Chroniques Musique

François Joncour en immersion

L’œuvre que je vous suggère ici est remarquable car activée d’ondulations palpables. Des mouvements véhiculés à l’aune d’une démarche originale, au service d’une réflexion profondément environnementale. L’origine du concept a été impulsée par le biais du BeBEST, laboratoire franco-québécois focalisé sur l’étude des écosystèmes marins, loin d’être chargés de silence. L’optique est ici tant scientifique qu’artistique afin d’explorer des voies de perception des phénomènes naturels impactant nos océans. C’est dans ce cadre que le projet Sonars est né avec le concours de La Carène, Scène de Musiques Actuelles amarrée du côté de Brest. A ce jeu-là, le musicien François Joncour a répondu présent (au même titre que ses homologues Vincent Malassis et Maxime Dangles).

François Joncour

Il se dégage de ses propres travaux une esthétique forte, cadencée par moult sonorités aquatiques délivrées derrière un propos des plus alarmistes. Dès l’ouverture entonnée par Ned Crowther (Pilling Underwater), une impression de clappements électroniques débarque. S’y immiscent quelques cordes pour une alchimie rétro-moderne succulente, bien que traversée par la gravité d’un sujet aux multiples préoccupations.

Entre frétillements sensoriels et grésillements compulsifs, François Joncour parvient à hisser le challenge à la hauteur de l’enjeu. Les interludes se glissent alors tel un point d’ancrage d’une fluidité fascinante. On notera le cheminement sous-marin d’Obsession & Repetition dont le déroulé hypnotique nous offre une livraison viscéralement addictive. Par la suite, c’est Tout S’en Est Allé (co-écrit avec Christophe Miossec) qui nous chavire par le bruissement des archets, offrant par ailleurs un duo vocal magnifié d’une écorchure épurée.

Léger et traversé de mille trouvailles, l’album Sonars Tapes se campe d’un esprit où règne le mystère, les songes, des formulations savantes, expérimentales, bigarrées et intensément impliquées. Ingénieusement mixé par Thomas Poli, il est le signe d’une croisée des ressentis. C’est une osmose qui engendre un cri en guise d’interpellation. C’est aussi un désir d’espoir, celui narré dans les accents de Skarigan A Ra, complainte en breton insufflée par Émilie Tiersen. Derrière les notes et les pulsations, se dessine la volonté farouche de faire retentir la sonnette d’alarme. Au-delà de cette légitime et primordiale perspective, la création finement pensée en ressort avec un trait harmonieux pour le moins captivant.


 

Sonars Tapes – François Joncour

Music From The Masses / PIAS – 19 Novembre 2021

 

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Image bandeau : Yves de Orestis

 

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