Poésie

Poésie et tempêtes aux éditions de l’Arche

Urban graffiti / Marseille / 2016 / ©ABL / kate tempest
Urban graffiti / Marseille / 2016 / ©ABL
Écrit par Anaïs Ballin

De Kate Tempest, on avait découvert la musique, sur la scène des Trans Musicales, il y a quelques années, la présence scénique et le charisme débordant, tout y était déjà. Entre rap, slam et musique expérimentale, la poétesse anglaise, du haut de ses à peine trente ans, nous laissait alors quelque chose d’indicible et grandiose, barré en travers du cœur (on vous laisse en juger par vous-mêmes en écoutant deux albums : Everybody Downs – 2013 – et Let Them Eat Chaos – 2016 ).

Récompensé par la Ted Hughes Award outre-Manche, son premier recueil de poésie The Brand New Ancients est désormais traduit en français, et c’est aux éditions de l’Arche que l’on doit cette brillante idée qui se double d’une traduction plus que réussie.

Avec Les Nouveaux Anciens, Kate Tempest brouille les pistes, franchit les limites et nous entraîne à sa suite. Difficile de n’utiliser qu’un seul terme tant le texte est hybride et multiple, oscillant sans cesse entre la fable épique et la ballade antique. Entre la prose, le monologue et la poésie pure et simple. C’est aussi sombre que lumineux, aussi moderne qu’intemporel, c’est tout et son inverse, et c’est en deux mots, absolument superbe. Du rap à la littérature sans l’ombre d’un grand écart, Kate Tempest ne crée pas un pont entre les deux, elle incarne littéralement tout ce qui réunit ces deux disciplines.

Rappeuse de génie, elle se joue des codes et du préfabriqué. Elle fonce, cogne, tape là où ça fait mal, utilise les mots avec une précision littéralement désarmante, et n’est pas loin de nous mettre K.O. à chaque frappe. Rien n’échappe à sa verve, c’est avec une éloquence et un sens du rythme qui s’insinuent dans chaque phrase, même la plus petite, qu’elle écrit l’amour, les désillusions, les renoncements, la haine, les combats contre et avec la vie.

Ses personnages sont paumés, losers, victimes ou bourreaux, précarisés, en colère, peu importe, ils sont surtout incarnés, écorchés, vivants. Un peu comme Kate Tempest, comme ses rimes, son rap, sa voix, ses mots.

Dans la vision du monde que dit ce texte indescriptible de beauté, les personnages sont les dieux, tels que l’étaient les Dieux de l’Antiquité. Dans leur routines, leurs faiblesses, leurs coups d’éclat où leurs chagrins, ils sont les dieux, ceux d’aujourd’hui.

Lisez ce texte, lisez-le à voix haute, une fois, deux fois, dix fois, lisez-le sans reprendre votre souffle, lisez-le en articulant chaque mot, vous êtes des dieux, et à l’évidence, Kate Tempest, elle, domine l’Olympe moderne.

Les Nouveaux Anciens de Kate Tempest

traduit de l’anglais par D’de Kabal et Louise Bartlett l’Arche Éditeur – Octobre 2017

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