Chronique Musique

Watine et l’irréel à fleur de peau

Watine
Watine / Sathy Ngouane
Ecrit par Ivlo Dark

J’étais sur mon lit à me tordre de douleur alors que dehors, la pluie venait taper contre la vitre. On dit que la musique adoucit les mœurs, en ce soir d’hiver elle est venue soulager mes maux. L’averse ayant cessé, je pouvais contempler les gouttelettes ruisselant sur le carreau. De concert, les pincées d’Undying Pizzicato, aux allures empruntées à l’énigmatique qanûn de John Barry, venaient me réconforter. L’amertume contagieuse se révélait finalement au titre d’une thérapie apaisante.

La beauté infinie qui se dégage des enceintes provient de Géométries Sous-Cutanées, nouvel album de Watine qui explose une fois encore les barrières, à faire valser des influences aussi fournies qu’éclectiques, ferrant une liste de renoms tirés des scènes ambient et expérimentale tout en s’incrustant un peu plus encore, à la grâce d’une personnification subtile, face à l’autel d’une chapelle néoclassique résolument raffinée et moderne.

Dès les premières notes d’Over Freeways, le piano à la mécanique répétitive se lance telle une alarme, rejoint par des cordes monotones puis des cliquetis venus abonder au dessein d’une superposition obsédante façon mille-feuilles érectile dont l’onirisme palpable est la résultante d’une brillance mélancolique. L’amas des idées est distingué et l’instrument inventé jadis par Bartolomeo Cristofori en est le fil conducteur, parfois discret (quoi qu’essentiel) mais le plus souvent en véritable « catapulteur » de grandeurs sensorielles.

« On prend sans je t’aime, on s’aime sans comprendre
C’est la rencontre des Temps Modernes »

Preuve en est à la lueur de Verrophone dont l’enchaînement soigné annonce la cavalcade d’ondulations électroniques vaporeuses. Derrière la partition, je devine une pudeur cachée par une diffusion de boucles qui tournoient tels des derviches. Le rappel de la thématique vient s’éteindre et c’est un tire-larmes qui apparaît aux confins de frémissements juchés sur la cime d’une mélopée des plus sidérantes (Erratic Soul). De manière globale, l’œuvre nouvelle repose sur cette douce ambiguïté qui caresse et appréhende tout autant les béatitudes mélodieuses qu’une humeur fortement chargée de vague à l’âme. Le point ultime étant sans nul doute marqué par les fêlures de Melancholia My Love, titre magnifié par ce violoncelle triste venu se morfondre dans les bras d’une noirceur profonde.

La seconde partie du disque quitte les développements exclusivement instrumentaux pour quelques sensations poétiquement prononcées. C’est tout d’abord Lovesick qui expose ses états d’âmes, brisant ainsi la délivrance unique des sons pour y adjoindre celui des mots, ceux de son auteure, Catherine Watine également architecte de cette cartographie artistique aux ornementations fantasmagoriques bien que pénétrées d’un ressenti souvent trouble du réel. En représentation de cette humeur bicéphale, il faut louer un visuel raccord concocté par l’artiste VEL. L’étrange côtoie l’exutoire jusqu’au terme de Géométries Sous-Cutanées et ses 14  dernières minutes quasi psalmodiées.

« C’est là que tout devient étrangement vague, comme un jetlag »

Jetlag inflige littéralement le frisson, celui d’une fin de parcours aux rythmiques d’inspirations orientales, de touches ici et là qui viennent sursauter puis redonner un frein aux velléités de cadence. C’est le cœur qui nous parle en filigrane et se fait l’écho d’une immense peur, une lucidité qui remue nos existences d’êtres destinés à vivre, souffrir, espérer mais mourir… malgré tout.

WatineGéométries sous-cutanées
Un album atypique et poignant disponible depuis le 1er mars 2019 chez CATGANG / Differ-Ant

À noter que toute commande via la page Bandcamp est assortie d’un titre bonus !

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