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Art Rock 2017 : Fantastic Festival

Ecrit par Ivlo Dark

Trois jours à domicile pour une parenthèse festive au cœur de la cité briochine. Un week-end de Pentecôte avec le plaisir de retrouver l’effervescence d’une ville qui stimule la culture sous plusieurs formes. La musique, forcément, sera l’objet de notre compte-rendu, mais pas exclusivement.

Retour sur l’évènement qui s’est déroulé du 2 au 4 Juin dernier. Votre serviteur et sa collaboratrice préférée auront vécu intensément ce millésime 2017 d’Art Rock.

Un festival qui aura suscité les envies au point d’inciter un jeune homme à la plus cocasse des duperies. L’intéressé avait acquis via internet une tenue de pompier afin de passer entre les mailles de la billetterie. Sa seule erreur aura été de commander l’uniforme avec des galons de colonel…

Une preuve amusante de l’engouement suscité par une programmation ô combien éclectique, chacun pouvant trouver son bonheur au sein des divers lieux accueillant public et artistes. De la scène principale située place Poulain Corbion, à scène B proche de la cathédrale, en passant par le théâtre de La Passerelle, le Forum, les bars bouillonnants ou encore l’espace dédié aux musiciens du métro ainsi qu’au très achalandé rendez-vous culinaire Rock’N Toques.

Au rayon des souvenirs, nous vous laissons découvrir une carte postale avec son lot de moments forts, de surprises, quelques bémols et frustrations, mais surtout d’admirables découvertes scéniques.

LA BONNE SURPRISE

Après avoir entrevu le set planant, bien qu’un chouïa trop statique, des australiens de Jagwar Ma, il nous fallait subodorer ce que la prestation du combo La Femme allait nous réserver. Il faut dire que l’écoute des albums du groupe ne nous avait pas fait grimper aux rideaux. Pire, je suis de ceux qui brocardent chaque sortie médiatique ultra dithyrambique qualifiant le phénomène de foire comme étant l’avenir du rock hexagonal. Nous partîmes donc avec un a priori négatif.

Entrée en matière avec une scénographie aux sensations topless. Le jeune public en prend plein les mirettes alors que les réseaux sociaux s’enflamment sur le vif débat entre carence vocale et nudité artistique. Il n’empêche que la troupe au look improbable se met illico l’assistance dans la poche à l’aide de synthétisme kitch.

Les tubes tels Où va le Monde ? ou Mycose mettent le feu aux poudres, au comptoir des postures ringardes pseudo avant-gardistes. Un slam quelque peu manqué (micro en main) suffira à rendre la prestation attachante même en l’absence évidente de relief. Elle est sans doute nichée ici, l’erreur de jugement. Celle d’affubler le groupe de qualificatifs pompeux alors que leur musique de surfeurs n’a d’autre vocation que de faire sourire et remuer une assistance bien éloignée des guérillas éditoriales.

Finalement, nous avons plutôt apprécié la fraicheur de l’instant sans nous soucier du clivage entre les pro et les anti.

L’INSTANT ANIMAL

S’il fallait retenir l’un des points culminants du festival, sans nul doute qu’une consultation viendrait placer le show de The Kills parmi les plus remarquables. Pour vos deux témoins dépêchés par Addict-Culture, ce concert du vendredi soir fut tout bonnement la prestation la plus relevée et irréprochable du week-end. En 2011, nous avions vécu une Route du Rock malouine où Alison Mosshart et Jamie Hince semblaient jouer sur des latitudes différentes. Souvenir d’un set sans fièvre et sans âme… Six ans plus tard, la fureur est de retour au sein du duo (bien épaulé par deux compères de l’ombre), et ceci pour notre plus grand plaisir.

La complicité est évidente entre la féline chanteuse et le guitariste accroché à son manche par un cordon ombilical, membre électrique indissociable de son être.

Le show sera rock et brut avec une setlist qui fera la part belle au dernier album Ash & Ice (mention spéciale pour l’excellent Siberian Nights), sans oublier les moments de délectation provoqués par les riffs « testostéronés » de URA Fever ou Tape Song. Les assauts s’enchaînent au son d’une mitraillette saturée.

Le rock n’est décidément pas mort pour ces performeurs qui venaient, le jour même, de lancer la promotion de leur nouvel EP acoustique intitulé Echo Home-Non Electric.

LES BATTEMENTS ÉLECTRONIQUES

Pour les amateurs de sonorités électroniques, le panel de cette édition offrait un fort écho aux figures présentes sur l’ensemble des bars du centre-ville (notamment Julien Tiné, Lamar Shedd ou Dj Clint). À quelques centaines de mètres, les aficionados des cadors du genre se trouvaient ravis de vibrer sur la House bon enfant de Cassius.

Un visuel de néons colorés, assez dingue pour un mix sans doute un peu trop répétitif sur la longueur. Les réminiscences de Feeling For You auront tout de même permis de saluer la venue distinguée des expérimentés Zdar et Boom Bass.

Le lendemain, c’est la fusion digitale et orientale d’Acid Arab qui mettait tout ce petit monde d’accord. Une prestation sobre sur la forme, mais animée de multiples saveurs auditives. Un régal symbiotique à la combinaison parfaite qui aura enchanté autant les danseuses du ventre que leurs voisins teufeurs. Un mélange détonant au service d’une qualité accouchant de contagieuses effusions dynamiques.

LE THÉÂTRE DE L’INTIME

Dans la musette des très bons moments vécus, le spectacle concocté par Peter Von Poehl et ses compagnons de route marquera longuement nos esprits. Nous sommes au petit théâtre, un écrin aussi charmant que confidentiel (ou presque). À l’occasion de la sortie de son quatrième album, l’auteur, compositeur et interprète suédois avait convié sur scène les danseurs Héla Fattoumi et Eric Lamoureux. Une collaboration qui mélange magnifiquement une pop-folk attachante et des chorégraphies lunaires.

Un grand moment de grâce électrique et mouvante ! Les protagonistes jouent avec les lumières, les écrans vidéos, les ombres, les éléments feutrés ou plus sonores. Une combinaison ovationnée par un public sous le charme. En rappel, le géant blond, tout de noir vêtu, reprendra a capella l’un de ses anciens titres, The Story Of The Impossible. Un grand frisson !


FÉERIE DES ÉLÉMENTS

Autre moment précieux. Celui imaginé et façonné par la Compagnie Carabosse. Une ambiance captivante qui aura investi les travées du parc des promenades. Imaginez l’espace verdoyant, les statues anciennes qui entourent l’imposant Palais de Justice et, pour l’occasion, des constructions de métal et de feu mises en lumière par le collectif alliant une force de talents au profit d’une immense stimulation des sens (voir la captation par Judicaël Olivier / WARM ici)

Il y a, au travers des cascades d’eau et de flammes, une émotion palpable. Le promeneur d’un soir totalement émerveillé par cette chaleur aimantée.

Une installation déambulatoire qui s’inscrit parfaitement dans l’optique du thème festivalier 2017.

Notons, à ce titre, la très intéressante exposition « Fantastic Elements » au musée de Saint-Brieuc : les équilibres précaires de Vincent Ganivet, le rideau d’eau et sa cascade de mots de Julius Popp, les clapotis de Don Ritter, les photographies groenlandaises et glacées de Lynn Davis, ou encore l’installation mouvante de Nils Völker se référant au rythme des mécanismes informatiques.

MI-FIGUE MI-RAISIN

Il fut parfois ardu de descendre de notre petit nuage après tant d’onirisme. Après un agréable moment apéritif à l’écoute de l’électro-pop tranquille et fine du duo Paradis, il fallait rejoindre une foule bien plus dense. Un public (en grande partie féminin) piaffant d’impatience, puis s’égosillant à la venue du très attendu Julien Doré. Un concert se distinguant tout d’abord par la sortie des vêtements de pluie.

L’assistance semble ravie de participer à ce karaoké géant. Bien huilé, sans doute trop. Nous avons assez vite décroché malgré la reconnaissance d’une très bonne technicité chez les musiciens. D’ailleurs, et malgré un placement assez lointain contrairement aux autres récitals, nous apercevons la silhouette de l’ami Arman Méliès ainsi que les membres du groupe Darko, présents sur la tournée du populaire chanteur.

L’occasion d’inviter nos lecteurs à découvrir (si ce n’est déjà fait) la discographie personnelle, malheureusement plus discrète, des intéressés. Enfin bref, pas vraiment touchés mais pas non plus coulés !

Autres bémols avec Metronomy. Si le groupe anglais bénéficie d’une renommée grandissante grâce à une pop aventureuse lui conférant une place à part (et de choix) dans les bacs, la sortie en terre costarmoricaine aura été quelque peu gâchée pas un réglage trop puissant des basses au point de déclencher quelques jets d’éponge dans les premiers rangs.

Une attaque au plexus désagréable même si nous avons tout de même eu le temps de frétiller sur l’excellent tube de crème solaire The Bay, l’ultra vintage Love Letters ou le grand classique The Look et ses claviers obsédants. L’attention de l’assistance fut toutefois bien plus dispersée avec les titres issus du dernier Summer 08. Dommage, car cette signature originale dans son essence aurait mérité un meilleur sort !

FRUSTRATIONS ET BRUITS DE COULOIR

Arrive la question fatidique qui vous vient du bout des lèvres et qui concerne notre ressenti vis-à-vis de la prestation délivrée par The Black Angels. Il est vrai que nous avions noté sur nos tablettes leur passage le dimanche à 21h avec une envie aussi forte que la sensation procurée par l’écoute de leur épatant Death Song.

Hélas, point d’appréciation de la chose de notre part puisque, la mort dans l’âme, les avancées scientifiques actuelles ne nous permirent ni le loisir de nous cloner ni de nous téléporter sur deux sites différents. En effet, confronté au choix cornélien et déchirant nous contraignant à trancher entre ce set et celui des tapageurs Féroces (voir le propos ultérieur), nous avons finalement opté pour les seconds nommés, avec un indéniable pincement, d’autant que les échos venant de la scène principale furent élogieux à l’égard des rois du rock psychédélique US.

Au même titre, manquer l’indéboulonnable gloire locale Dominic Sonic, ou la curiosité Octave Noir fut un véritable crève-cœur (horaire trop précoce pour nous permette une mise en jambe idéale). Idem pour la plupart des groupes programmés sans doute tardivement au Forum. Je pense notamment à Last Train, lamentablement zappé pour des motifs frisant la correctionnelle. Pas mieux pour Shame (c’est le cas de le dire) dont le rock déchaîné dépeint par nombre contacts, aurait dû nous inciter à un peu plus d’effort, même si la fatigue se faisait grandement ressentir.

Notre punition étant consommée, il nous faudra retrouver ses talents grandissants dans les prochaines années afin de régulariser ces omissions manifestes.

ART BIST’ROCK

Heureusement, l’envers de la médaille question timing trouve son refuge au sein des propositions présentées dans le cadre du « off », le fameux Art Bist’rock. Loin d’être une zone de division inférieure, mais une réelle alternative à la programmation officielle pour finalement échafauder un complément permettant un vaste choix de styles au bénéfice des festivaliers.

La preuve en est avec le retour des camarades de Soon, she said au Yaskiff. Un an après leur démonstration en ce même lieu, les diffuseurs de shoegaze émotionnel venaient récidiver mais, cette fois-ci, avec Bernard Marie aux manettes d’une drum-machine, faute de batteur disponible. Une fois encore, la friandise gourmande et rêveuse, derrière les jeux de pédales et autres effets vigoureux, fut un régal. Une setlist resserrée et un dernier cover gonflé de larsens involontaires – mais laissant échapper un sourire au trio – armèrent l’impression que le spectre du bruitisme XXL n’était pas bien loin. Pris d’un sursaut d’enthousiasme non maitrisé à l’écoute d’Everyday, j’en arrivais à faire vaciller le lustre de l’établissement.

Enchaînement quasi direct au bar La Cave avec le post-rock cinématographique et bourré d’énergie de Féroces. Le trio provenant de Besançon, et bien connu de nos colonnes (chronique à lire ici), avait organisé un tour façon conquête de l’Ouest avec pour encrage les cités de Rennes, Lorient et donc Saint-Brieuc. L’occasion de transporter aux oreilles et aux yeux des bretons, leur réel brio pour ambiancer les bobines. Ce fut l’occasion de découvrir la frénésie vivante de leurs morceaux référencés. Certes stratosphériques, mais toujours remplis de fluidité. D’escalade de murs imprégnés de décibels en arpèges cristallins au service du spleen éclatant, nos amis auront eu l’occasion de présenter leur tout nouvel EP Victor à quelques curieux et autres nouveaux fans.

Pour la coïncidence, la photo de pochette du disque représente le portrait du regretté Patrick Dewaere, natif de la ville hôte… En tous les cas, ce fut un moment intense qui aura largement compensé l’amertume d’avoir loupé les ténors texans visés plus haut.

UN APRÈS-MIDI PLEIN DE MYSTÈRES

Lorsqu’un chanteur vous salue d’un « bonsoir » à 16h, c’est que vous avez des chances d’être au Pôle Nord en plein hiver boréal.

Autre hypothèse : l’interlocuteur s’appelle Pierre Guénard et le lieu qui accueille son groupe Radio Elvis est plongé dans l’obscurité. Le trio, tout auréolé du prix d’album révélation aux dernières Victoires de la Musique, déboule en ce grand théâtre aux sièges rouges bien moelleux, avec une entame tout en apesanteur. Des paroles et un phrasé qui parlent autant qu’une comptine décortiquée par le grand Dominique A. Nous sommes dans ce même esprit de chanson française finement écrite mais dont les mélodies lorgnent vers la pop anglo-saxonne de luxe.

C’est efficace et la qualité acoustique de la salle ajoute à l’impression de brillance. Après quelques titres bien léchés, le groupe fait lever l’assistance un peu trop passive. Dès lors, les cordes résonnent, appuyées d’une redoutable rythmique véhiculée par Colin Russeil. C’est propre et efficace et leur reprise d’Ozez Joséphine, du regretté Alain Bashung, marquera de son empreinte une filiation loin d’être encombrante car pas forcément criante. Qu’ils tracent leur route et prennent de l’ampleur, c’est tout ce qu’on leur souhaite pour l’avenir.

À la suite, c’est Bertrand Belin et ses acolytes qui prennent possession de la scène. Introduit par Jean-Michel Boinet (le directeur du festival) enchanté d’accueillir enfin sur l’évènement l’artiste multi-facettes, le natif de Quiberon va livrer une performance ahurissante entre poésie ubuesque et raffinement combinant une sorte de blues racé et un songwriting imbibé de troubles impeccables. Les saynètes faisant office d’interludes introductifs feront sourire par leur absurdité décapante, au surplus gorgé de dextérité parnassienne. Raccord avec chaque morceau, ensemble de pièces destinées à plonger l’auditoire dans une sorte de folie douce. Irradiation totale avec Le Mot Juste sorti tout droit d’un songe magnifié, au détour d’un timbre dans les profondeurs…

À la fois atypique et accrocheur, l’homme jongle avec les mots comme on s’amuse avec un plaisir défendu. Une mise en scène impeccable qui nous aura marqué car cassant les codes, et des facilités parfois trop lices. En l’occurrence, le grand blond décalé aura fait sauter quelques verrous. Un vrai régal !

UN FINAL PERCUTANT

Idéalement placés pour vivre (elle, une première) ou revivre (moi, la quatrième) le show tant attendu des gloires mythique du trip-hop, nous n’imaginions pas ce que le set d’Archive allait nous réserver.

Exit les montées d’adrénaline progressives et planantes d’antan. Darius Keeler et Danny Griffiths sont dorénavant dans le dur. Les beats claquent d’entrée de jeu et ne vont quasiment plus quitter l’arène. Pollard Berrier, sous nos yeux, semble un chaman clamant des incantations futuristes. Son homologue Dave Pen sera dans un registre plus rageur alors qu’Holly Martin tentera d’apporter une touche de féminité dans ce monde de brutes.

Aux uppercuts de Darius qui ne cesse de battre l’hyper-tempo avec ses mains, répondent les mouvements de basses hypertrophiées et de tambourinements martelés. Pas le temps de souffler. La troupe enchaîne sans prise d’oxygène. Si la setlist puisera essentiellement dans les derniers opus, Pulse sera finalement une oasis pas totalement abandonnée, car s’immisçant tel un caméléon dans les contours tapageurs de la partition.

Question visuel, j’en prends plein la face avec cette dominance d’un rouge et noir stendhalien. À l’inverse, ma voisine trouva l’utilisation des projections bien superfétatoires. Le débat fit rage au sein de notre duo de choc, une fois l’heure du débriefing venue [Parenthèse fermée].

S’il fallait retenir le point culminant de cette extravagance des accords, c’est sans doute sur le refrain de Feel It, morceau de bravoure qui résonne encore dans nos têtes. Un mastodonte parfaitement calibré pour faire chavirer les témoins d’un spectacle massif.

Violently achèvera la messe sur le même mode démesuré. Juste un rappel… Hélas, pas le sommet à rallonge Again pourtant fantasmé (regret pour beaucoup de convives), mais son partenaire de disque, le saisissant Numb. On ne boudera pas l’euphorie de retrouver une version pharaonique du titre. Au clap de fin, la double sensation d’avoir été quelque peu floué, mêlée à celle d’avoir vécu un moment unique. Sentiment ambivalent révélant la difficulté d’appréhender une prose expérimentée, mais ayant délaissé des racines plongées dans la soul électronique pour mieux rebondir désormais sur des structures bien plus robustes.

Un peu plus de nuance n’aurait pas fait de mal pour la nostalgie, mais n’ergotons pas pour mesurer la dose qu’il aurait fallu y insuffler, alors que face à la cohérence des enchaînements et leur traitement 100% explosif, nous ne pouvons que nous incliner.

*******

Ainsi s’achevait le 34ème volume, haut en couleur, d’un festival alléchant sur le papier, et conforté allègrement dans toutes ses promesses, grâce à la qualité de nombreux invités mais aussi à une organisation aux petits oignons. Un week-end qui fut aussi le plaisir de retrouver les habitués de la manifestation culturelle. Espérons une édition future tout aussi excitante. On prend déjà rendez-vous du 18 au 20 Mai 2018 pour souffler les 35 bougies.

Ivlo & Steph Dark

Remerciements:

L'équipe + les bénévoles d'Art Rock 2017 
Lucile Brasset (assistance presse et promotion)
Aurélie Denis (communication)
Mathilde Gleyo (accréditations)

Site Officiel

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