Chronique Musique Musique

Sóley: Surréaliste Ask The Deep

Ecrit par Ivlo Dark

ask

Vous allez dire que j’abuse vraiment dans cette obstination sans frein. Ma tentation redondante de vous vanter les mérites des artistes islandais. Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas encore blasé des richesses qu’offre la scène musicale de ce pays cher à mon cœur.

Cette fois-ci, c’est de Sóley dont il s’agit. J’entends déjà les sympathiques médisances me souffler à l’oreille :

« Encore une énième chanteuse islandaise … Toutes interchangeables en fait … La prochaine fois, parles nous du Eyjafjallajökull band »

(je vous laisse deviner le rire sarcastique qui accompagne le propos)

Mais laissons sur la touche cette futile guéguerre et attachons nous à notre sujet.

S’il a y des similitudes d’ambiance avec une certaine Emiliana Torrini, notre native d’Hafnarfjörður détient une touche artistique bien personnelle. Des débuts sur le devant de la scène au sein du groupe indie folk Seabear avant de prendre en 2010 la tangente en version solo. Un premier EP puis la consécration avec l’excellent We Sink sorti dans les bacs en 2011. La fille de Stefán y sème son expérience pianistique au service de mélodies accrocheuses. On comprend comment celle qui étudia la musique classique et le jazz s’appropria cette formation essentielle pour délivrer un premier LP plus que convaincant.

Si Sóley est une performeuse, c’est aussi une femme qui puise son inspiration du vécu. Comblée par les joies de la maternité, elle mettra sa carrière entre parenthèses. Sa fille nait en Mars 2014. On vous dit que donner la vie ça change la vôtre. En l’occurrence, sa musique sera-t-elle perçue dorénavant sous un angle nouveau ?

La réponse est dans Ask The Deep, album toujours sous la houlette du label Morr Music.

Chez Sóley il y a toujours ce visuel étonnant, cette voix enfantine si particulière, ce semblant d’austérité qui se cache derrière des lunettes immenses. Pourtant, les choses ont changé d’allure comme si le nouveau tournant de la vie avait par écho changé la donne musicale. L’univers est rêveur, les harmonies songeuses. La compositrice n’a pas tronqué son piano et sa guitare mais elle y confère des instrumentations plus surréalistes. Assurément, les arrangements sont plus osés.

We Sink était d’un classicisme folk brillant mais avec un manque d’étoffe. Ask the Deep est bien plus audacieux sans pour autant s’aventurer au-delà des frontières elfiques. Sóley s’essaye à des expérimentations sonores qui atteignent sans grand mal l’auditeur attentif au moindre détail.

Ævintýr serait presque le cousin nordique d’un vieux tube des années 80. Le titre truffé de riffs synthétiques qui soulignent d’un rictus effronté la capacité ingénieuse de son auteur.

 

Changement d’esprit ? Oui et non. Il y a encore, et c’est tant mieux, ce chant qui captive les plus frileux. L’Islande est riche en la matière mais en l’occurrence nous sommes dans le haut du panier : Pureté, émotion, fragilité foudroyante …

L’humeur est à la découverte d’un nouveau monde fantastique. Les synthétiseurs prennent le pouvoir pour hisser leurs nappes hypnotiques. Il ne sera donc par la peine de trépigner jusqu’au 31 Octobre pour frémir des monstruosités d’Halloween. Le ton est relativement planant sans être soporifique. Sóley maîtrise les effets et succombe aux tentations quasi morbides (Follow me Down)

Une révélation alors pour ceux qui ne voyaient en elle qu’une interprète tout juste capable de singer ses illustres modèles.

Si je sais pertinemment qu’il est formellement défendu pour toute chronique musicale d’employer des qualificatifs jugés « tarte à la crème » j’assume benoîtement le poncif éculé : Ask The Deep est l’album de la maturité.

Pour ma part, adepte des beautés sombres et profondes, je ne peux que me sustenter de cette réalisation nouvelle. S’il fallait ne retenir qu’un titre de l’opus, sans aucun mal je vous parlerai d’I Will Never. Ses accords venus d’un orgue digne d’une fantaisie « burtonienne ». Une densité énorme qui certes ne reflète en aucune mesure l’intégralité de l’œuvre mais révèle cette attirance pour le côté obscure (encore lui) … Rien que pour cette septième et antépénultième piste, je vous recommande vivement Ask The Deep.

Site OfficielFacebookMorr Music

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •   

Ajouter un commentaire