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Art Rock 2019 très Animal[s]

art rock 2019
Close-Act /Titouan Massé Photography
Ecrit par Ivlo Dark

Je ne sais si vous l’avez déjà noté, mais pour beaucoup de retours de festival, le lecteur a habituellement le droit au fameux point météo. Pour cette 36ème édition d’Art Rock, c’est la tempête Miguel qui s’est invitée, laissant craindre un week-end des plus rudes pour les festivaliers attendus en plein cœur de la cité briochine. Finalement, le bilan global étant à la hauteur des espérances aussi riches que variées, notre webzine peut aujourd’hui vous livrer son ressenti en vous brossant une liste des quelques performances marquantes ayant résonné dans la ville.

art rock 2019

LES TÊTES D’AFFICHE

Elle était attendue par une assistance déjà acquise à sa cause, auréolée d’un respect pour son irréprochable carrière artistique. Charlotte Gainsbourg était de retour en terres armoricaines et, cette fois-ci, ce n’était pas pour un voyage en famille mais pour un voyage en musique (dixit les termes même de l’intéressée). Nous fûmes forcément touchés par la sensibilité de la femme mystérieuse cachée derrière un écran de fumée et des cages de néons hypnotiques. Nous fûmes surtout admiratifs du travail exemplaire de ses cinq compagnons de scène, venus sortir la chanteuse d’un état de santé bancal ne lui permettant pas de s’exprimer à sa guise. Cet effacement indéniable viendra déstabiliser une place Poulain Corbion qui fera preuve, néanmoins, de larges mansuétudes en ne gardant à l’esprit qu’une performance globale de haute tenue, grâce à ses envolées pop gonflées de spleen. Inutile de vous dire que l’interprétation de Charlotte Forever fut saluée avec toute la symbolique que nous pouvons imaginer.

Honneur aux femmes encore avec, cette fois-ci, la prestation de Jeanne Added. Pour cet instant dominical, le chant de l’artiste irradie l’atmosphère et se déploie avec une belle justesse, tout en se combinant parfaitement aux vibrations  modernes. La pétillante interprète vise dans la cible et alterne entre une énergie détonante et quelques moments enivrants. Un vrai régal d’exécution  jugé sur l’excellent Radiate, titre qui donne son nom au dernier album en date de cette petite princesse de la pop hexagonale. À titre personnel, je retiendrai une véritable capacité à souffler le chaud et le froid avec une spontanéité des plus agréables.

Jeanne Added / Titouan Massé Photography

Autre moment attendu : le retour de Charlie Winston, dandy aux accents folk – habitué des lieux et parfaitement à l’aise dans cet écrin qu’il parvient sans trop de difficulté à haranguer, histoire d’entonner quelques tubes ayant déjà pris un peu de bouteille.

La veille, c’était le supergroupe The Good, The Bad & The Queen qui faisait les honneurs de sa présence sur cette édition des plus éclectiques. Imaginez la petite folie lorsque le prolifique Damon Albarn est monté sur la scène en toute décontraction, un bonnet vert vissé sur la tête et l’empreinte vocale prête à faire chavirer les fans. Le gaillard se trouve accompagné par Paul Simonon (jadis bassiste de The Clash) mais aussi Simon Tong (ex-guitariste de The Verve) et Tony Allen (l’un des illustres pionniers de l’afro-beat, flanqué derrière ses percussions)… Bref, comme casting nous avons connu bien pire mais il nous restait à savourer le film. La transposition live de l’album Merrie Land s’avère ultra soignée avec une mise en scène feutrée, outre une maîtrise instrumentale totalement classe. Malgré tout, il en ressortira une légère frustration de n’avoir pu vivre la performance au cœur d’un environnement plus approprié à l’humeur dégagé par ces orfèvres.

Finalement, à me lire, vous allez me dire que j’ai la dent un peu trop dure avec les cadors placés en haut de l’affiche et, qu’outre mesure, j’ai le toupet d’avoir délibérément zappé les nombreux représentants de la nouvelle vague hip-hop ainsi que la sensation Angèle (couronnée, il faut l’avouer, par la présence d’une impressionnante foule ayant fait le déplacement pour son show).

À vrai dire, si je m’en remets subjectivement à mes yeux et oreilles, le grand moment rock du festival a eu lieu le samedi 8 juin aux alentours de 21h30. Les mythiques écossais de Primal Scream n’allaient pas trahir leur réputation de performeurs. Bobby Gillespie débarque affublé de pompes roses, pantalon rose, chemises rose, veste rose… pour une heure de bonheur bigarré, royalement à l’aise au cœur de l’attachant registre psyché-rock bourré d’une belle alchimie pour ce menu « best of », parfaitement nourri d’un paquet de vieux souvenirs issus de monuments tels Screamadelica ou XTRMNTR (preuves vivantes de la faculté du groupe à ne pas vivoter sur quelques acquis). Mention spéciale pour les réorchestrations finement senties (Swastika Eyes en tête de gondole), Andrew Innes et ses six cordes qui grincent à souhait et son acolyte, en tête de proue, hyper impressionnant à la lueur d’une exquise ambivalence chargée d’implication colossale bien que masquée d’un détachement palpable. La marque des grands !

Primal Scream / Titouan Massé Photography

 

LES ITINÉRAIRES BIS

Si le festival Art Rock s’est doté d’une nouvelle directrice, l’équipe en place n’a pas dépourvu l’esprit de l’événement de ses aspirations et notamment cet indéboulonnable souci de défricher la matière au-delà des sentiers battus. À la grande scène allègrement fréquentée répondent aussi les découvertes ou confirmations proposées en d’autres lieux.

Cette année, le caractère multiculturel fut une fois encore subtilement mis en avant avec le projet Fix Me, élaboré par le chorégraphe Alban Richard. Une expérience sidérante de danse contemporaine où les quatre membres de la troupe se contorsionnent en toute expressivité avec un accompagnement de luxe puisqu’impulsé au travers de la musique du géant (à tous les niveaux) Arnaud Rebotini. La techno inventive vient alors embraser l’espace déjà pris d’assaut par les protagonistes. On pourra regretter de n’avoir osé quitter son fauteuil pour succomber totalement à cette transe électronique mais il nous sera permis de compenser cette frustration avec la scénographie poétique de drapeaux noirs flottant dans le vent pour un sublime I Can’t Feel At Home, chanté et interprété merveilleusement par l’hôte de renom.

Autre ambiance, autre lieu avec la folie minimaliste de Trotski Nautique, présent avec bien d’autres formations sur le « off » du festival (Art Bist’Rock). Pour le cas précis, nous sommes au port du Légué et les oreilles chastes auront été dévergondées par ce moment  atypique  et ultra décomplexé qui s’apprécie à sa juste valeur : drôle et attachant !

Pour ce millésime 2019, c’est bien d’autres monstres qui envahirent les rues piétonnes de Saint-Brieuc. C’est à la compagnie hollandaise Close-Act que nous devons les déambulations de Saurus, impressionnantes bestioles imaginaires d’un réalisme effrayant…  Une machinerie à couper le souffle ! Toujours dans la lignée de cette thématique animalière, les visiteurs auront également pu apprécier les installations proposées au musée de la ville. À titre personnel, je me suis amusé comme un gamin face au rideau moucheté intitulé People On The Fly, œuvre interactive pensée par les concepteurs Laurent Mignonneau et Christa Sommerer.

Je n’oublie pas l’espace gastronomique Rock’N Toques qui, d’années en années, continue de nourrir de plus en plus d’adeptes de plats succulents comme de prestations  livrées par les musiciens du métro parisien.

 

UNE RÉVÉLATION

A rt Rock c’est encore et toujours un vecteur de rencontres et de découvertes. Cette fois-ci, j’avoue avoir été moins assidu que par le passé avec les rencards de la scène B (un spot plus « intime » coincé aux abords de la cathédrale). Dommage d’ailleurs d’avoir placé le rock racé de Buck sur un créneau cornélien.

Skøpitone Siskø / Yves Loïc Tépho

Au rayon des sympathiques révélations, je retiendrai tout de même l’élégante prestation de Skøpitone Siskø, quatuor embarqué par Elouan Jégat dans une belle aventure. Notez qu’Addict-Culture aura l’occasion de vous présenter plus amplement leur nouvel EP Kaleidoskøpe,  mis en avant pour l’occasion avec un souffle stylisé qui n’est pas sans rappeler quelques perles évolutives d’un groupe comme Grizzly Bear. Malgré la présence concurrentielle à quelques centaines de mètres du rappeur Lomepal, les régionaux de l’étape auront réussi habilement à tirer leur épingle du jeu, forgeant des mélodies souples et imagées au sein d’un ensemble n’occultant en aucune manière la faculté de glisser par quelques touches sur  une agréable dynamique, une pétulance parfois timide venant donner du relief au chant exquis du garçon initiateur de l’affaire.

 

UN FORUM ÉLECTRIQUE

Pour les amateurs de musique tapageuse, le point de convergence trouva son salut dans la fosse du forum. A ma grande satisfaction, le plateau suggéré par les organisateurs de l’événement fut terriblement relevé. Nous avons tout d’abord été gâtés par les irlandais de Fontaines D.C, sensation post-punk  émergente qui, bien que n’ayant pas inventé la poudre, sait habilement comment foutre le boxon. Le set est conduit pied au plancher, l’urgence d’exécution sur des titres comme Too Real ou Hurricane Laughter augmente allègrement le peps déjà perceptible sur leur tout récent album Dogrel. Ajoutons à ça un flegme rageur chez Grian Chatten et les comparatifs avec Ian Curtis peuvent déjà alimenter bon nombre de gorges chaudes.

Fontaines D.C. / Titouan Massé Photography

Dans la foulée, ce sont les suédois de Viagra Boys qui me mirent une grosse claque ! Le charisme de Sebastian Murphy restera comme un grand moment du week-end. Le lascar torse-poil nous gratifie de sa silhouette chargée d’innombrables tatouages. Avec ses camarades de jeu, il balance la machine pétrie de cuivre et de basse vibrante tandis que les corps en sueur s’entrechoquent dans le packaging habituel : pogos, slams et bières qui volent.  Une came percutante et jouissive !

Viagra Boys / Titouan Massé Photography

Notons aussi la séance déglinguée bien que plus télécommandée de Touts, déclencheur d’un gros bordel organisé avec leurs grosses ficelles extirpées d’une bécane programmée pour remonter le temps. Le public en redemande et les gamins singent les idoles punks dans un tourbillon qui file le tournis. C’est brut mais efficace !

Ils ont beau avoir un blase imbuvable, les parisiens de Rendez Vous n’ont pas failli au croissant bouche-à-oreille qui leur prête tous les qualificatifs (mérités) de dynamiteurs de son. L’influence de l’artificier Luis Vasquez est toute proche mais contrairement aux furies de The Soft Moon, les déflagrations indus’ de nos énergumènes respirent de chœurs à l’unisson, de claquements et crissements qui s’apparentent à l’image d’une boule de billard venant frapper contre la bande tout en prenant de la vitesse. C’est sombre, écorché et surtout acquitté de réverbérations colossales, sous un déluge de décibels (le port de bouchons fut  fortement recommandé).

Rendez Vous / Titouan Massé Photography

 

LE BILAN

À l’heure des comptes, l’organisation d’Art Rock peut se féliciter d’un décompte de 78 000 spectateurs pour plus de 70 propositions artistiques réparties sur dix lieux, pouvant satisfaire toutes les envies.  Vous pouvez déjà noter sur votre agenda la prochaine échéance qui se déroulera du 29 au 31 mai 2020.

Art Rock (site officiel)

Remerciements à l’organisation du festival, l’agence Ephélide et Titouan Massé pour son aimable autorisation.

 

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