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Avec Storytone, Loner est-il sauf ?

Ecrit par Jism

Neil Young

 

Est-il utile de présenter Neil Young ??  Ce jeune compositeur Canadien de bientôt 70 balais, sort ces jours ci un nouvel album, à vue de nez le quarante cinquième, sobrement intitulé Storytone.

Je me passerai des présentations à son propos et dirai simplement que, sans son backing band habituel, à savoir le Crazy Horse, le gars a régulièrement pris l’habitude de décevoir depuis….Silver And Gold  ??? Ok ne soyons pas trop durs : un ou deux morceaux sur Le Noise, quelques autres sur Chrome Dreams II. Mais tout de même :  un Fork The Road catastrophique, un A Letter Home inutile sorti cette année et là, en à peine six mois d’écart, on nous annonce la sortie imminente de Storytone.  Disons le tout net : avec cette annonce, le trouillomètre était à son apogée. D’autant que le pitch annoncé a de quoi faire méchamment peur : dix nouvelles compositions du Loner mais seulement chantées par le sieur et interprétées par un orchestre symphonique. Ouch !!!!

Avec un tel passif, c’est avec une certaine réticence donc qu’on s’apprête à entrer dans Storytone. Le dilemme est en effet immense : appuie ou appuie pas sur play ?

Appuie quand même, sait-on jamais, un miracle peut arriver, on n’est pas loin de Noël, et sur un malentendu…

Dissipons d’entrée tout malentendu : même accompagné  d’un big band de 90 musiciens, Storytone, sans être catastrophique, est, comme le reste de la discographie du Loner depuis près de quinze ans, quasi inutile. Pour faire court, l’album oscille entre deux pôles : un jazz/blues gras façon Dany Brillant période Jazz A La Nouvelle Orléans ou une guimauve  indigeste. Je caricature un peu mais ces chœurs façon Armée Rouge sur Who’s Gonna Stand Up donnent envie de fuir à toutes jambes, ce blues gras et dégoulinant sur I Want To Drive My Car accuse un âge certain ainsi que ce jazz façon big band à l’ancienne (on s’attendrait presque à entendre l’intervention de Gainsbourg et Mitchell sur Say Hello To Chicago sauf que là où les deux comparses déconnaient avec leur  vieille canaille, Young semble se prendre on ne peut plus au sérieux) .

Au mieux (Tumbleweed, relativement sobre et dépouillé ainsi que When I Watch You Sleeping), Storytone est juste beau sans être d’une grande profondeur (Chris Walden n’est malheureusement pas  Jack Nitszche, ni Danny Elfman) et arrive à peu près à la cheville d’un Harvest Moon, au pire il est juste indigeste (Glimmer et pas mal d’autres chansons). Quelque part il ressemble à un disque de vieux briscard en roue libre, au cliché du musicien ou du crooner arrivé en fin de parcours qui se fait plaisir avec un orchestre. Ce n’est pas mauvais, contrairement à certains autres disques du Loner, mais totalement inutile et assez caricatural du fait que les chansons n’ont que peu de relief et semblent noyées sous des arrangements too much et un brin cheap.

Bref , ce n’est pas la peine de perdre son temps avec ce disque et la chronique pourrait donc s’arrêter là si le Loner n’avait pas eu l’idée saugrenue de nous proposer en bonus le même album en solo et en acoustique.

Et là, que dire ?

Que le talent du Canadien semble intact et inaltérable. Cette proposition acoustique est probablement ce qu’il a sorti de plus beau depuis…le Live At Massey Hall ??? Harvest Moon ? Allez savoir. Les frissons commencent dès les premières notes de piano de Plastic Flowers, bouleversant morceau d’ouverture et ne se terminent qu’après un All Those Dreams d’une simplicité désarmante. Entre deux, que Young empoigne sa guitare, son ukulélé, frappe délicatement son piano, souffle dans son harmonica, qu’il s’attaque aux ballades, au blues , c’est fait avec un tel talent, un tel dénuement, une telle sincérité qu’on ne peut que rendre les armes et s’incliner face à tant de beautés. Storytone, c’est juste trente sept minutes d’apesanteur, de grâce, trente sept minutes d’une confession faite dans la cuisine, sans artifices, susurrée à l’oreille par un gars déboussolé, au bord des larmes, partagé entre la rage et le chagrin, constamment touchant. Un  miracle dont le sommet, parmi les autres sommets que constitue ce disque, reste When I Watch You Sleeping, ballade mélancolique, qu’on croirait sorti du Nebraska de Springsteen.

En fait, Storytone version unplugged, c’est un peu le retour au bercail, tout penaud,  d’un gars qu’on a toujours apprécié malgré ses fréquentes fautes de goûts. Un gars semant depuis vingt ans, au gré de ses disques, quelques petits cailloux inspirés et laissant espérer un retour de sa muse vers une certaine simplicité. Ce retour, en lien avec la séparation de sa femme Peggy (c’était la minute potin du monde de la chronique), vient juste d’arriver et c’est une grande et formidable nouvelle (pour nous bien évidemment). Le seul hic dans cette histoire, c’est que, pour le moment, si la muse est bien de retour, le discernement lui est aux abonnés absent. Parce que mettre en bonus un tel bijou, une si belle réussite (sa plus grande depuis près de vingt ans), c’est clairement une faute de goût presque impardonnable. Alors Neil, ressaisis toi, déprime de nouveau, reprends de la beuh mais par pitié abandonne les orchestrations et fais ce que tu sais faire le mieux depuis le début de ta carrière : des ballades en solo ou des compositions  psychélectriques avec le Crazy Horse. Nos oreilles ne s’en porteront que mieux.

PS :  Curieusement, une fois le choc acoustique passé et le casque d’écoute ôté, à la réécoute, les versions orchestrales, sans être formidables, prennent beaucoup plus d’ampleur, de profondeur et semblent mieux passer sur un équipement adéquat. Il se peut donc que j’ai été quelque peu sévère avec Storytone. Il n’empêche que le fond de la chronique reste toujours d’actualité :  le discernement  dont peut faire preuve le Loner  semble battre quelque peu la breloque. Mais ne l’enterrons pas trop vite, avec Storytone, il prouve qu’il lui reste encore de la ressource.

Sortie le 4 novembre chez tous les bons disquaires de France et de Navarre.

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