Près de quarante ans de carrière d’une régularité doublée d’une constance exemplaire dans la qualité de son œuvre. Ainsi pourrait être résumé le travail de Bill Callahan. Si la musique du natif de l’état du Maryland a bien évidemment évoluée, passant d’une longue période Lo-Fi plutôt âpre et austère des débuts, sous l’alias Smog, vers la luminosité qui caractérise aujourd’hui son Indie-Folk partiellement électrifiée, My Days Of 58 se pare des mêmes atours seyants qui ornaient un disque comme Sometimes I Wish We Were An Eagle, à qui on aurait ajouté quelques cuivres et des chœurs féminins.
Une chose qu’on ne peut pas reprocher à Bill Callahan, c’est son manque d’inspiration. Car s’il navigue toujours dans les mêmes eaux, avec parfois bien évidemment des nuances qui se caractérisent par des cycles plus acoustiques et d’autres plus électriques, il est rarement ennuyeux.
Et force est de constater que, si on est un tantinet observateur, ou si du moins l’on s’intéresse aux textes de ses chansons, on peut se rendre compte de son obsession pour les joies de la vie d’homme marié ainsi que de celles de la paternité, une paternité qu’il a connue sur le tard puisqu’à la naissance de ses deux enfants, il avait déjà dépassé l’âge de cinquante ans. Ce thème était déjà exploré sur Shepherd In A Sheepskin Vest, album plus aride paru en 2019, après lequel on peut ajouter un évènement moins heureux, celui du décès de sa mère.
Bill Callahan est un conteur habile qui magnifie de manière élégante les petites histoires de la vie quotidienne.
Nous en sommes donc à trois albums plus tard, sans qu’aucune lassitude ne vienne perturber un ensemble basé sur les grands questionnements existentiels tels que la vie, la mort et l’entre-deux. Parce que Bill Callahan, c’est un peu cela. Un conteur habile qui magnifie de manière élégante les petites histoires de la vie quotidienne.

Les histoires qu’il nous raconte sont admirablement bien servies par les musiciens qui l’accompagnent. On retrouve le fidèle guitariste Matt Kinsey, présent depuis l’album Apocalypse sorti en 2011, qui joue tel un musicien distillant ses accords voluptueux qui ne sont jamais là pour envahir l’espace. Jim White est aussi présent à la batterie ainsi que le saxophoniste Dustin Laurenzi, la bande recréant la synergie que l’on retrouvait sur l’album live Resuscitate.
Bill Callahan continue de bâtir son grand œuvre, patiemment, comme ceux qui sont de la race des plus grands ou qui seront, un jour, reconnus comme tels.
My Days Of 58 y a toute sa place.

Bill Callahan – My Days Of 58
Drag City – 27 février 2026


