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[Back To 1968] Amours et désamours de Serge Gainsbourg

Serge Gainsbourg
La maison de Serge Gainsbourg, rue de Verneuil/Claudia Schillinger/Flickr
Ecrit par Ninie Peaudchien

Le 31 décembre 1967, la France réveillonne devant le Brigitte Bardot Show, une émission qui met en lumière l’actrice et la chanteuse alors au sommet de son art, de sa beauté et de sa sensualité.

Dans cette émission, Brigitte Bardot change de personnage à chaque titre, avec des perruques et des costumes somptueux pour interpréter plusieurs chansons, notamment celles que Serge Gainsbourg lui avait alors composées : Bonnie And Clyde, Harley Davidson, Bubble Gum, The Devil Is English, ou encore Contact.

L’émission est un véritable succès grâce à la popularité de BB mais surtout en raison d’une réalisation vidéo inspirée et léchée qui a alors immortalisé les titres de Serge Gainsbourg. Qui ne se souvient pas de Bardot bottée et ceinturée sur sa Harley ou en Barbarella brune, crevant des ballons et chantant des Shebbbam Blop Wizz sur le Comic Strip de Gainsbourg ?

Elle marque aussi l’apogée d’une rencontre entre un créateur et sa muse. Les deux se rencontrent en octobre 1967. Elle est alors mariée à Gunter Sachs, lui tout juste divorcé de Françoise Pancrazzi avec qui il vivait une relation volcanique et sans amour. Une passion foudroyante et créative emporte les deux artistes. « Ce fut un amour fou — un amour comme on en rêve — un amour qui restera dans nos mémoires et dans les mémoires. » déclarera plus tard Brigitte Bardot à propos de cette relation.

Brigitte Bardot, durant ses trois mois d’amour intense, lui demande de lui écrire la plus belle des chansons d’amour. Il lui compose en une nuit au piano les chansons Bonnie And Clyde et Je t’aime… moi non plus. Les deux amants enregistrent les voix de cette dernière aux studios Barclay. Le titre est diffusé dès le lendemain sur Europe 1 mais Brigitte Bardot refuse que le disque sorte, sous les menaces de poursuites en justice de son mari. Il n’y aura pas d’autre diffusion à la radio et leur duo ne sortira sur disque qu’en 1986.

Le 2 janvier 1968, B.B. part retrou­ver son mari à Almeria pour tourner un film avec Sean Connery et met fin à leur liaison sulfureuse et passionnée. L’amant éconduit a le cœur brisé et retrouve le domicile conjugal où il devient pour la deuxième fois père au printemps d’un petit Paul. Il tente alors de mettre en scène Kidnapping, une comédie musicale à la demande de Jean-Louis Barrault, mais doit renoncer en raison des événements de mai, le théâtre de l’Odéon étant occupé.

Parallèlement, il compose en guise de catharsis à sa rupture le titre Initials B.B. dont la musique est inspirée de la Symphonie du Nouveau Monde de Dvořák et les paroles, inspirées d’un poème d’Edgar Allan Poe, Le Corbeau : « Une fois, sur le minuit lugubre, pendant que je méditais, faible et fatigué, sur maint précieux et curieux volume d’une doctrine oubliée, pendant que je donnais de la tête, presque assoupi, soudain il se fit un tapotement, comme de quelqu’un frappant doucement, frappant à la porte de ma chambre. » Sort en juin l’album du même nom qui réunit les enregistrements réalisés par l’artiste entre 1965 et 1968, avec en prime des titres chantés avec Brigitte Bardot, les  désormais classiques Docteur Jekyll et Monsieur Hyde, Qui est « in » qui est « out » ou Bloody Jack.

À la même période, Serge Gainsbourg est embauché en tant qu’acteur pour jouer dans le film Slogan de Pierre Grimblat. Sa partenaire n’est autre que Jane Birkin, fraichement divorcée du compositeur John Barry, et tout juste arrivée en France pour tenter sa chance en tant qu’actrice. Malgré des essais désastreux où elle finit en pleurs, la jeune anglaise est retenue pour le rôle.

Serge Gainsbourg, qui désirait une star comme partenaire, snobe totalement et met mal à l’aise cette actrice débutante. Problème : les deux doivent bientôt jouer les amoureux transis devant la caméra. Pierre Grimblat force alors le destin en les invitant à un dîner chez Régine, auquel il ne vient pas exprès. Les deux acteurs se retrouvant en tête à tête, une réconciliation a lieu et donnera naissance à la relation que l’on connaît.

Gainsbourg sort alors de la dépression causée par sa rupture avec Brigitte Bardot. Il trouve en cette jeune anglaise délurée, excentrique et naturelle sa nouvelle muse. De cette union naît une kyrielle de chefs-d’œuvre, à commencer par la nouvelle version de Je t’aime… moi non plus que Serge Gainsbourg ressort de ses tiroirs et réenregistre en décembre 1968, en perchant la voix de Birkin, la faisant chanter une octave plus haut, ce qui « a donné un côté petit garçon dans le chœur de l’église » selon elle. Ce « duo en râle majeur« , dixit L’Express, sortira en janvier 1969. Le titre fera scandale dans la presse et sera interdit de diffusion dans de nombreux pays, ce qui ne l’empêchera pas de devenir un immense succès.

Nous ne sommes cependant pour l’heure que le 31 décembre 1968. Après une fin d’année 1967 devant le duo BardotGainsbourg, les Français réveillonnent devant Birkin et son pygmalion. Dans le poste, on les entend susurrer des vœux pour la future année 69, qui sera une année érotique. Une chanson où l’on sent briller de suite l’étincelle de leur relation.

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