Chroniques Musique

Nick Kamen, l’icône pop des eighties a rejoint les étoiles éternelles

Il fut à la croisée des chemins de la pop culture. Nick Kamen est décédé d’un cancer le 4 mai 2021 à l’âge de 59 ans. Il faut sûrement avoir vécu son adolescence dans les eighties pour avoir été capté par l’aura de ce beau gosse en jeans. Ce fameux pantalon est porté par James Dean dans La Fureur de Vivre et se généralise dans les années 60, dans sa version « pattes d’eph » avec les hippies, et a connu des déclinaisons infinies depuis.

C’est un peu comme une marque distinctive de la classe ouvrière, à l’opposé des bureaucrates en costards-cravates. En 1986, Nick Kamen a été l’icône de ce message en servant de support à une campagne commerciale pour imposer la coupe Lévi’s 501 comme un classique historique. Il fut le très beau mec qui se déshabillait dans une laverie, pour mettre au propre les seuls vêtements qu’il possédait, dans une pub pour le Lévi’s 501. L’imagerie vintage était soulignée en musique par I Heard It Through The Grapevine de Marvin Gaye.

D’autres publicités de la marque utilisaient le même procédé du double décalage temporel, entre une action se déroulant dans les années 40, accompagnée de tubes des années 60, et mettant en scène de beaux mâles contemporains, tel Brad Pitt en 1990. Cette campagne a contribué par la même occasion à faire connaître la soul music auprès d’un jeune public, dont je faisais partie, commençant à peine à découvrir les productions des labels mythiques Motown et Stax, pour nourrir ma passion d’alors : Michael Jackson, le « bad boy », peu crédible face à Wesley Snipes, filmé par Martin Scorsese. Il y avait alors sur la nouvelle chaîne M6 une émission tardive mais salutaire, Culture Pub, conçue et animée par Christian Blachas et Anne Magnien. Il et elle nous donnaient les clés pour apprécier avec distance les procédés du court-métrage commercial, autant de cours du soir d’analyse filmique pour désamorcer une matière formée de plans d’une seconde et demi pour sidérer le spectateur et court-circuité son intellect. Nick Kamen n’était jusque-là que mannequin porte-manteau.

Cette exposition médiatique a attiré vers lui les regards et un intérêt pour un autre de ses attributs physiques : une voix angélique. Au premier chef Madonna, qui a écrit et produit son premier tube Each Time You Break My Heart en 1986. Sur ce titre figurent deux choristes de renom : Madonna elle-même, et Siedah Garrett, qui l’année suivante chantera I Just Can’t Stop Loving You en duo avec Michael Jackson et signera les paroles de The Man In The Mirror sur l’album Bad.

Each Time You Break My Heart sera intégré à son premier album Nick Kamen en 1987. On y trouve plusieurs reprises : Win Your Love de Sam Cooke, The Man In Me de Bob Dylan, Any Day Now de Burt Bacharach, ou encore Loving You Is Sweeter Than Ever de Marvin Gaye. Cette dernière est sortie en single et fournit un nouveau tube à Nick Kamen. À voir pour l’archive exceptionnelle, lors d’un passage dans l’émission italienne Azzuro en 1987, Nick Kamen est accompagné par une certaine Neneh Cherry aux chœurs, qui s’éclate comme toujours partout là où elle se trouve.

Sur pratiquement tout l’album Nick Kamen officie aux percussions Paulinho Da Costa, présent également sur les albums de Michael Jackson et de Madonna dans les années 80. Les deux albums suivants de Nick Kamen, Us et Loving You ne connaissent pas le même succès. Mais il s’accroche.

Avec son quatrième album, Move Until We Fly, Nick Kamen revient dans les charts à travers toute l’Europe, et atteint même des niveaux qu’il n’avait jamais atteints dans certains pays. Le single I Promised Myself en 1990 est à la fois un succès commercial et un pur diamant pop ciselé. Il est l’alliance prodigieuse des contraires, une rythmique relevée pour servir une voix triste plongée dans l’attente d’une promesse à tenir. C’est une déclaration d’amour, à résumer, pour faire bref, par « Je suis amoureux de toi. Je t’ai promis le monde, j’attendrai que tu viennes à minuit. »

Ce hit I Promised Myself invente son style propre, le punch mélancolique. C’est un équilibre de funambule au-dessus d’un précipice vertigineux. Il trouve ses appuis vitaux par la grâce d’une rythmique mi-acoustique mi-électronique, d’un zeste de section à cordes et de chœurs fabuleux. La voix de Nick Kamen est magnifiée par une légère mise en écho et démultipliée sur plusieurs pistes. La plastique de l’homme demeure l’un des atouts de vente dans le clip et sa pratique de la guitare n’est pas qu’une mise en scène. Nick Kamen a contribué à la composition de la moitié des titres de l’album. Il a lui-même écrit les paroles et composé la musique de I Promised Myself.

Sa voix touche au cœur, à pleine puissance et aussi façon confidence intime. La combinaison rythmique/voix/cordes est lancée et ne semble plus pouvoir s’arrêter. Le titre se termine par un fondu sonore pour mettre discrètement fin à un processus pouvant durer une éternité.


Image bandeau : Montage des pochettes

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