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Chroniques MusiqueMusique

Ride, Un Ticket Pour L’Olympe

French Godgiven
Par French Godgiven
Publié le 31 mai 2015
11 min de lecture
crédit photo : Nathalie Van Sainte Rita
crédit photo : Nathalie Van Sainte Rita

Ride Olympia

« It’s a long… a long… way down », comme le chantait Lloyd Cole en 1990.

1990, précisément l’année où quatre gamins d’Oxford allaient mettre le feu au landerneau du rock indépendant anglais, avec leur pop-rock bruitiste, juvénile et exaltée, qui n’allait pas tarder à être affiliée au courant shoegaze, pour le meilleur et (parfois) le pire. Après une signature rapide sur l’emblématique label Creation d’Alan McGee et dans la foulée d’une flopée de maxis, Ride sort son premier long format Nowhere, considéré aujourd’hui par beaucoup comme le deuxième meilleur album du genre (juste derrière le Loveless de My Bloody Valentine). Le succès, critique comme public, se poursuivra deux ans plus tard avec l’épatant Going Blank Again, qui affine leur propos tout en dévoilant une sensibilité d’écriture plus accessible, derrière le mur du son de rigueur typique du moment.

Hélas, la suite sera nettement moins glorieuse pour le quartet, puisque Carnival Of Light (désavoué par ses auteurs eux-mêmes, qui le qualifieront avec le recul de « Carnival Of Shite »), qui troque les effets maximalistes du shoegaze pour une approche plus traditionnelle, acoustique et posée, fortement teintée de psychédélisme folk, recevra en retour incompréhension des fans comme des journalistes : le disque, arrivant comme un cheveu trop subtil sur la soupe épaisse de l’avènement de la brit pop plus directe d’Oasis et consorts, passera (trop) vite à la trappe. Tel un baroud de déshonneur, l’ultime album du groupe, le plus rock Tarantula, sortira dans une quasi-indifférence en 1996, alors que la rupture définitive était déjà effective depuis quelques semaines. Pour ceux qui avaient prétendu à leur apogée vouloir « laisser les autres derrière », la désillusion fut cruelle : minés par leurs tensions internes, ils n’auront jamais récolté la même renommée de masse que d’autres par la suite, moins naïvement romantiques, plus opportunistes ou tout simplement réalistes.

Dans la grande tendance contemporaine des reformations à tout-va, celle de Ride, annoncée en grandes pompes fin 2014, laissait donc craindre le pire : contrairement à d’autres (My Bloody Valentine, Slowdive ou même les pourtant auto-fratricides Jesus & Mary Chain), on ne peut pas dire que leurs adieux à la scène se firent sous les meilleurs auspices, ni que leur séparation très acrimonieuse (nous) ait laissé de bons souvenirs. Pas dupes, Mark Gardener (voix/guitare), Andy Bell (guitare/voix), Steve Queralt (basse) et Laurence « Loz » Colbert (batterie) se doutaient bien, nostalgie mise à part, qu’ils seraient attendus sur la question du choix des morceaux interprétés, au-delà même de celle de la qualité de leurs prestations, toujours sensible lorsque, comme eux, on n’a pas joué ensemble depuis deux décennies. C’est donc sans réelle surprise que l’on apprit, avant même la venue en France du groupe, que les setlists des concerts donnés depuis le début de l’année aux Etats-Unis et en Europe furent essentiellement axées sur les deux premiers albums et les maxis de l’époque.

De fait, l’immense avantage de Ride, contrairement à, par exemple, leurs glorieux aînés de My Bloody Valentine (dont le principal attrait résidait précisément dans l’opacité et l’intégrité de leur bouillant mur sonore), est d’avoir privilégié dès le départ une écriture assez classique derrière les spécificités de leur identité bruyante. Résultat : en évitant l’écueil qu’aurait constitué la tentation de reproduire à l’identique, en 2015, les stigmates du courant shoegaze (ce qui aurait été ridicule et surtout attendu), le quartet d’Oxford parvient à redonner une deuxième jeunesse à leurs chansons pétulantes et, osons le mot, assez intemporelles dans leur évidence pop inaltérée. Explications.

crédit photo : Laurent Darcel
crédit photo : Laurent Darcel

Il est un peu plus de 21 heures, ce mercredi 27 mai, lorsque les quatre quadragénaires d’Oxford montent sur la scène de la légendaire salle parisienne du boulevard des Capucines, sous l’ovation d’un public déjà bien chauffé avec la première partie assurée par les frenchies de Man Is Not A Bird.

Le temps a bien laissé quelques traces, Mark Gardener s’avérant légèrement bedonnant, planquant sa calvitie sous un chapeau désormais symbolique, et Andy Bell semblant même déjà fatigué, peut-être encore bien marqué par les excès des années passées avec les frères Gallagher après le split de Ride, sous les bannières d’Oasis puis de Beady Eye.

Mais dès les premières mesures de l’introduction de Leave Them All Behind, toujours en descendance directe du synthé vrillé du Baba O’Riley des Who (et dont une prestation récente dans les studios de la radio américaine KCRW nous avaient peu emballés), nos craintes sont balayées : le morceau est raide (peut-être un poil trop), monumental et puissant comme à leurs plus belles heures. Dès le début du concert, on est frappé de constater que, le volume sonore étant nettement moins envahissant qu’on aurait pu l’attendre (pour un groupe qui avait fait littéralement trembler les murs de la Cigale au Festival des Inrockuptibles en octobre 1991), on peut tout à loisir apprécier la précision sans faille des parties de guitare(s) inspirées de Bell, de la voix étonnamment ferme et juste de Gardener, et, surtout, de l’incroyable mécanique de la section rythmique composée des inusables Queralt et Colbert.

crédit photo : Laurent Darcel
crédit photo : Laurent Darcel

Le set alternera alors morceaux de bravoure épiques (le riff toujours aussi imparable de Seagull, hanté comme jamais par le fantôme du Taxman des Beatles, les accélérations impitoyables du merveilleux Cool Your Boots ou les envolées incandescentes de Dreams Burn Down), moments suspendus de perfection pop (le toujours aussi neworderesque Twisterella, le ouaté et hypnotique Sennen, l’injustement oublié Natural Grace) ou d’énergie bien rock’n’roll (le pourtant maudit Black Nite Crash, sonnant très Who lui aussi, d’une efficacité redoutable, ou encore le toujours vert Like A Daydream).

crédit photo : Laurent Darcel
crédit photo : Laurent Darcel

Ça joue bien, sec, précis, mais au niveau de l’émotion pure, ce sont les titres chantés par Andy Bell qui s’avèrent les plus indiscutablement réussis : à cet égard, on retiendra particulièrement Vapour Trail qui, malgré un faux départ vite balayé par l’assurance placide de Laurence Colbert, verra son final enivrant scandé avec force par la salle toute entière, et surtout un Paralysed tétanisant de beauté, un peu comme si les célestes Simon And Garfunkel tapaient le bœuf avec l’illustre batteur afro-beat Tony Allen.

Passé le final désormais rituel du lourd et increvable Drive Blind (leur You Made Me Realise à eux, dont le break leur offrit sur un plateau, pour la seule fois de la soirée, l’occasion de renouer avec les obsessions bruitistes de leurs débuts), la seule véritable ombre au tableau d’une prestation globalement très convaincante sera le rappel, unique et donc frustrant : vite expédiée, la version pourtant bien rêche et toute d’urgence rentrée de leur tout premier single Chelsea Girl nous laissera un peu sur notre faim, un étrange goût d’inachevé dans les oreilles.

crédit photo : Laurent Darcel
crédit photo : Laurent Darcel

A l’arrivée, qu’importe, car malgré quelques omissions remarquées (pas de Time Of Her Time, joué sur d’autres dates mais remplacé ici par le plus obscur Perfect Time, pas de Mouse Trap, qu’on avait rêvé explosif, ni de Nowhere, fantastique morceau-titre de leur chef d’œuvre initial et climax envoûtant de leurs concerts d’antan), on admettra volontiers que Ride a bel et bien réussi son retour dans le circuit, sans proposer de nouveau morceau certes (« heureusement », diront certains) mais en rappelant qu’en une poignée d’années, ils auront réussi à pondre, au bas mot, une bonne quinzaine de standards absolus, ré-interprétables à volonté, hors de tout effet de mode ou de manche, et, surtout, qu’ils ont encore en eux la gouaille nécessaire pour affronter leur propre passé sur scène, le partager de nouveau avec nous et tutoyer leur présent sans complexe ni honte. En revanche, pour ce qui est de l’avenir, on a bien retenu la leçon : en ce qui les concerne, on se gardera bien de tout pronostic.

« Even a stopped clock gives the right time twice a day » (« Même une horloge cassée donne l’heure juste, deux fois par jour. »).

Quand le temps lui-même s’arrête, c’est encore mieux : on peut recueillir l’éternité dans quatre-vingt dix petites minutes.

Setlist :

. Leave Them All Behind
. Like A Daydream
. Polar Bear
. Seagull
. Sennen
. Cool Your Boots
. Black Nite Crash
. Natural Grace
. Twisterella
. OX4
. Dreams Burn Down
. Perfect Time
. Chrome Waves
. Paralysed
. Taste
. Vapour Trail
. Drive Blind
(Rappel)
. Chelsea Girl

Un immense merci à Nathalie Van Sainte Rita (photo en-tête) et Laurent Darcel (photos article).

Ride sera en concert à Saint-Malo dans le cadre du festival La Route Du Rock le dimanche 16 août 2015.

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3 commentaires 3 commentaires
  • mario dit :
    31 mai 2015 à 21 h 15 min

    A peu prêt d’accord avec la plupart de ce qui est écrit, si ce n’est que je suis resté un peu sur ma fin, la légèreté a disparu, le son était plus policé, et en fait à aucun moment je n’ai réussi à décoller, alors que c’était le cas il y a vingt ans à chaque concert.
    Reste que je n’aurais pu manquer ce concert, et c’est bien ce qui m’interroge : ils seraient un nouveau groupe, je n’aurais jamais payé autant pour cela.
    J’ai réécouté l’album Nowhere pour me ressourcer.

    Répondre
  • Mario dit :
    31 mai 2015 à 21 h 16 min

    Mon dieu mon com’ est truffé de fautes 🙂

    Répondre
  • boultan dit :
    1 juin 2015 à 7 h 29 min

    J’attend maintenant que les Boo Radleys, les Field Mice et les Sundays aient eux aussi des points-retraite à récupérer.

    Répondre

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