Chroniques Musique

Celestial Scuzz, théories fumeuses de Vapor Theories

« La drogue c’est mal mvoyeeezzzz » Mr Mackey, conseiller.

Ok, pour introduire le projet des frères Gibbons (Gibbons, pas Gibbs, ne confondons pas), c’est un peu, voire complètement, cliché. Mais … mais … soyons clairs dès l’intro : quand votre patronyme (Vapour Theories) fait clairement référence à la fumette (théories vaporeuses/fumeuses, franchement …), que vous êtes guitaristes d’un des groupes psyché tendance doom  les plus emblématiques de ces trente dernières années (Bardo Pond) et qu’en plus de ça il vous faut quatorze ans pour  pondre la suite d’un premier  album (bénéficiant d’une sortie sur label, précisons le, parce qu’autrement il s’agit là de leur troisième album) nommé Joint Chiefs, avouez que plonger dans le cliché hippie/stoner sous smog cannabique est une option à caractère quasi-obligatoire.

Toujours est il que Celestial Scuzz, comme Joint Chiefs et tous les disques touchant de près ou de loin à Bardo Pond, a été enregistré au LemuHouse entre 2015 et 2019. Quatre années ont donc été nécessaires pour mettre en musique ces cinq titres instrumentaux sous haute influence THC. Cinq morceaux dont a été retiré le système osseux, colonne vertébrale comprise, pour ne garder qu’une enveloppe informe, vaporeuse. En somme, ça se traduit par aucune basse, aucune batterie mais des drones, quelques effets bien psychés (bandes passées à l’envers), du fuzz à foison (d’ailleurs le Scuzz en question dans le titre doit clairement faire référence à la Scuzz Box, pédale permettant un effet de fuzz très intense) et des guitares donc (électriques, acoustiques), savamment malmenées pour obtenir l’ambiance souhaitée. Parce qu’ici, vous l’aurez compris, nous sommes dans la création d’ambiance.  La mélodie est accessoire et quand elle est présente (comme sur The Big Ship, reprise de Brian Eno), c’est un véritable chemin de croix pour elle :  elle louvoie, tente de rester au premier plan mais  finit par se déliter et être ensevelie sous un magma sonore informe. Ironiquement, le seul morceau à y échapper est appelé Haute Trahison. Et de fait, au regard de ce Celestial Scuzz, High Treason, avec ses arpèges, sa mélodie, ses effets psychédéliques communs (bandes passées à l’envers, réverb), sa privation d’électricité, de drone et sa mélancolie diffuse, fera figure d’exception dans tout ce fatras de guitares ramassées.

Vapor Theories

Parce que pour le reste, les frangins Gibbons vont s’avérer être des créateurs d’ambiance hors pair en réussissant à amalgamer leur groupe de toujours avec Sunn O))), de façon à obtenir un BardO))) Pond informe et quasi céleste. Pour vous donner une petite idée du résultat : imaginez que Sunn O))) ait pris en otage les Cocteau Twins et bâillonné Liz Frazer de façon à ce que la pesanteur des Américains soit allégée par l’éther des Ecossais. Vous y ajoutez la dose de THC habituelle présente chez Bardo Pond et vous obtenez Celestial Scuzz, disque capable d’envoyer Eno se fracasser contre le mur du son de Kevin Shields (My Bloody Valentine), de créer un magma sonore d’une rare légèreté (on pourrait appeler ça du dronegaze ? ) et de vous emmener loin, très loin dans sa réalité distordue. A condition d’accepter la quasi absence de mélodie et de vouloir se laisser embarquer dans ce navire à destination inconnue. Mais ça c’est affaire de ressenti personnel.

 


Celestial Scuzz – Vapour Theories

Fire Records – 26 Fevrier 2021

 

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Image bandeau : Vapour Theories / 2021 / Service Presse

 

 

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