Chronique Musique

Dry : la naissance d’une icône rock

Cru, agressif, brut. Telles sont les impressions qui reviennent après l’écoute de Dry, premier album de Polly Jean Harvey.

D R Y, trois lettres qui vont droit au but, trois lettres pour exprimer toute la rage et la vigueur de la jeune fille du Somerset. Cheveux noirs, silhouette longiligne et peau de neige intriguent. Sur la pochette, sa tête en gros plan bleuie par l’eau est floue, telle une Ophélie flottante ou noyée.

À peine née, elle émerge icône.

Cette année, l’album a 25 ans. Un monument rock, ad vitam æternam.

« Oh my lover don’t you know it’s alright »

Ouverture avec Oh my lover. Une guitare sauvage s’enroule autour de la voix plaintive et lancinante. La guitare s’accélère sur O Stella, la voix s’emballe aussi.

« I think I see her smiling gold. Gold gold gold » répétés 15 fois, énervés.

Pas de pause, ça enchaîne avec Dress.

Trésor grungy au riff parfait, furieuse énergie qui envoie tout valser ; les paroles sont drôles, mettant en scène cette fille vêtue de sa seule robe pour séduire.

Deux morceaux plus loin, arrive Sheela-Na-Gig. Intro dissonante de guitare qui laisse place à la voix a capella,  les cordes reviennent de plus en plus agressives, appuyées par les drums, et la voix allant jusqu’au cri.

J’ai 15 ans, la chanson tourne alors en boucle dans mon mp3. J’ignore le sens des paroles, évidemment explicites (une Sheela-Na-Gig est une sculpture représentant la femme sous des traits grotesques, avec un sexe très exagéré). Qu’importe, l’ardeur déployée me parle alors. Me parle toujours.

Hurlements dans Hair, encore, et larsens métalliques dans Joe, emportent l’album du côté punk. Plants and Rag vient apaiser les décibels. Au début. Parce qu’ici, c’est le violon qui se déglingue. Ca part dans tous les sens, ça déraille et ça dérange.

« Stand under/Fountain/Cool skin/Washed clean/Wash him from me »

Dans Fontain, c’est la rupture amoureuse qu’elle aborde. Se laver de quelqu’un, pour mieux renaître ? Pour mieux s’extraire des eaux troubles.

Water clôt Dry. Les grosses guitares se mettent au blues, la voix devient plus mélodique, allant chercher dans les graves. C’est toujours torturé, sombre et acerbe.

Ça laisse un goût âpre : celui du génie.

PJ Harvey en 1992 par Deborah Feingold

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