Quand Matagot avait sorti le tout premier Là t’abuses !, le jeu avait fait sourire avec son concept un brin déluré. Là t’abuses ! Faut pas pousser mémé dans les orties en reprend le concept exact mais l’applique à un univers francophone puisque toutes les questions seront en lien avec l’hexagone. Et si cette nouvelle édition a vu le jour, c’est bien en raison du succès de la première.
Vous l’aurez compris, Là t’abuses est un jeu d’ambiance basé sur des questions. Vous êtes effrayés car vous vous souvenez de ces soporifiques parties de Trivial Poursuit ? Rassurez-vous, ce jeu est amusant et se base sur un principe d’enchères. En effet, la réponse aux questions est toujours un nombre. Par exemple, quelle est l’altitude de la dune du Pilat, en mètres ? Le premier joueur peut répondre « 10 », le suivant « 45 » et son voisin, enhardi, peut supposer que la bonne réponse est « 200 ». À chaque fois qu’un joueur ou une joueuse a donné une réponse, l’un ou l’une de ses camarades peut lui rétorquer le fameux « Là t’abuses » qui signe la fin de la manche. Dans le cas présent, la joueuse qui s’est exclamée « Là t’abuses » remporte le point puisque l’altitude de la dune de Pilat n’est « que » de 103 mètres, loin des 200 tentés par le joueur trop confiant.
On se retrouve donc à surenchérir sur des situations improbables, avec ce plaisir un peu coupable d’être celui qui franchit la ligne rouge sans être démasqué ou, à l’inverse, d’être celui qui devine quand les autres vont la franchir. C’est frais, rapide et plein de mauvaise foi, idéal pour des soirées légères où l’on ne cherche pas à optimiser une stratégie ou afficher sa culture.

Le but consiste donc à aller assez loin pour marquer des points car si vous ne prenez pas de risque, vous ne serez jamais dénoncé, sans être celui ou celle qui a poussé mémé dans les orties, au sens figuré bien sûr. Si vous franchissez la limite fixée par le groupe, vous êtes sanctionné et si vous restez trop sage, vous marquez peu. Toute la saveur du jeu vient donc de ce dosage subtil, où l’on doit deviner non seulement ce que nous pensons, mais surtout ce que les autres considèrent comme “acceptable”.
Le résultat est un mélange de bluff et de psychologie sociale qui marche très bien. Comme dans le premier opus, on retrouve les rires, les petites piques entre amis, les débats absurdes sur ce qui est trop ou pas assez. On se surprend à observer ses voisins, à tenter de lire leurs réactions et à risquer le pas de trop, juste pour voir. Et quand on se fait éliminer pour avoir osé trop fort, tout le monde explose de rire. Le jeu ne se prend jamais au sérieux, et c’est précisément ce qui le rend efficace.
Ce deuxième volet apporte aussi une variété bienvenue dans les situations proposées. Le thème du “faut pas pousser mémé” est exploité à fond, avec des scénarios parfois très terre-à-terre, parfois complètement absurdes, ce qui permet de toucher des publics différents. On reste dans un format rapide et facile à transporter, toujours parfait pour les soirées ou les débuts de partie.
En résumé, si vous aviez aimé le premier Là t’abuses !, cette suite va vous sembler familière mais peut-être plus fraîche au niveau des questions. Et si vous découvrez la gamme avec ce titre, vous trouverez un jeu d’ambiance drôle, immédiat, qui provoque à la fois des fous rires et des révélations surprenantes sur votre groupe de joueurs. Après tout, qui aurait cru que votre ami le plus calme serait celui qui prendrait le plus de risques ?



