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« La Cité des Rêves » de Wojciech Chmielarz, un voyage violent dans une Pologne corrompue

Qu’est-ce qui vaut moins qu’une prostituée polonaise ? Une prostituée ukrainienne qui vit en Pologne.
Pardonnez-moi cette entame quelque peu crue mais il vous faut savoir que La Cité des Rêves n’en a que le nom. Au-delà de ce titre – il s’agit à Varsovie d’un résidence plutôt protégée – l’histoire ici contée commence par un drame, saigne au milieu (littéralement) et se termine sur une surprise qui promet une suite (qu’on espère rapide).

Elle s’était donc mise à « faire la Pologne ». Comme tout le monde, avec des cigarettes et de la vodka à revendre sur les marchés, une fois passés les postes-frontières. Qu’elle n’aimait pas. À cause des caïds et de la concurrence des passeurs prêts à la dénoncer à la première occasion. Ceux qu’elle aimait le moins, c’étaient les douaniers. Parce qu’elle ne pouvait sortir de la chicane qu’en leur donnant des pots-de-vin. Et parce qu’elle était une fille, qu’ils l’arrêtaient pour la peloter sous prétexte de la fouiller.

Ce nouveau polar de Wojciech Chmielarz est déjà la quatrième aventure de l’inspecteur Mortka, alias Le Kub, à paraître chez Agullo. On avait quitté Le Kub sur La ferme aux poupées. Plaquée par sa femme et embarqué dans une enquête difficile. On le retrouve avec une nouvelle compagne mais hésitant quant à cette relation. De toute façon, il ne va pas avoir tellement le temps de se poser trop de questions !

À l’intérieur de la résidence La Cité des Rêves, sur le trottoir, au pied d’un immeuble, est retrouvée le corps d’une jeune étudiante en journalisme. Juste avant, le prologue nous avait appris qu’une jeune Ukrainienne fuyait précipitamment cette résidence. Pourquoi ? Wojciech Chmielarz nous le dévoilera petit à petit. D’ici là, vigiles privés, homme politique véreux sur le retour, truands très méchants, homme de main encore plus méchant et étudiants entrepreneurs un peu paumés prendront le relais de ce polar survitaminé.

– On a maintenant deux solutions. Aucune des deux n’est sympa. Mais ce n’est pas ma faute. Ce n’est pas votre faute. C’est la faute à votre copain. C’est à lui qu’il faut en vouloir. Première solution, on vous liquide ici. Terminus, bande de minables.

– Il y a une deuxième solution, plus sympa. Voilà, on vous emmène, on vous garde à l’ombre quelques jours dans un hangar. Après ces quelques jours, une fois que nous, on sera au point, on appelle les poulets et on leur dit où vous êtes. ils viendront vous chercher, vu ?
Il attendit quelques secondes avant de répéter sa question.
– Vu ?
Ils approuvèrent de la tête.
– Alors, vous préférez quelle solution ? La première ? Ou la deuxième ?
Ils choisirent la seconde.

Wojciech Chmielarz ne lâche pas son lecteur, lui proposant des chapitres courts, se terminant souvent sur un événement surprenant et le laissant dans le doute pour enchaîner sur une autre partie de l’histoire. Tout cela fait qu’il est difficile de ne pas avancer encore plus dans la lecture et que nous nous retrouvons piégés, voulant absolument connaître la suite. Voilà un auteur diabolique !
D’autant plus qu’il ne semble pas avoir tellement de compassion pour ses personnages. Il se contente de décrire des faits, des situations. Il pose un regard désabusé sur la Pologne, ses hommes politiques, la corruption galopante qui infiltre tout. Quant aux policiers, ils sont acharnés, à l’image de la collègue de Mortka, surnommée La Sèche et qui sera selon toute vraisemblance encore plus importante dans le prochain livre de Wojciech Chmielarz.

La Cité des Rêves contient plusieurs intrigues et l’auteur navigue entre elles assez habilement. On les suit toutes avec plaisir mais aussi avec horreur.
Parallèlement à l’intrigue principale (l’enquête sur le meurtre de cette étudiante), il y a le personnage de Dariusz Kochan. Complètement atypique. Un enquêteur qu’on adore détester. Un homme peu recommandable qui bat sa femme sans regrets. Dans le commissariat, il est relégué à un rôle très obscure. On lui confie les enquêtes qui n’ont pas abouties. Et surprise, il va en résoudre trois tout au long du roman. Comme La Sèche, sera-t-il amené à un rôle plus important ?

Plusieurs enquêtes, beaucoup de personnages, de la politique et des massacres qui font parfois penser à Pulp Fiction (film cité par un des personnages). Tout cela donne une recette qui prend dès le début et une fin en apothéose pour un formidable polar !
Vivement la suite.


 

La Cité des Rêves
de Wojciech Chmielarz
traduit du polonais par Erik Veaux

 

éditions Agullo, collection Agullo Noir, 13 février 2020

 

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La Cité des Rêves


Photo de couverture :  Kenny Luo / Unsplash

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