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Mansfield.TYA – Épisode 4 : Corpo Inferno

À l’occasion de la sortie de Monument Ordinaire, le magnifique nouvel album de Mansfield.TYA, Addict-culture, fan de la première heure, revient sur le parcours du duo nantais de ses débuts jusqu’à aujourd’hui. Un feuilleton en cinq épisodes, agrémenté d’une entrevue joyeuse d’une heure avec RebeKa Warrior et Carla Pallone effectuée le 28 janvier dernier. L’occasion rêvée, aussi, d’aller chercher dans nos archives, nos disques durs, quelques bricoles du passé.

ÉPISODE 4 : 2015 – 2016, CORPO INFERNO ET LA MAIN GAUCHE

Après Nyx et ReNyx, Julia Lanoë a à nouveau enfilé son costume de Rebeka Warrior auprès de Mitch Silver pour un album de Sexy Sushi (le dernier à ce jour), Vous n’allez pas repartir les mains vides ? paru en 2013. Mansfield.TYA est de retour fin 2015 avec le quatrième album du duo, Corpo Inferno. Pour la première fois, les visages de Julia et Carla apparaissent sur le visuel d’un album, en statues de marbre, les yeux fermés, le visage reposé. Une photo qui pourrait nous faire croire à un retour au calme après l’orage que fut Nyx, mais le premier titre Bleu lagon nous fait mentir puisqu’il s’agit tout simplement de « Faire la fête à en crever ». Le virage electro amorcé à la fin de Nyx prend ici toute son ampleur et Mansfield.TYA semble définitivement avoir envie de nous faire danser. Ce qui n’est pas pour nous déplaire.

Mais Corpo Inferno n’est pas monolithique, et si les machines se déchaînent aussi sur BB, Palais noir et La nuit tombe, le minimalisme du duo se manifeste toujours dans de sublimes ballades telles que Gilbert de Clerc et Le Dictionnaire Larousse. Il y est toujours question d’amour et de mort (la base), mais on sent ici une inquiétude plus vive quant à l’état du monde avec des morceaux comme La fin des temps (« C’est la fin du monde, on attend ») ou Le monde du silence (« Vous n’étiez plus que colère, mensonge, vulgarité, et chaos »), le morceau peut-être le plus existentiel du groupe.

La littérature est toujours au rendez-vous avec cette fois-ci Victor Hugo mis à l’honneur dans Les Confessions. L’album se termine sur La nuit tombe, le plus long morceau (5’36 ») du groupe à ce moment-là (en attendant Monument Ordinaire), rappelant l’hypnotique Cerbère qui concluait Nyx. Trois phrases répétées comme des mantras, comme pour mieux entrer en trans. Encore une fois, Mansfield.TYA propose un album qui se distingue des précédents tout en gardant ce qui fait l’ADN du groupe, et c’est toujours aussi remarquable.

Mansfield.TYA
© ErwanFichou & TheoMercier 2015
Là, ça y’est, dans « Corpo Inferno« , la boîte à rythmes est complètement intronisée.

RebeKa Warrior : Oui, là on y est. Mais toujours avec des différentes sonorités dans les différentes boîtes à rythmes. Dans « Monument Ordinaire » on a resserré.

Comment ça se passe quand vous vous retrouvez pour préparer un nouvel album ?

RebeKa Warrior : Pendant les années où on ne se voit pas nous avons chacune nos projets de notre côté. On a appris à se servir de nouveaux instruments, on apprend des autres gens qu’on fréquente. Du coup à chaque fois qu’on se retrouve, c’est avec un nouveau background. On étale toutes nos nouveautés, nos nouveaux jouets.

Carla : Oui voilà, on arrive au studio et on s’installe !

Et vous prenez votre temps ?

« Les choses ne sont pas prévisibles, pas comptables, lorsque l’on compose. »
RebeKa Warrior : On nous a toujours conseillé de nous dépêcher entre deux albums, pour qu’on ne nous oublie pas. Mais on a vite compris que ce n’était pas vrai. Ça dépend sans doute des groupes

Carla : Je tiens à ce truc : on fait des pauses parce que c’est nécessaire. Il faut du temps pour avoir envie de se retrouver à nouveau. Pour qu’il y ait une nécessité d’exprimer quelque chose. Et quand on se retrouve on ne se donne pas d’échéance. C’est un peu contre-productif. Les choses ne sont pas prévisibles, pas comptables, lorsque l’on compose.

RebeKa Warrior : À partir d’un moment il y a une machine derrière, on est quand même obligées de fixer une date, mais la première année c’est très flou.

Carla : On se donne une période quand même, si c’est trop long, ce n’est plus homogène.

RebeKa Warrior: Il faut être raisonnable. Il y a des artistes dont c’est le problème majeur : ils reviennent sans arrêt, corrigent leurs chansons… Si on traîne trop, c’est un piège, c’est sans fin on a envie d’ajouter tel truc sur tel morceau, on s’en sort pas.

En matière d’esthétique, Corpo Inferno marque un cap dans la mise en clips des morceaux du groupe. Même s’il y avait eu des clips pour quelques morceaux auparavant, ici c’est cinq morceaux qui y ont droit. Hormis le clip de Bleu lagon déconseillé aux épileptiques et rappelant que Mansfield.TYA sait aussi bien s’amuser que nous filer le blues, les autres sont des pièces cinématographiques particulièrement soignées, avec des comédien.ne.s à l’écran, et non RebeKa Warrior et Carla, chose nouvelle dans l’univers visuel du groupe.

Nous parlions à propos de « Seules… » de tes paroles prophétiques Julia. Dans « Corpo Inferno » il y a notamment : « Il n’y a plus que des fonds d’écran / Je n’ai nulle part où me barrer / Je vais faire la fête à en crever » (Bleu Lagon) et « C’est la fin du monde / On attend » (La fin des temps). Est-ce que la fin du monde que nous vivons aujourd’hui est à la hauteur de vos attentes ?

Carla : « La fin des temps » c’était la fin du monde Bataclan. Donc ça suffit.

RebeKa Warrior : Ouais, ça me va cette fin du monde-là. On va peut-être rester dans ce genre de vie sociale pendant au moins quatre, cinq ans, donc ça va être long. C’est une grosse fin du monde quand même. Fin du monde sociale.

Justement, le 13 novembre 2015 vous étiez sur la scène du Café de la Danse à Paris, à 10 minutes du Bataclan. Comment s’est passée cette soirée pour vous ?

RebeKa Warrior : On a fini notre concert, on a appris après.

Carla : J’étais vexée en arrivant dans les loges : j’étais hyper contente de notre concert et je vois tout le monde qui fait la gueule.

RebeKa Warrior : Ouais, c’était la douche froide. Heureusement ce n’était pas dur de continuer la tournée.

Carla : Fallait remonter en selle.

RebeKa Warrior : Par contre dans le public, des gens qui étaient à cette date-là ont eu du mal à revenir après.

Carla : C’était une date hyper importante pour nous, il y avait tous nos proches.

RebeKa Warrior : Et encore et toujours il y avait cette prophétie : pendant le concert, que j’ai enregistré, je parlais de la fin du monde car c’était un vendredi 13. Je parle de Satan et tout. Quand je la réécoute je me dis « Putain, c’est pas possible… » Je suis en contact avec l’au-delà, ils ont mon tatoo. Je me suis un peu assagie depuis, je dis des trucs cools.

Après « Corpo inferno » vous sortez « La Main gauche« , sur le même principe que « ReNyx » mais en plus court, avec des remix par Rone, Flavien Berger, Camilla Sparksss, Birds on a Wire, Madben.

RebeKa Warrior : C’est des copains, des gens qu’on aime bien.

Carla : Avec mon groupe Vacarme on a joué avec Rone.

RebeKa Warrior : Madben c’est la famille. Comme Scratch Massive. ReNyx était un truc un peu compliqué à mettre en place, on a appris de notre erreur. On a fait plus soft ici, resserré.

Carla : Oui, le label ne suivait plus je pense.

Et, comme un cheminement inverse, en 2016 vous remixez une chanson de Christophe, « Tu te moques », pour la version augmentée de son album « Les Vestiges du chaos ». C’est lui qui vous a proposé ?

RebeKa Warrior : Oui. Il nous a contactées. Ce n’était pas gagné parce qu’on n’avait pas du tout le temps, on nous le demandait presque pour la semaine d’après tu vois. C’était fun à faire finalement, ça s’est fait très rapidement et simplement. Je l’aime beaucoup.

Vous vous sentez proche de son travail, lui qui à chaque disque s’est toujours remis en question, a toujours fait bouger les lignes ? Si on regarde les albums de Christophe et les vôtres, il y a des similitudes dans la recherche.

RebeKa Warrior : C’est gentil, ça nous touche beaucoup. Il a travaillé avec Alan Vega, je suis totalement fan.

Carla : On l’avait rencontré après ! Il voulait qu’on lui écrive des chansons.

RebeKa Warrior : Il était super, tout le temps à la pointe de la découverte. On était allées bouffer chez lui et il nous a fait écouter Lebanon Hanover. Il nous faisait écouter des trucs de cold wave, de niche. Je l’avais vu en concert une fois, à la Villa Médicis, je n’avais fait que pleurer, c’était très beau. Il était tout seul au piano avec ses grosses santiags. Ultra touchant.

Parmi les remix présents sur La main gauche se trouve un nouveau morceau inédit du groupe, Dormi/Réveillé, qui lui aura droit aussi à son clip. Encore un morceau prémonitoire (« Je m’ennuie tellement que je suis allé trois fois de suite dans la salle de bain pour me laver les mains », extrait du Journal de Franz Kafka). De quoi nous tenir éveillé en attendant la suite.

Retrouvez le dossier de tous les articles de cette semaine spéciale ici :

Mansfield.TYA


 

Corpo Inferno – Mansfield Tya

Vicious Circle – 25 septembre 2015

 

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Image bandeau : © Erwan Fichou & Theo Mercier 2015

 

 

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