Chronique Musique

Quand la Dernière Peinture se teinte de bleu

Écrit par Jism

Prenez deux gars, Anglais, guitaristes l’un comme l’autre, pratiquant chacun de leur côté avec leur groupe respectif  une indie pop/rock classieuse de haut vol. Faites les se rencontrer lors d’un concert, l’un jouant en première partie de l’autre, laissez-les se jauger, apprendre à se connaître, s’apprécier au point de créer un nouveau groupe sans pour autant lâcher ceux dans lequel ils sont. Observez l’alchimie se faire et appréciez les albums issus de cette collaboration comme un précieux nectar. Cette histoire, c’est peu ou prou celle de Jack Cooper et James Hoare, duo qui compose Ultimate Painting. Issus de Mazes (Cooper) et Proper Ornament, le duo, créé en 2013, sort l’année suivante un très bon premier album éponyme puis enchaîne en 2015 avec un excellent Green Lanes, album de Jangle Pop gorgé de mélodies pops et habitées. Comme ces deux garçons n’ont pas de temps à perdre, ils nous gratifient cette année d’un nouvel album (le troisième en trois ans, si vous suivez bien) où, malgré un son identifiable, certains changements se font remarquer.

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Déjà, sans écouter une seule note, rien qu’avec le titre et la pochette, le fan sait que, contrairement aux précédents albums, il ne sera pas là pour se marrer : fini les mélodies lumineuses et bienvenue dans un univers crépusculaire, toujours pop, un peu 60’s mais dans lequel semble s’immiscer la douce léthargie hypnotique et inquiétante de Yo La Tengo (ça, vous le remarquerez après écoute). Bon le changement ne se fait pas aussitôt et n’est pas aussi radicale qu’on pourrait le croire mais dès Bills (n’y voyez pas de jeu de mot laid), moins pop qu’à l’habitude, la machine Jangle semble se détraquer au profit d’un univers plus souterrain, hypnotique, aux influences légèrement Kraut. La suite confirme cette impression tout en voyant le groupe revenir à leur son originel, fait de guitares claires pop, d’arpèges cristallins, de couplets/refrains classiques et de chœurs légers; sauf que sur Dusk il se trouve être torpillé par une mélancolie sourde : la rythmique se fait moins primesautière, la lumière se tamise, passant du franc soleil au bleu du crépuscule et se teinte même d’une nostalgie inédite. Comme si, en déracinant leur musique (en gros en passant de l’insularité pop à l’Amérique de Yo La TengoMonday Morning– ou l’Allemagne Kraut –Bills-), les Anglais se rendaient compte de leur attachement viscéral à leur contrée d’origine (suffit d’écouter I Can’t Run Anymore, et son riff rappelant un autre groupe Anglais légendaire, pour le comprendre). Ce qui donne un disque identique aux précédents, les mélodies sont toujours là, imparables, la personnalité ne change pas, mais totalement différent, rappelant quelque peu la démarche des Jesus & Mary Chain après leur Psychocandy. Dusk pourrait en effet s’apparenter à leur Darklands (Silouhette Shimmering y fait fortement penser) : comme JAMC virait le bruit blanc, le duo abandonne le côté sunshine de leur musique pour plonger la tête la première dans une douce mélancolie, à la recherche d’un temps perdu qu’ils ne pourront que fantasmer (les 60’s en somme). Au final il en résulte un album portant parfaitement son nom, crépuscule, et dont la maîtrise, jusqu’à la date de sortie, impressionne.

A bien y regarder, il est clair que le hasard n’y est pour rien :  si l’an dernier Green Lanes sortait un 07 août et prolongeait à sa façon la période estivale (ce que fait à merveille le nouvel album de Scott & Charlene’s Wedding cette année soit dit en passant), le 30 septembre invite les auditeurs à entrer dans une période trouble, pré-automnale, le crépuscule de l’été en somme. En attendant l’an prochain pour connaître la date de sortie de leur futur album  qui en définira sans aucun doute la tonalité, vous pourrez toujours vous repaître de ce très beau disque invitant à la nostalgie et au repli sur soi. Et ce, avec le sourire.

Sortie le 30 septembre chez Trouble In Mind/Differ-Ant et chez tous les disquaires pop nostalgiques de France et d’ailleurs.

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