Chronique Musique

Mid Thirties Single Scene, une rafraîchissante invitation au mariage de Scott & Charlene

Ecrit par Jism

Vous ne trouvez pas ça étrange vous qu’à chaque fin d’été ou presque, un disque sorti de nulle part vienne vous titiller les portugaises en faisant en sorte de prolonger sérieusement la période estivale ? Souvenez-vous, l’an dernier, à peu près à la même époque, sortait le Green Lanes d’Ultimate Painting, excellent rafraîchissement à base de Jangle pop et de mélodies imparables. Le genre de disque à vous coller la banane direct et vous faire passer pour un neuneu si vous l’écoutiez au casque en vous baladant. Aujourd’hui c’est au tour de Scott & Charlene’s Wedding de vous faire le même effet. Bon ok, les Australiens nous avaient un peu prévenu avec la sortie en juin dernier de leur Ep Delivered, petit concentré de pop excellemment torché à base de Bats et de Velvet. Et là, avec Mid Thirties Single Scene, rebelote : l’album est un véritable rafraîchissement gorgé de mélodies imparables, assimilables dès la première écoute, qui donne envie de prendre la place du chien en peluche sur la plage arrière de la R12 et  sauter partout comme un cabris surexcité.

Scott-Charlenes-Wedding-Mid-Thirties-Single-Scene-COVER

Sauf que, dans cette description un peu sommaire et néanmoins d’une justesse remarquable, j’ai juste omis un détail : si Delivered faisait référence à la Jangle Pop des Bats ou aux Feelies, Mid Thirties Single Scene rend quant à lui un vibrant hommage à leur ville d’adoption, à savoir New York. C’est relativement simple, dès les premières secondes de Maureen, on voit où les Australiens veulent en venir en sortant d’abord les guitares de Sterling Morrisson du placard puis les baguettes de Maureen Tucker et enfin en invitant Lou Reed à leur/lui prêter voix forte pour un morceau qui pourrait très bien sortir du 3ème Velvet ou du VU. Vous me direz, quel intérêt, quelle originalité à sortir un morceau qui ressemble à un copier/coller entendu des milliers de fois ailleurs ? Aucun certes mais l’ensemble est suffisamment solide et bien foutu pour accrocher l’oreille et emporter l’adhésion direct. Et ce n’est pas It Don’t Bother Me qui va inverser la tendance : cette fois c’est aux Slackers auxquels SACW fait référence avec un clin d’œil appuyé du côté de Pavement (notamment sur le solo) pour un morceau qui, avouons le, a le potentiel d’un tube. Et ça continue comme ça tout au long des sept autres titres, les hommages s’accumulent (Television, Sonic Youth, le Velvet Underground absolument partout), c’est parfois nonchalamment dissonant et bordélique (End Of The Story), ce n’est pas sans rappeler la fougue des Canadiens de Ought (l’épique et passionnant Hardest Years), la belle étrangeté de Yo La Tengo (l’orgue toujours sur Hardest Years); ça mélodie absolument partout, enchaîne les morceaux speeds, légers, sautillants, tourbillonnants (le pop et parfait Delivered) et parfois étonnamment émouvants (Scrambled Eggs). En bref, Mid Thirties atteint souvent l’excellence, se plante parfois (Bush, morceau un peu facile flirtant avec la musique de stade) mais parvient à être constamment passionnant grâce au traitement des guitares, très rock, sales, d’une sécheresse étonnante, générant une tension constante en opposition à leur nonchalance mélodique très pop dans l’âme.

Il en résulte un album pas foncièrement original mais d’une redoutable efficacité, parfaitement pop, qui séduit dès les premières secondes et prolonge de fort belle manière une période estivale plutôt chaotique. En somme, d’ici un mois ou deux il fera l’effet d’une petite madeleine, un petit bonheur éphémère dont on se souviendra et qu’on gardera probablement sous le coude entre deux mastodontes, pour se rappeler qu’un peu de légèreté dans un monde de brutes est un luxe dont on peut difficilement se passer.

Sortie le 09 septembre dans tous les formats possibles chez Fire Records et chez tous les disquaires glandeurs, nonchalants et New-Yorkais de France et de Navarre.

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