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Spain – The Blue Moods Of Spain

Ecrit par Davcom

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1995 fut témoin de l’apparition d’un OVNI dans le paysage musical de l’époque, surtout constitué de combats Brit-Pop, de l’horrible cauchemar Nu Metal, de Grunge à l’agonie et de Gangsta Rap. Le nom de cet OVNI : The Blue Moods Of Spain.

Spain, c’est le projet, toujours en activité malgré un hiatus d’une dizaine d’années, de Josh Haden, bassiste de son état ayant fait ses armes dans d’obscurs combos Punks fin des eighties – début des nineties, et surtout fils de l’illustre Charlie Haden, contrebassiste de Jazz décédé en juillet 2014, réputé pour avoir notamment joué avec Ornette Coleman et Keith Jarrett et fondé le Liberation Music Orchestra avec Carla Bley. Bon sang ne saurait donc mentir.

Avec sa magnifique pochette très « Blue Note », le disque intriguait déjà, et ce sans en avoir entendu une seule, de note.

Et donc, un OVNI vous disais-je. Que d’aucuns qualifièrent de Slowcore, quoique Spain n’ayant que très peu de choses en commun avec les maître-étalons du genre comme Low ou Codeine. Ce n’était certes pas totalement idiot, l’éloge de la lenteur faisant loi.

A l’époque, dès It’s So True, on sait déjà que l’on ne tient pas n’importe quel disque en main. On ne sait pas encore si on aimera ou pas, mais on est sûr que ça laissera des traces. Le morceau est dominé par la basse lente et lourde de Josh Haden, les guitares se contentant de faire tapisserie, la libération étant pour plus tard. Car Josh Haden a su s’entourer d’un guitariste très fin, au jeu simple et sans artifices grossiers, un parfait inconnu au look d’expert-comptable qui répond au nom de Ken Boudakian. Sa tâche essentielle est d’apporter une bouffée d’air frais dans cette ambiance quelque peu mortifère, et cela s’entend sur les fantastiques Dreaming Of Love et Untitled #1, proposée ici en version live à la grande époque de Canal + chère à Philippe Gildas.

L’apport de deux des sœurs Haden, en l’occurrence Petra au violon et Tanya au violoncelle sur le très sombre World Of Blue est très significatif de la noirceur de celui-ci. La respiration se fait ensuite plus légère sur I Lied, presque gaie. Ray Of Light, quant à elle, est sublimée par la trompette rappelant Miles Davis au sommet de sa mélancolie.

L’album se clôture avec Spiritual, qui fût magnifiquement repris par Johnny Cash sous l’impulsion de Rick Rubin sur son album Unchained, deuxième issu de la série des American Recordings.

Le disque fêtera donc ses 20 ans cette année, en septembre pour être plus précis, et il se tient toujours debout.

Josh Haden, malgré quelques disques de bonne tenue par la suite, ne réitérera plus jamais l’exploit.

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