Musique

Hellfest in Heaven : day one

hellfest
@ Jism

Clisson, riante bourgade de 6000 habitants, se situant à quelques encablures de Nantes (lieu de villégiature permanent de ma déité adorée), connaît chaque année en la même période, vers la fin juin, une extension de sa population d’environ 1.000.000 de personnes. Cette soudaine excroissance, en lien avec des pratiques douteuses et obscures, selon les dires de personnes à la morale irréprochable, est un mystère sur lequel ma déité me servant de cheffe, a voulu que je sois présent afin de le résoudre au plus vite. Elle m’a plus ou moins dit en ces termes :

– Bon Jism, y a des satanistes à 30 bornes de mon domicile. C’est insoutenable de vivre dans des conditions pareilles, je crains d’être sacrifiée sur l’autel pour satisfaire leurs rituels étranges.

– Quoi ???? vous êtes vierge, Cheffe ????

– Là n’est pas le problème triple buse. Je te file de l’eau bénite, de l’ail, des pieux, la bible et le missel, tu t’infiltres, tu enquêtes et tu m’élimines celui qui semble être à la tête de ce rassemblement païen. Compris ??

Armé de tout mon courage, j’enquête, m’infiltre et découvre, au bout d’une immersion de trois jours,  qu’il s’agit là d’un innocent rassemblement annuel de médecins ORL venus tester leurs nouveaux matériels. Du moins c’est ce qu’on me dit, et je le crois volontiers, vu le nombre de gens sur les estrades qui ont l’air de faire du bruit et hurler leur argumentaire. On m’explique aussi que le million de personnes présentes sont en fait des patients conviés aux essais. Cette explication, d’une parfaite limpidité et d’une cohérence indéniable, me permet de repartir serein et apaisé voir ma déité et la rassurer quant à sa soudaine crainte de voir un bûcher de près.

Il n’empêche, en y réfléchissant, j’ai tout de même trouvé curieux l’accoutrement de certains médecins ainsi que leur maquillage un peu outrancier. J’ai également été estomaqué par le nombre de médecins étrangers invités à ce colloque, venus de tous les coins du globe (States, Norvège, Finlande, Japon, peu de français finalement…), ainsi que toutes les corporations liées à la sphère ORL. Il devait y avoir la guilde des dentistes et aussi, curieusement, celle des experts capillaires tant certains exhibaient leur chevelure en secouant la tête comme s’ils voulaient enlever leur trop plein de pellicules. Curieux, certes mais pas incohérent.

Toujours est-il que pour mon premier jour ici-bas, il y avait bien une cinquantaine de médecins et ne pouvant  pas être à toutes les conférences, il m’a fallu faire des choix. Cruci(fix)aux.

HF 1
@ Jism

les voici donc :

je commence ce jour par Enthroned, grand-guignol juste ce qu’il faut, bourrin au possible mais les gars mènent leur public de main de maître. Entrée en matière plutôt réussie pour ma pomme. Ensuite vient Shape Of Despair : lent, lourd, très lourd (normal pour du Funeral me direz-vous), avec des musicos enflés comme des ablettes et un chanteur doté d’une voix caverneuse très étonnante. Le problème, qu’on retrouve sur Monotony Fields, restant toujours les chœurs féminins, à la limite de la justesse en concert. On remarque au passage, après l’ultime morceau du set (tiré de Shades Of…), l’excellence et l’intensité des premières compos du groupe, de loin supérieures aux dernières. Le groupe repart sous les applaudissements timides de la foule.

HF 5
Shape Of Despair

Après ces deux concerts, je file au Mainstage voir Billy Idol : là par contre, c’est très pro, très carré, le papy peroxydé, abdominalement parlant impressionnant (comprendre sans un pet de graisse), assure le show entre tubes inoxydables (le Flesh For Fantasy était excellent) et réinterprétation de standards (LA Woman des Doors refait en Hellfest Woman). Le Dorian Gray de la New Wave se fait plaisir et le public le lui rend bien. Après ce set au grand air et sous une chaleur quasi caniculaire, je repars vers une des scènes couvertes pour High On Fire. Et là je me dis que c’est humainement pas possible de foutre autant de bordel à trois. Et pourtant, si. Après m’être enfilé une bonne quinzaine de bouchons d’oreille dans les conduits auditifs pour ne pas devenir sourd, je vais dans la fosse pour prendre des photos et me dis heureusement qu’il existe un stabilisateur sur les numériques car tout aurait été flou tellement les déflagrations.C’est donc la plèvre presque décollée (parce que ça aussi, avant le concert, j’étais pas au courant que ça existait chez l’être humain) et quasi sourd que je retourne au grand air voir Lemmy et ses potes.

HF 9
High On Fire

Soyons clair : Motörhead, ce fut un peu la déception du jour. Lemmy est aux abonnés absent. Il fait le job, comme toujours, mais il a l’air très très très fatigué papy. Les potes font le boulot à côté, et plutôt pas mal, mais Lemmy reste statique et on se dit qu’il aurait peut-être du abuser un peu plus de la bouteille accrochée au pied de son micro.  Je m’en retourne beaucoup moins sourd vers une des scènes couvertes (quelle vie trépidante tout de même) pour la première claque de la soirée, à savoir Envy. Le groupe Japonais livre un set d’une intensité impressionnante. Leur métal, aux confins du Shoegaze, du Post-Rock et même du tribal est une véritable arme de fascination massive. Le chanteur/hurleur est d’un charisme impressionnant, le groupe n’est pas en reste pour bouger sa race et occuper l’espace comme peu le font jusque là. Le concert alterne moments de calme, d’une grande beauté, très Post-Rock façon GodSpeed et furie clastique inattendue. Lévitation et grosse claque dans le même concert.

HF 4
Envy

Après Envy, le concert suivant sera forcément décevant. C’est donc le cas de Mastodon, le bien nommé. Stoner très peu nordistes voire plutôt l’inverse quelque part entre ZZ Top et Motörhead. Le show est correct mais ça ne décolle pas de mon point de vue, c’est par moment caricatural et jouant avec les clichés (tombant allégrement dedans ). En attendant Meshuggah, je passe devant Satyricon et là je dois l’avouer, leur headbang collectif était tout simplement sublime. Chanteur, guitaristes, bassiste, tout le monde y donnait de sa personne. Impressionnant comment ils maîtrisaient leurs instruments et leur tête ces gars-là. Dingue !!! Moi à leur place, j’aurais probablement fini à l’hosto avec les cervicales pétées au rythme où ils allaient. Par moment je me croyais  dans un clip de Europe, ridiculement sublime, dans lequel il manquait seulement les perruques peroxydées et le sponsoring Franck P. Mais bon, après, la musique n’était pas dégueux non plus et plutôt bien maîtrisée. Je termine cette première journée de colloque par Meshuggah : scénographie terrible (H. R Giger, excusez du peu tout de même), groupe impressionnant, musique syncopée, brutale, d’une grande efficacité; guitaristes, bassiste martials, batteur prodigieux, chanteur d’un charisme impressionnant, grand chauve balèze habitué à la scène, pas mal d’interaction avec le public (do you like me ? i like you very much ! It’s always a fucking great time to play in France). Bénéficiant d’un volume sonore adéquat, leur musique devient un rouleau compresseur capable de subtilités étonnantes. Bref, avec Envy, le meilleur concert de la journée (du moins dans ceux que j’ai pu voir).

HF2
Meshuggah

Après la claque assénée par Meshuggah, je passe les autres colloques, Slipknot ou Shining, et m’en retourne faire un rapport circonstancié auprès de ma déité afin de la rassurer sur l’aspect inoffensif de ce premier jour pendant lequel il n’y a rien eu à déplorer en matière de sacrifices Païens ou autres rituels étranges. Si on excepte une consommation anormalement élevée d’eau gazeuse maltée, ce fut même une journée tout à fait ordinaire chez les Clissonnais.

HF 3

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