the further we strayed from the previous albums, Dee wanted to explore every new possibility and the more comfortable I became as part of the team, the more he and I took the lead.

Neil Davidge © Fin@Frictioncollective.com

At the time you said you had to work with each member separately. How do you think it affected the spirit of the record?

ND – At first I’d meet with Gee and Mush in the studio for the afternoon shift, then Dee would come by in the evening and we’d work till late. There were occasions where all three of them would be in the studio together and it would be fun, but generally the real work was done when it was either just Gee and Mush together or Dee alone. It seemed at the time the best way to get their ideas down. I didn’t think much more of it really in the beginning, people have different times of the day where they feel creative and have different ideas about how creativity fits into the rest of their life. But perhaps as Dee became increasingly more confident and empowered by our working relationship, the more Mushroom in particular felt sidelined. Over the course of making the album the times when I’d work with more than one member in the studio occurred less and less until finally Dee and Mushroom fell out completely and quite dramatically.

« A much darker and band driven album where the studio became a significant instrument. »

Looking back now, I wonder if it was working in that way that affected the vibe of the album, or, because we ended up making that kind of a record it brought about a fundamental change in the band…? I really am not sure. But certainly compared to the previous albums Mezzanine felt like a second debut album, a much darker and band driven album where the studio became a significant instrument. When I hear tracks from it now I can hear the tension, even in Teardrop : I know that song changed completely after Dee and Mushroom fell out, I stripped the whole track back to the Harpsichord and vocal and rebuilt it because of that conflict.

I certainly found myself with a lot of responsibility, I was the only consistent person throughout the making of the album. Creatively that was great, I had a lot of freedom, it was my job to connect all the dots and that meant I could in many ways direct the whole thing. Not that I consciously did that but as much as I was making an album with them and for them, I had to make it for me too because for so much of the time I only had my own judgement to fall back on.

 There has been a few live instruments on previous releases, but Mezzanine is the first Massive Attack LP on which there’s guitar, bass and drums almost all the way through. How did you deal with that aspect which was a novelty in their music?

ND – Having such great musicians at our disposal was a luxury, and because we were now resident at Christchurch we could just move our gear downstairs to the main control room, set up the band in the live room and go. As I recall there was one main session over the course of a few days with the full band and then a bunch of smaller sessions. The big session comprised of drums (Andy Gangadeen), bass (Winston Blisset), guitar (Angelo Bruschini), hammond organ and keys (Michael Timothy), I added a few things like piano and guitar effects. As was usual I had a fairly advanced version of each of the tracks running from my gear and we’d get the guys to play to that, sometimes picking up on what was in the pre-record but also letting them improvise and go off on tangents.

Angel was recorded at this session, as were Inertia Creeps and Teardrop, those were the main focus of that particular session. It took a few takes around Angel until Angelo nailed the now seminal guitar break, with Andy dropping into a full rock beat, that was quite a moment. The track was already powerful with the filtering Moog Prodigy bass riff and the floaty keys from Mushroom but the live stuff took it to a whole new place. Inertia Creeps was much the same feeling when the band locked in.

Some of the tracks weren’t particularly « live » in the process of making them, Risingson for instance, and Group Four, but there was an attitude and an aesthetic that was like a band. Much of those two tracks was me programming and cutting stuff around. I wrote the end of Group Four overnight whilst we were mixing the album at Olympic studios whilst everyone else was sleeping.

The idea of using live players wasn’t at all a cynical facelift to give them a « band » authenticity and break them into new markets… It just wouldn’t have worked if it had been that simple. It was a very natural progression for Dee and I in particular to go there, we had that shared past, all those gigs, it was in our DNA and we drove that album.

Production had always been a key element in Massive Attack, but Mezzanine is the first on which it seems as vital, if not more, as the songs themselves. Do you feel it was a time when sound design came to a fore and became a noble art in its own terms?

ND – I think it was more of a compulsion than a noble pursuit in all honesty, it ate up a lot of our time and contributed to a great many sleepless nights. We were curious and we had the technology, if it there was an opportunity to twist something and turn it on its head then we had to see where that would lead. The real art was (and still is) taking that experimentation and turning it into something that resonates emotionally : that’s the hard part, that’s where you need to be prepared to stick with it till it’s right and scrap great ideas if they’re not making the hairs stand up.

It was easier to get that balance right on Mezzanine than it was on its follow-up 100th Window, we were doing something new and heading into uncharted territory, we had no concrete expectations or road map and used our guts to judge what was good and what wasn’t. As we became more sure of what we were doing it seemed to perversely get harder because our expectations grew.

Teardrop has been an even bigger hit than they had with Unfinished Sympathy, and Mezzanine is commonly hailed as a hugely influential record. Both on an artistic and a personal level, how do you relate to that album’s legacy twenty years after its release?

ND – At the time I was asked if I felt under pressure because of the previous albums successes. I was told we didn’t have any singles by people I had a lot of respect for. I even had daytime radio saying they would love to support the band,  but that the music was « too slow », asking if I could make it « a little faster ». OK Computer (Radiohead‘s breaktrough album released in June 1997, ed) came out whilst we were struggling to finish Mezzanine… I felt everything we were doing was rubbish after hearing that. Massive Attack had to cancel a big tour because the album wasn’t ready, wasn’t coming together. At times I felt like the weight of the whole thing was on my shoulders and mine alone.

I just had to block that stuff out and stubbornly push ahead and try to not think about all that. I have to focus on what’s in front of me, being that focused is why I’m able to do what I do and keep doing it, it’s the only way to survive.

« I have to focus on what’s in front of me, being that focused is why I’m able to do what I do and keep doing it, it’s the only way to survive. »

I am of course aware of its influence, in an arms length / abstract kind of way : I hear it in other artists music, I hear it in film scores. But I love the album for what it means to me. I have great memories : being in the studio with Liz and hearing her piece together what became Teardrop, having a laugh with Dee and Grant, talking about music with Mushroom, hanging out at the best studio in the world, Olympic studios (RIP) and many, many more.

And I remember when an idea became a track and a track became a song. It was a great time, not without it’s stresses and struggles, there were many dark moments over the course of the three years it took to complete it. But those experiences and the opportunities it has brought since is what it « means » to me, that’s the only legacy I can personally speak for.


Mezzanine was released on April 20th, 1998 (CD or 2LP formats) through Circa/Virgin Records.

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A huge thank you goes out to Neil Davidge for his precious time, exciting answers and exemplary cordiality.

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7 commentaires

    1. Oui, pour le coup double avec « Blue Lines », et aussi pour le fait que la noirceur de « Mezzanine » est quelque chose qui a toujours été dans l’ADN du groupe, même du temps du premier album (si Public Image Limited sont remerciés dans les crédits, ce n’est pas par hasard). Elle est juste apparue sept ans plus tard avec la prise de confiance de 3D en ses idées mises en forme par Neil Davidge. Enfin… c’est mon analyse en tout cas 😉 Merci d’avoir demandé en tout cas !

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