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« Bevilacqua » : Le Retourne-Cœur De Christophe A 25 Ans

Lorsque fut annoncée, le 16 avril 2020, la disparition du chanteur Christophe, la vague d’émotion qui submergea l’Hexagone fut à la mesure de l’immense perte ainsi occasionnée. Car bien au-delà de ses tubes intemporels qui, la mythique Aline en tête, émaillèrent la seconde moitié des années 60, comme des fabuleux concept albums qu’il publia durant toutes les années 70, ce natif de Juvisy-sur-Orge, Daniel Bevilacqua de son vrai nom, était l’un des derniers géants de la pop française encore en activité.

Là où tant de ses pairs ayant connu la gloire au cours de la même période se sont retirés des affaires ou sont tombés dans l’oubli, Christophe aura vécu ces deux dernières décennies une spectaculaire renaissance artistique, consacrant son statut bien à part de chercheur instinctif et de créateur hors normes, au travers des impressionnantes réussites stylistiques que constituèrent ses trois derniers albums studio, de l’aérien Comm’Si La Terre Penchait de 2001 aux abrasifs Vestiges Du Chaos de 2016, en passant par l’épique Aimer Ce Que Nous Sommes en 2008.

Christophe à Paris en 1995 (©Richard Schroeder/Master Getty Images).

Mais tout sensationnel qu’il fût, ce retour au premier plan ne s’est pas imposé en un jour, et trouvait sa source dans un disque charnière, trait d’union entre l’affranchissement nécessaire d’un passé glorieux, aussi prestigieux que pesant, et une inextinguible soif de modernité : avec le sublime Bevilacqua de 1996, Christophe amorçait déjà sa remise en activité, après des années 80 en dents de scie et une décennie quasi intégrale d’inactivité.

Sur des trames synthétiques hypnotiques lardées d’éclairs de guitare, de rythmiques entêtantes et de volutes de claviers, le chanteur dévoilait alors, sur fond d’introspection flamboyante, toute la palette de ses obsessions les plus prégnantes.

Sur des trames synthétiques hypnotiques lardées d’éclairs de guitare, de rythmiques entêtantes et de volutes de claviers, le chanteur dévoilait alors, sur fond d’introspection flamboyante, toute la palette de ses obsessions les plus prégnantes, de l’automobile (sur les neuf minutes graciles d’Enzo, hommage appuyé au célèbre pilote et constructeur italien) aux vinyles (avec l’ironique et mordant Label Obscur), jusqu’à convoquer son idole Alan Vega, transfuge des francs-tireurs new yorkais de Suicide, pour une partie de poker restituée avec malice sur le final Rencontre À L’As Vega.

Ailleurs, on ne pouvait qu’être conquis par la langueur fiévreuse d’un J’T’Aime À L’Envers équilibriste, la morgue insistante du bondissant Qu’Est-Ce Que Tu Dis Là ou la progression élégiaque d’un Point De Rencontre d’une élégance éclatante. Centre névralgique de cet alignement d’astres étincelants, la beauté spectrale du Tourne-Coeur semblait synthétiser à elle seule, en cinq minutes à peine, toute la spécificité intrigante et magnétique de ce chanteur au timbre de porcelaine et à l’insularité musicale si souvent incomprise, à la fois dandy stellaire et voyou romantique, que seul « le cuir noir protège du désespoir ».

Si cet album pourtant inespéré, peut-être trop audacieux et surprenant pour son temps, n’a connu au final qu’un succès d’estime et fut (trop) rapidement retiré de la vente par la structure qui l’avait sorti alors, il a en revanche acquis un véritable statut d’œuvre culte auprès des amateurs de l’artiste. Par bonheur, Les Disques Dreyfus, label historique de Christophe et pourvoyeur de la quasi-totalité de son catalogue, qui en avaient déjà acquis les droits en 2013 pour un remastering bienvenu, viennent de le ressortir une nouvelle fois, dans le cadre d’une réédition augmentée célébrant son vingt-cinquième anniversaire et incorporant six remixes réalisés à la même époque.

Un quart de siècle après les faits, l’occasion était trop belle pour ne pas solliciter l’actrice majeure de ce retour en force du Beau Bizarre : ingénieure du son émérite et figure rarissime d’une profession encore majoritairement sous hégémonie masculine, Veronica Ferraro a non seulement co-arrangé et co-réalisé la totalité des titres de l’album Bevilacqua, mais également pris en charge l’intégralité de son enregistrement comme de son mixage, flanquée de ses assistants d’alors, Cédric Champalou et Jeff Ginouves. Pour le compte du site Addict-Culture, elle a généreusement accepté de revenir sur cet épisode fondamental de son parcours, évoquant tour à tour la genèse, la réception et la postérité d’un album crucial et déterminant pour son auteur, dont les sillons n’ont toujours pas fini de délivrer tous leurs trésors.

Veronica Ferraro en 2021 (©Bruno Gruel).
INTERVIEW VERONICA FERRARO

 

Quelle image aviez-vous de Christophe et de sa musique avant d’être amenée à travailler avec lui ?

Veronica Ferraro : Tout d’abord, je me dois d’expliquer que Christophe avait déjà travaillé avec mon oncle René Ameline, qui tenait les studios Ferber où il a conçu un grand nombre de ses disques. Même si cet oncle avait chez lui beaucoup d’albums que j’ai eu l’occasion d’écouter, je dois dire que je connaissais surtout ses singles qui passaient en radio, et que je n’étais pas encore au fait de sa dimension d’artiste comme j’allais l’être par la suite.

Comment s’est déroulée votre rencontre et qu’est-ce qui a provoqué l’idée de faire ce disque ensemble ?

Ça s’est fait dans des circonstances vraiment particulières. À l’époque, Christophe s’était installé dans un coin du studio, où il avait commencé à travailler avec plusieurs équipes successives, avec lesquelles il essayait de réaliser un album tel qu’il voulait vraiment le faire. C’est quand je suis rentrée des Etats-Unis pour recommencer à travailler aux studios Ferber, là où j’avais débuté, que nous nous sommes croisés et que René Ameline nous a mis en contact, nous suggérant de faire un test ensemble car Christophe n’arrivait pas à donner corps à ce qu’il avait en tête, vu que les essais produits avec les équipes précédentes ne lui convenaient pas.

Ça s’est fait de façon très naturelle, on s’est simplement mis derrière des claviers et on a commencé à travailler sur les quelques maquettes qu’il nous avait fournies. On a choisi un titre et on est parti dessus. Je suis donc intervenue un an avant la sortie de l’album, et je pense que ça faisait déjà un an avant cela qu’il avait commencé à travailler dessus de son côté, dès 1994.

Christophe aux studios Ferber en 1995 (©Richard Schroeder/Master Getty Images).
Christophe avait-il une idée précise de ce qu’il voulait faire avec ce disque ? Quelle marge de manœuvre avez-vous eue sur les choix artistiques concernés ?
« Je pense que l’atout majeur de Christophe, c’était d’arriver à dénicher des sensibilités particulières chez les gens avec lesquels il choisissait de travailler. »

Certaines de ses maquettes, plus abouties que d’autres, donnaient déjà une idée de la direction qu’il souhaitait prendre. Néanmoins, comme c’était quelqu’un de très pointu en musique et très avant-gardiste, il ne nous a donné absolument aucune indication précise (sourire). Je pense que l’atout majeur de Christophe, c’était d’arriver à dénicher des sensibilités particulières chez les gens avec lesquels il choisissait de travailler. C’est-à-dire qu’il ne nous a jamais explicitement dit qu’il voulait faire un disque avec des éléments électroniques, des guitares ou des cordes : il nous a juste proposé ses maquettes et donné carte blanche. On a donc travaillé au ressenti pur, ce qui était à la fois magique et risqué sur le plan artistique, car ce n’était pas forcément évident de tomber pile sur ce qu’il voulait sans qu’il ne nous l’ait expliqué auparavant.

Tout ce processus s’est-il déroulé sans heurts ?

Oui, absolument. Pour te donner un exemple, le premier titre sur lequel on a commencé à travailler fut Parfums D’Histoires, selon ce que l’on ressentait et sans se poser de questions. Il n’était pas là quand nous avons réalisé les programmations rythmiques, et ça lui a plu quand il les a écoutées après coup. J’aurais en revanche été incapable, et je le suis toujours, de te dire si c’était ce qu’il attendait ou non, mais en tout cas, ça lui a parlé. Et la suite fut du même acabit, tout s’est déroulé de manière très fluide.

Christophe était réputé pour avoir un rythme de vie décalé, privilégiant une activité nocturne. De quelle manière cela a-t-il influencé la réalisation de cet album ?

Cela a eu un impact à deux niveaux. Evidemment, j’étais plus diurne que Christophe qui pour sa part était un vrai nocturne (sourire). À l’époque on finissait d’abord toutes nos préparations, il ne voulait écouter nos trames musicales qu’une fois terminées : à partir des maquettes et de ce que l’on en avait conservé, il voulait entendre un playback fini avant de commencer à envisager le titre dans toute sa dimension. Je me souviens par exemple qu’il n’avait pas validé un morceau à cause d’un son de cymbale qui lui déplaisait, alors qu’il ne l’avait pas exprimé clairement. C’est ce que j’ai énormément apprécié chez lui, et qui en même temps n’était pas facile à gérer du tout : c’était quelqu’un qui fonctionnait vraiment par ressenti, donc il fallait être en correspondance avec son énergie du moment. Et lorsque nous parvenions à rentrer dans cette même énergie pour aller dans le même sens, la musique venait toute seule. Christophe avait besoin de se nourrir de l’énergie des autres, les laissant apporter des choses même si, au final, c’était toujours lui qui tranchait au niveau des idées. Mais nous n’avions vraiment eu aucun frein ni directive particulière, cette liberté était très appréciable.

« Christophe avait besoin de se nourrir de l’énergie des autres, les laissant apporter des choses même si, au final, c’était toujours lui qui tranchait au niveau des idées. »

On a donc beaucoup travaillé en journée et lui venait le soir, soit pour écouter nos morceaux, soit pour travailler sur d’autres de son côté. Ça s’est donc fait comme ça, en alternance, jusqu’à ce que l’on rentre véritablement en studio pour la partie dévolue à l’enregistrement proprement dit : j’ai alors dû décaler mes horaires un petit peu (rires). Nous commencions très tôt pour attaquer la partie technique, sur laquelle il nous faisait totalement confiance, n’avait pas besoin d’être là et pouvait travailler de son côté sur les textes, pour finir régulièrement vers trois ou quatre heures du matin. Nous avions véritablement instauré une sorte de pôle créatif en trois-huit autour de l’album, ce qui était une démarche très intéressante.

Je tiens à dire qu’au-delà de cette partie créative, nous nous sommes vraiment immergés dans l’univers de Christophe au moment de l’enregistrement lui-même. J’ai découvert des milliers de choses grâce à lui, de sa fascination pour Betty Page à sa passion pour les jukeboxes. Pendant les sept mois que ça a duré, on a littéralement vécu ensemble : nous étions véritablement en résidence, nous avions le studio B de Ferber pour nous seuls, et tout organisé pour qu’il puisse de son côté écrire ses textes avec le parolier Jean-René Mariani, ou venir nous voir en cabine quand il le souhaitait pour pouvoir écouter ce qu’on faisait. Il faut bien comprendre que pendant toute cette période, on a vécu ensemble en milieu clos, sachant que Christophe était un artiste pour le moins particulier (sourire). C’était quelqu’un d’un peu sauvage aussi, on ne laissait pas rentrer n’importe qui en studio.

Comment avez-vous vécu la réception du disque, tant du point de vue critique que public ?

Ça faisait une quinzaine d’années que Christophe n’avait pas sorti d’album, ses derniers disques avaient été produits par Francis Dreyfus et il s’était plutôt consacré au format des singles à cette époque. Le tournant pris avec l’album Bevilacqua a donc été très particulier. Quand le disque a été finalisé, ça n’a pas été facile de le « lâcher » dans la nature, aux gens, aux journalistes, et d’accepter les critiques. Ça l’est devenu avec le temps et ça l’est resté pour les projets sur lesquels je travaille aujourd’hui, mais ça n’était pas quelque chose d’évident pour moi à l’époque. Il y avait aussi beaucoup d’affect, notamment dans le fait de se dire, au dernier jour de travail commun après sept mois passés ensemble non-stop, qu’on ne se reverrait pas le lendemain. C’était une vraie rupture, ce qui est forcément vécu un peu douloureusement.

« Avec le recul, je comprends aujourd’hui qu’il n’était pas évident d’accepter, après quinze ans d’absence, un album de Christophe dont la démarche artistique était si différente de ce qu’il avait fait auparavant. »

La présentation de l’album aux médias en général et aux radios en particulier n’a pas été simple non plus, car les gens ne s’attendaient pas à un tel disque de sa part. Les choses ont mis beaucoup de temps à se mettre en place, sans compter que Christophe avait quelques problèmes de communication avec sa maison de disques d’alors (Epic Records, filiale du géant Sony Music, ndlr). On peut vraiment dire que l’album a subi un accueil chaotique : il a été très remarqué par la critique, mais pas sur le coup, et avec un long temps de retard. Pour nous qui avions l’impression que le concept du disque était limpide, ça n’a pas été facile à vivre de voir qu’il ne l’était pas pour les autres. Mais avec le recul, je comprends aujourd’hui qu’il n’était pas évident d’accepter, après quinze ans d’absence, un album de Christophe dont la démarche artistique était si différente de ce qu’il avait fait auparavant.

C’était d’autant plus douloureux que j’ai le souvenir très net que l’équipe d’Epic était très enthousiaste envers ce disque, qu’ils étaient comme des fous lorsqu’ils venaient en studio pour écouter ce qu’on faisait et y croyaient énormément. Quelle est l’explication qui justifie le fait que l’album ait été retiré de la vente si rapidement après sa sortie ? Je ne connais pas les tenants et les aboutissants d’une telle décision, mais je peux te dire qu’au label, tout le monde était à fond derrière.

« Il lui fallait d’abord retrouver un public qui comprenne que ce qui le motivait alors, c’était la musique avant-gardiste et la recherche. »

Je pense que c’est un album qui avait vraiment une histoire et quelque chose de spécial, et qu’il lui a fallu du temps pour rentrer dans le paysage musical. Il était peut-être encore un peu tôt pour proposer quelque chose d’aussi hybride. Je pense qu’il a par la suite été totalement admis que Christophe fasse ce genre de disque, mais il lui fallait d’abord retrouver un public qui comprenne que ce qui le motivait alors, c’était la musique avant-gardiste et la recherche. C’était quelqu’un qui aimait les choses hors normes, et ce disque a posé les bases de tout ce qu’il a construit derrière. Nous n’étions pas de la même génération, mais il m’a vraiment épatée par l’éclectisme de ses goûts musicaux et de ses inspirations. Il écoutait des choses vraiment barrées pour quelqu’un de son âge (sourire).

L’album Bevilacqua s’achève par ces mots : « Je cherche toujours. » Pensez-vous que c’est ce qu’il a continué à faire au cours des années suivantes ?

Je pense, oui, car pour moi c’est vraiment ce qui le caractérisait le mieux. C’était un véritable esthète, un artiste au sens le plus noble du terme. Je pense que jusqu’à son dernier souffle, il aura été en recherche de quelque chose (silence). J’avais commencé à travailler avec lui sur l’album suivant (Comm’Si La Terre Penchait, qui paraîtra en 2001, ndlr), mais il voulait partir sur des choses un petit peu plus rock et je voulais par ailleurs me désengager de la production à l’époque. J’ai tout de même réalisé toutes les prises de voix de ce disque-là, parce que Christophe et moi avions une relation vraiment très fructueuse sur ce plan-là. Il voulait vraiment que je m’en occupe, et je crois aussi qu’il aimait bien avoir une présence féminine pour travailler (sourire). C’est donc avec plaisir que je me suis volontiers remise derrière la console pour lui à ce moment-là, et c’est un très beau disque aussi.

Avec le recul, quelle place tient cette collaboration dans votre vie, professionnelle comme personnelle ?

L’impact sur ma vie professionnelle a vraiment été conséquent, car c’était le premier album important, notamment en France, sur lequel j’avais travaillé après mon retour des Etats-Unis. Je suis aussi très heureuse d’avoir eu cette expérience musicale avec Christophe, qui était vraiment un artiste jusqu’au bout des ongles. Les artistes sont vraiment des bêtes à part, et je suis contente d’être tombée sur un tel phénomène (rires). C’était vraiment très enrichissant et ça m’a énormément apporté pour la suite des événements : j’ai compris beaucoup de choses sur les artistes en ayant commencé par lui.

« Il avait vraiment une façon très particulière de travailler, en se basant exclusivement sur l’émotionnel et le sensoriel. »

Je pense qu’il avait vraiment une façon très particulière de travailler, en se basant exclusivement sur l’émotionnel et le sensoriel. Ce qui est fondamental en musique, mais demande beaucoup de temps : on ne peut pas sortir un album par an en fonctionnant ainsi. C’était vraiment une autre époque : désormais, aucune maison de disques, même Sony Music, ne pourrait réserver un studio comme Ferber pendant sept mois, ça coûterait trop cher. C’était un autre modèle économique, on ne travaillait pas de la même façon qu’aujourd’hui. Moi je vivais là-bas, et même si on ne travaillait pas le week-end, il arrivait que Christophe m’appelle pour me parler d’un morceau qu’il faudrait retravailler le lundi suivant (rires). Mais ce qui était intéressant, c’est que c’était toujours dans l’optique d’aller plus loin, avec ce besoin d’amélioration perpétuelle. D’où le fameux « je cherche toujours » (sourire).

Bien qu’il nous ait laissé carte blanche pour Bevilacqua, c’était quand même lui qui tenait les rênes derrière, endossant le rôle que tenait Francis Dreyfus pour les albums précédents. Sur ce disque, Christophe n’a eu aucune entrave et a vraiment pu aller au bout de ce qu’il voulait, même si ça passait par des intermédiaires comme nous. Et je pense que ça a été foncièrement libérateur pour lui, qu’il a pu se permettre de faire des titres qui sortaient du cadre restreint du format single. Quand on le désignait comme étant le chanteur des Mots Bleus, ça ne suffisait pas à le décrire : il avait un univers bien plus vaste, qu’il a enfin pu commencer à explorer davantage avec cet album.


ChristopheBevilacqua

Sortie originale le 3 mai 1996 via le label Epic Records.

Réédition spéciale 25 ans (CD et digital) sortie le 16 avril 2021 via les Disques Dreyfus.

 

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Un immense merci à Veronica Ferraro pour son temps et ses réponses passionnantes, ainsi qu’à Céline Evano et Karim Thiam de BMG France.

 

Crédit image à la une : ©Richard Schroeder/Master Getty Images.

 

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