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ROKKURRO, POP ONIRIQUE ET CANDIDE (chroniques islandaises #1)

 

Rokkurro, Innra

 

Remonter la rue en direction de la basilique aux imposantes colonnes basaltiques et rentrer sans que cela ne soit un hasard dans la boutique du 12 Tonar Record Shop. Etre reçus comme des princes, invités à prendre un verre de vin rouge. S’asseoir alors dans le salon capitonné et écouter les dégustations locales que l’on vous suggère ainsi que celles que l’on aura débusquées dans cette caverne aux milles trésors.

Vient alors le moment où ma chère et tendre me passe son casque pour me faire écouter les premières notes d’ Í Annan Heim … Une révélation !

Le livret qui nous explique que l’album est produit par Alex Somers, compagnon du célèbre Jonsi. Tout s’explique … On est en présence du double féminin de Sigur Ros. L’humeur est plus en finesse mais l’esprit par moment n’est pas si loin des compositions moins bruitistes et retenues du groupe phare de la scène islandaise. L’exposition des sens y est plus intraverti mais de cette intériorité ressort aussi une once de majesté.

L’intériorité, c’est la traduction textuelle et expressive que l’on pourrait donner à Innra, nouvel album de Rokkurro. Les hippies cool venus du froid reviennent avec un opus aux apparences plus éclairées, la pochette à la verte luminosité reflétant parfaitement la couleur de l’ensemble. On est de prime abord un peu déçu par quelques titres dispensables laissant une impression de tiédeur quelque peu poussive.

C’est un fait l’entame qui pêche par trop de sagesse. Il y a bien évidemment la voix charismatique de Hildur Kristín Stefánsdóttir tel un rossignol islandais dont le chant de tête frôle parfois avec l’agacement mièvre. On pense au lyrisme en plus timide de Sierra Casady.

Pourtant, le groupe arrive à ne pas succomber aux tentations de la guimauve et de l’easy listening pour retenir toute notre attention.

C’est finalement sur un Killing Time tout en relief que l’opus prend son envol. Le classicisme efficace de cette « pop from the cold » confère au morceau sa part d’attractivité. Pas de surprise pour autant car je suis en présence d’un titre dévoilé depuis de nombreux mois mais le plaisir de le retrouver sur un support autre que le simple streaming ou mp3.

Enchaînement alors sur The Backbone pour un réveil en douceur. Un cœur fragile qui finit par exalter. Vibrations harmoniques qui s’affirment enfin après les plages les plus efficaces glissées au cœur de l’album. Avec White Mountain on reste sur la même cadence : Montées crescendo pour une progression maîtrisée avant de redescendre sur une note apaisée.

C’est peut-être au travers de cette impulsion que se trouve la richesse d’Innra. Les membres de Rokkurro évitent de tomber dans le pastiche sans intérêt de leurs pairs, la subtilité de redynamiser un électrocardiogramme plat par des rebondissements certes discrets mais néanmoins présents.

The In Between, le bien nommé … Trait d’union qui offre un pont habile et utile à l’architecture de l’œuvre. Un piano, une réverbération intelligemment exagérée pour des incantations païennes qui nous invitent à la lévitation.

On ne descend alors plus. Une eau qui coule de source avec son flot au débit léger. Quelques remous malgré tout pour rendre la chose plus dynamique et attractive. Nous sommes bien aux pays de sagas et la limpidité de Flugdrekar en est le rappel indéniable. On imagine alors ce cerf-volant virevolté sous nos yeux d’enfants émerveillés. Un tableau digne des folies sucrées évoquées chez Pierre et Gilles.

Le reflet d’une certaine candeur et de la recherche du plaisir sans doute naïf mais tellement essentiel. Une aventure intérieure où la grisaille est chassée par des rayonnements saccadés, un tourbillon de fraîcheur si délicat (Blue Skies).

Finir alors par la tentation de s’ouvrir à autrui histoire de sortir de sa bulle. Chercher la suggestion d’une suite plus moderne et sans doute plus emprunte de délices électroniques (Hunger). Magnifier alors les acquis pour que l’espièglerie vienne s’y immiscer. Il est vrai qu’Innra est par certains aspects assez lisse mais les quelques indices finaux laissent présager de nouvelles aventures oniriques assez savoureuses.

 

En écoute intégrale sur Spotify et en vente chez vos disquaires :

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