Éduquons nos fils est une bande dessinée qui effectue l’audacieux pari de parler de l’éducation des garçons non pas pour désigner des coupables, mais pour ouvrir des perspectives. Aurélia Blanc, auteure de Tu seras un homme féministe mon fils est à l’origine de l’ouvrage, tandis que Maelline a signé le scénario et Anjuna Boutan s’est chargée des illustrations. Ce trio réalise un album qui croise récits du quotidien et pistes concrètes pour repenser la manière dont on élève les garçons et déconstruire, dès l’enfance, les stéréotypes qui enferment tout le monde.
Dès les premières pages, le ton est donné. Pas de grandes leçons et pas de discours moralisateurs. On suit des scènes familières, des dialogues saisis sur le vif, ces petits moments où tout se joue sans qu’on y prête attention. Une remarque au repas, un compliment maladroit ou un jeu de rôle qui dérape. Additionnées, ces séquences que chacun a connues mettent en lumière la transmission à notre insu de normes viriles. La BD révèle ainsi la mécanique silencieuse qui fabrique la masculinité toxique, et donne des clés pour l’enrayer.

Comment parler de consentement à un petit garçon ? Comment repenser les jeux ? Comment nommer et désamorcer les injonctions viriles ? Comment faire entendre sa voix dans des environnements hostiles ? Là où beaucoup d’ouvrages se contentent d’analyser, celui-ci propose des pistes concrètes, qu’il s’agisse d’exercices ou de mises en situation à expérimenter à la maison, à l’école ou dans les associations. Cette pédagogie incarnée et accessible est immédiatement réutilisable.
Graphiquement, Anjuna Boutan déploie un trait chaleureux et lisible qui sert un récit sincère. Les planches rendent visibles la banalité du sexisme ordinaire, l’embarras face aux situations complexes, mais aussi les moments lumineux où un changement devient possible. Le dessin ne surplombe pas le propos, il l’accompagne et le rend tangible. Avec ce type de problématiques, le support de la bande dessinée prend tout son sens puisqu’il n’y a parfois pas besoin de mots pour que les enjeux de domination s’installent. La bande dessinée permet donc d’être le miroir de ces enjeux.

Cependant, les mots ont toute leur place dans cet ouvrage et la justesse du ton interpelle profondément. Éduquons nos fils ne cherche pas à culpabiliser, mais à éveiller. Sans juger et sans imposer, il propose. Et c’est ce qui le rend si précieux dans un contexte où les débats sur la masculinité se multiplient, parfois dans le fracas médiatique. Ici, pas de posture défensive, seulement l’envie d’agir doucement mais sûrement sur ce qui se joue dans l’intimité des familles et des écoles.

On sera particulièrement touchés par Soraya et Sylvain. Malgré les désaccords, ces parents parviennent à communiquer sur des questions d’apparence futiles mais essentielles comme le fait de couper les cheveux longs de leur fils, ou le choix du sport qu’il pratiquera. Qu’il choisisse le football ou le patinage artistique n’aura pas la même portée symbolique.
Ce n’est pas une lecture confortable. Elle peut bousculer, questionner et forcer à regarder de près des habitudes que l’on croyait anodines. Il n’est jamais agréable de constater que l’on est soi-même parfois parasité par des comportements non déconstruits. Mais c’est précisément ce qui en fait un livre essentiel. Sans sensationnalisme ni théories abstraites, Aurélia Blanc, Maelline et Anjuna Boutan livrent un outil de transformation sociale à hauteur d’enfant, à hauteur de parent, à hauteur d’humain.
Éduquons nos fils est donc une BD à mettre entre toutes les mains, celles qui élèvent, qui enseignent et qui accompagnent des garçons au quotidien. Changer les choses commence souvent par là, dans ces petites scènes du quotidien où l’on peut, enfin, choisir de transmettre autre chose.

Éduquons nos fils de Aurélia Blanc, Maelline et Anjuna Boutan
Marabulles chez Marabout, Septembre 2025


