Chronique Musique

Molly Drag – Tethered Rendering

Ecrit par Jism

Par où commencer ? A vrai dire j’en sais foutre rien. Vous me direz, quand n’importe qui se prend une baffe comme celle-là, il est tout à fait normal d’être un peu groggy et chercher ses mots pour décrire ce qui vient de lui arriver. Pour être honnête, je l’attendais d’un côté ou de l’autre, genre Tindersticks, Tortoise ou autres, et là,  je me la suis prise en pleine face, venant de nulle part. Et ce grâce à Michael Handsford, Canadien d’une vingtaine d’années, parfaitement inconnu jusque là et ayant à son actif un album sorti début 2015 sous le pseudo de Molly Drag (n’y voyez aucune allusion à Molly Drake, l’origine du pseudo choisi par Handsford est due au hasard le plus total selon ses dires)

Pourtant si on y jetait une oreille attentive, Deeply Flawed avait tout pour retenir l’attention : des compositions tenant la route, un éventail de styles variés (folk, expérimental, rock, shoegaze, drone), un chant éraillé et un côté lo-fi très attachant. Seul point noir, résolu avec Tethered Rendering, Handsford en a tellement à dire sur ce premier album qu’il finit par se disperser un peu trop. Et encore…

molly drag 2

Pour Tethered Rendering, le propos est donc plus concis, une petite quarantaine de minutes en lieu et place des 70 précédentes. Même constatation pour la musique : plutôt que se disperser, elle préfère aller droit au but et viser le cœur et les tripes. Handsford se recentre sur la guitare, acoustique et déglinguée, les compositions et sur l’atmosphère qui se dégage de ce disque. Une atmosphère renvoyant direct aux 90’s, autant en Angleterre pour la dream-pop/shoegaze présente un peu partout, qu’aux States pour l’aspect Slacker/bricolé du disque. Tethered Rendering renvoie aussi bien à Grandaddy qu’à Sigur Ros, influence revendiquée de Handsford (et présente sur Thirsty) mais pas seulement. En creusant bien on y entend subrepticement du Third Eye Foundation (notamment dans l’emploi des samples), les Cure (Found A Gun rappelle beaucoup One More Time sur Kiss Me Kiss Me Kiss Me), Radiohead sur Rabbits ou encore les Flaming Lips sans le sou, mais ce sont surtout les guitares fantomatiques de Swell et son psychédélisme crépusculaire qui semblent hanter ce disque (bien qu’Handsford n’ait jamais entendu parler de Swell). Cette Lo-fi bricolée dans la cuisine et intelligemment arrangée avec les moyens du bord (un téléphone en fond sonore, des portes qui s’ouvrent, des bribes de jazz, de films…) vous prend littéralement aux tripes car baignée d’une douce et magnifique mélancolie (si  Worms, avec ce mélange de folk et d’expérimental, vous laisse indifférent, je ne peux plus rien pour vous) et d’un sens innée de la mélodie immédiate. Ce n’est pas pour rien que Molly Drag définit sa musique comme de la gloom pop (bien que je l’aurais plutôt qualifiée de gloom folk), car l’album regorge de morceaux propres à vous serrer la gorge (Levi Simon Trail, très proche du Think de Sebadoh); ces guitares limite désaccordées, cette voix lancinante, éraillée et surtout ces silences entre les notes diffusent un spleen, quelque chose de mystérieux et d’absolument addictif qui vous enchante pendant l’écoute et vous poursuit longtemps après. Bref, entre les morceaux poignants, beaucoup, et ceux, étranges et expérimentaux, bricolés à la va-vite mais toujours justes, mélodiques, Tethered Rendering n’a pas fini de vous remuer, ni de vous hanter.

Pour tout dire, avec ce Canadien, on tient là peut-être l’une des plus belles surprises de ce début d’année et surtout un musicien surdoué qui, en deux albums, a su créer un univers, magnifique, et le peaufiner en très peu de temps. Si Tethered Rendering n’est pas encore son chef-d’œuvre, m’est avis que la suite sera d’un niveau encore plus élevé. Reste plus qu’à espérer maintenant qu’il trouve une distribution à la hauteur de son talent.

Sorti sur support physique exclusivement en cassette le 15 janvier dernier, disponible chez Broken World et sur le site Bandcamp de Molly Drag où vous pourrez le télécharger gratuitement en toute légalité mais où ce serait mieux si vous laissiez un peu de pognon à l’auteur.

 

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