Brèves de Platine

Brèves de Platine #44

brèves de platine 44
Photo by Abigail Keenan on Unsplash
Ecrit par Ivlo Dark, Beachboy
De découvertes en légendes, la musique dans tous ses états !

Lysistrata – Breathe In/Out
Sortie le 18 Octobre chez Vicious Circle Records

Les trois garçons de Lysistrata se définissent eux-mêmes comme faisant du « post-un peu tout » depuis des prémices (adolescents) amorcés en 2013. Il y a deux ans, leur réputation a très vite dépassé les frontières de la Charente Maritime pour impressionner un public abasourdi par leur détonation intitulée The Thread. Sur scène, leur furie mathématique accouchera d’une focalisation en qualité de révélation ne demandant qu’à prospérer.

C’est chose faite avec Breathe In/ Out qui marque de façon tranchée la délivrance d’une suite logique donnant l’impression d’un trip sur des montagnes russes dévalées sans l’usage de frein… ou alors juste pour rebondir avant accélération de la cadence (et des décibels). Les montées d’adrénaline y sont pantagruéliques, gavées de hurlements soudains qui parviennent à trouver une place confortable derrière un mur de son bétonné, telle une pluie battante emportant avec elle un paquet d’effets glissés sous les pédales.

Lysistrata améliore également ses capteurs d’attractivité en actionnant une pompe rythmique qu’on pourrait aisément assimiler à la furie de Shadoks possédés. Au-delà du cliché d’une production balancée par des geeks en parfaite osmose, le nouveau disque tape très fort sur les manches et les peaux mais n’oublie nullement de reporter sur les supports un ressenti hautement vivant, une matière mouvante restituée à l’aide d’une fraicheur d’exécution aussi redoutable que finement pensée.

Derrière le bouillonnement ponctué de subtiles accalmies, la perception des efforts d’inventivité et de contraste n’échappera pas aux oreilles attentives. Nous aurions presque la tentation de prier pour que ce trio ne grandisse pas, tant son énergie d’inspiration et expiration affichée semble déjà extrêmement mature !

Ivlo Dark 


SHHE – SHHE
Sortie le 11 octobre chez One Little indian

Su Shaw est une musicienne, interprète et productrice qui nous vient d’Écosse, nourrie de racines portugaises et affichant également quelques influences sensorielles provenant d’un séjour passé en Islande. Autant vous dire que cette mixité d’humeurs géographiques décèle chez l’intéressée un désir d’évasion, une quête immersive au plus proche des grands espaces. Les vibrations qu’elle distille semblent alors étourdies, s’abreuvant de cette prospection personnelle face à l’ambivalence trouble des éléments.

Avec son nom d’emprunt artistique, SHHE diffuse, par ricochets successifs, une douceur suave dans les roulement de ses machines. Le tout offre un résultat s’apparentant à une électro-pop rêveuse, caractérisée par un souffle ostensiblement renfermé sur une forme d’ébranlement hiératique. C’est en effet avec une certaine majesté cotonneuse que ce tout premier album homonyme vient captiver nos esprits… même si, via un florilège de pigmentations assombries, il subsiste un léger goût amer au fond de la gorge.

Eyes Shut est en cela une progression qui divague grâce à des pulsations légères. On découvre alors une voix quasi enfantine nous kidnapper pour une poignée de minutes bercées entre la sobriété des arrangements et la fluidité de composants triturés avec malice (illustration remarquable avec Emma). L’ensemble défile alors sur une vaste frise où les instants suspendus évoluent placidement au contact d’un downtempo obsédant, avant de virer sur de relatives touches dubstep – dans la lignée des compositions de groupes comme Warpaint ou The XX

Pour ma part, ce disque (bien qu’infiniment trop court en sa durée) est un véritable coup de cœur appelant un partage enthousiaste pour d’agréables moments de détente loin du tumulte. Notons, en guise de bonus, la qualité esthétique des vidéos qui illustrent la bande son.

Ivlo Dark


sarah amsellem – Miracles
Sortie officielle le 18 octobre (autoproduction /distribution: Kuroneko & Believe)

brèves

C’est une passerelle qui relie la musique, la poésie et bien plus encore… Un chant couvert de mystères fantastiques (inclusion étant précisée des deux acceptions du vocable) comme une accointance supposée avec les travaux exquis d’une certaine Émilie Simon.

C’est une infusion en trompe-l’œil folâtre qui dérive sur le refrain d’une mélopée aux arrangements modernes. Des airs qui nous bercent, jonglent avec les langues et délient le nœud des étiquettes tant organiques que chimiques. C’est un mélange des arts qui vient servir une sensibilité directe, celle d’une petite boite à musique au déroulé finalement attendrissant.

Ce disque, c’est celui de sarah amsellem, bien plus qu’une voix, un cœur qui palpite, entraînant avec lui la valse de rengaines délicieusement stylisées. De La Fille Au Regard Perdu balançant son phrasé bucolique, Le Silence comme un aimant aux arrangements quelque peu fiévreux, en passant par la mécanique envoûtante de L’Âme Innocente, pour conclure avec la sobriété comblée de mille charmes d’une pièce qui s’offre comme le résumé d’une première œuvre longue (elle en porte d’ailleurs le nom) : Miracles… Tout simplement !

Ivlo Dark


MagonOut In The Dark
Sortie le 11 Octobre chez December Square/Differ-Ant

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Originaire de Tel-Aviv, aujourd’hui installé à Paris, Magon s’est fait connaitre en duo avec Charlotte Cegarra, en tant que Charlotte & Magon.

Alors que le duo fait dans la pop aérienne, en solo, quoique bien entouré, le multi-instrumentiste nous emmène dans les traces des Pixies voire des Cure tout le long des 12 titres d’Out In The Dark, excellent disque, aussi mélodique que survitaminé.

Il se dégage en effet une réjouissante énergie de ces King Of Nothing ou Third Dimensional Love, qui auront le chic pour bien s’incruster entre vos oreilles et vous donneront irrésistible envie de passer en mode repeat.

Porté par une voix Lou Reedienne, les chansons s’enchaînent à vitesse grand V, sans que jamais la tension et le plaisir de l’auditeur ne se relâchent. Out In The Dark s’expose ainsi en pleine lumière et a tout du disque inattendu qui squattera joliment et pendant un bon bon bout de temps vos platines !

Beachboy


Kim GordonNo Home Record
Sortie le 11 Octobre chez Matador Records

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Mine de rien, si je ne m’abuse, c’est la première fois que le nom de la grande Kim Gordon apparaît seul sur une pochette de disque et cela est déjà un événement en soi tant l’aura de Sonic Youth reste intacte et chaque aventure solo de ses 4 mythiques musiciens est regardée avec la plus grande attention.

Les uns ou les autres nous ont parfois laissés sur notre faim c’est donc avec mélange de crainte et d’impatience que l’on écoute pour la première fois ce No Home Record, titre inspiré d’un film de Chantal Akerman intitulé No Home Movie.

Moins radical et bien meilleur que ses dernières œuvres avec Bill Nace en tant que Body/Head, No Home Record surprend et séduit immédiatement. Il est superbement mixé par Justin Raisen (Angel Olsen, Marissa Nadler).
On retrouve avec joie la voix si particulière de Kim Gordon et une tension explosive noise-rock, qui nous rajeunira soniquement sur les excellents Air BnB ou le phénoménal Cookie Butter.

À l’inverse, l’utilisation intense de boîte à rythmes nous embarque dans un drôle de trip electro-indu, quelque part entre Nine Inch Nails et le Third de Portishead, étonnant mais incroyablement réussi au final, à l’image du flippant Sketch Artist ou de l’envoûtant Murdered Out.

Lorsque les derniers soubresauts de Get Yr Life Back s’éteignent, on reste estomaqué par la modernité d’un disque porté par une artiste dont les premiers enregistrements n’ont pas loin de 40 ans. Kim Gordon est unique et nous offre, avec ce No Home Record, un incroyable premier disque solo, très, très haut dans les albums post SY ! 

Beachboy

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