En 2022, Fanny Vella publiait Et si on changeait d’angle ?, un album né, expliquait-elle alors, d’une forme d’urgence personnelle. Celle de mettre en images ces violences dites éducatives que l’on banalise tellement que l’on finit par ne plus les voir. Le principe était aussi simple que redoutable. Inverser les rôles en mettant un adulte à la place de l’enfant. Un adulte se retrouvait donc contraint à prêter sa voiture à un inconnu car il est important de partager ses jouets. Malaisant et questionnant.
Avec Et si on changeait d’angle 2, toujours publié chez Leduc Graphic, la démarche de Fanny Vella reste la même, mais le ton semble avoir évolué. L’urgence individuelle a laissé place à quelque chose de plus collectif. Entre-temps, l’autrice a échangé avec ses lecteurs et lectrices, reçu leurs témoignages, leurs réactions et leurs questions. Ce deuxième volume ressemble donc moins à une prise de parole solitaire qu’au prolongement d’une conversation commencée avec le premier.
Et cela se ressent dans le contenu. Le procédé reste le même puisque chaque double-page se compose de la même manière. Une illustration sur une pleine page, et du texte sur l’autre. Un texte qui propose des alternatives aux adultes et, parfois, un commentaire de l’autrice. L’objectif reste d’observer des situations du quotidien en proposant ce fameux changement d’angle qui oblige à regarder autrement ce que l’on considère comme normal.
Mais cette fois, Fanny Vella élargit son terrain de jeu. Là où le premier tome s’intéressait beaucoup aux tout-petits et aux réflexes parentaux, ce nouveau volet s’adresse davantage aux enfants d’âge scolaire. Certaines scènes quittent ainsi le salon familial pour rejoindre la salle de classe. Une manière assez habile de rappeler que les rapports de pouvoir ne s’arrêtent évidemment pas au seuil de la maison.
Cette évolution est importante car elle évite la redite. Ce deuxième volet reprend la mécanique du premier, mais en modifie progressivement la portée. Le premier demandait essentiellement aux adultes de se mettre à la place de l’enfant. Le second invite à regarder ce qui se joue autour de lui, qu’il s’agisse de ses relations avec les autres, les normes, les différences ou les discriminations, comme cette fameuse tendance au « no kids » qui a pris de l’ampleur depuis la parution du premier volet. A ce sujet, l’autrice propose une solution assez géniale en proposant aux individus gênés par le bruit d’un enfant de proposer leurs propres solutions.
Le miroir tendu par Fanny Vella n’a donc pas changé. Mais le champ qu’il reflète s’est agrandi. Et c’est probablement là que réside la réussite de ce deuxième volume. Il ne cherche pas à avoir le dernier mot mais poursuit la discussion qui s’est engagée avec les lecteurs du premier tome et qui, visiblement, a nourri l’autrice autant que son premier album avait nourri ses lecteurs.
Changer d’angle une première fois, c’est déjà beaucoup. Comprendre qu’il faudra probablement le faire encore, et pas seulement à la maison, c’est peut-être encore plus important. Sans jamais culpabiliser les parents car, à l’instar de leurs progénitures, il ne peut pas exister de parents parfaits.




