Littérature Francophone

La correction d’Élodie Llorca, comme une fable kafkaïenne

Il est toujours intéressant de lire des livres qui ne se laissent pas saisir aux premiers abords, bousculant votre zone de confort de lecteur. La correction de Sophie Llorca est de cette trempe.

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François travaille depuis quelque temps comme correcteur pour un journal, Revue du Tellière. Sa patronne, Reine, est un brin vacharde, elle use de phrases sèches et vexantes pour montrer son autorité. Il ne faut pas la prendre avec des pincettes mais elle joue également l’ambiguïté et la séduction, François ne sait pas trop sur quel pied danser avec elle. La relation est tantôt tempétueuse tantôt intimidante selon la tournure, mais il faut bien admettre que ce boulot est toujours mieux que l’ancien dans une papeterie dans lequel il s’ennuyait au point de bailler aux corneilles. Côté vie privée, rien ne va plus, il a perdu sa mère quelques mois plus tôt, et depuis peu il rencontre de nombreuses tensions dans son couple…

Un jour des coquilles apparaissent sur l’article corrigé qu’il vient de rendre. Impensable pour cet homme scrupuleux dans son travail. Comment cela a-t-il pu lui échapper ? D’autant que les erreurs sont de plus en plus fréquentes…

Il commence à soupçonner Reine de modifier son travail en y ajoutant des coquilles et en glissant une lettre dans les textes qu’il a corrigé. Le doute pour lui n’est plus permis, cette femme se joue de lui, elle veut sa peau. Une paranoïa s’installe, la machine bien huilée jusqu’à présent se détraque tout doucement. C’est aussi à cette période qu’il trouve un petit oiseau mourant qu’il décide de recueillir…

Il y a dans ce roman un coté Bartleby de Melville, il ne manquerait plus qu’un des personnages prononce « j’aimerais mieux ne pas ». L’auteure joue sur le registre de la folie et de situation kafkaïen en développant des situations proches de l’absurde. François exerce son métier de façon méticuleuse proche du toc, ne supportant aucunement la moindre faille. Le constat de faute peut le mettre dans un état inimaginable, surtout qu’il est persuadé de les avoir corrigées de leur avoir données un sort. Or elles réapparaissent comme si c’était des provocations, parfois c’est juste une lettre comme s’il s’agissait d’un jeu malsain pour mettre les nerfs à vif de notre héros, ainsi on passe de de « calotte » à « culotte » ce qui fait sourire le lecteur devant tant d’ironie mais pas notre François qui n’apprécie que modérément cette blague.

Les chapitres sont très courts donnant un rythme d’un vrai polar parfois. D’une écriture concise, presque chirurgicale, l’auteure nous donne un livre addictif. Elle nous brosse le portrait d’un antihéros sans doute dans la quarantaine, en pleine crise existentielle où tout semble vaciller, sa vie sentimentale tout comme son travail, un personnage sans grande épaisseur, quelque peu effacé, subissant sa vie plutôt que la prendre en main, maladroit dans ses relations avec autrui. Mais cette spirale, ce voyage en absurdie pourrait-il peut être enclencher un sentiment de révolte ?

La correction d’Elodie Llorca, éd Rivages, août 2016.

Photo bandeau : Jean-Christophe MARMARA/Le Figaro

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