Cover Me

[Cover me] Kansas Joe & Memphis Minnie – « When The Levee Breaks » par Led Zeppelin

when the levee breaks

En 1929 est éditée cette composition de Kansas Joe et Memphis Minnie dédiée aux grandes inondations de 1927 qu’ont connu les états traversés par le Mississippi. Le monde du sud des États-Unis en a longtemps été bouleversé et beaucoup de chansons ont été composées autour de cette tragédie : High Water Everywhere de Charley Patton ou encore Backwater Blues de Bessie Smith.

Joe McCoy signe les paroles, joue et chante When The Levee Breaks, ce qui, pour certains spécialistes, a été la seule erreur concernant cette chanson. Kansas Joe McCoy est un très bon guitariste, mais à l’accent positif et léger façon ragtime et un chanteur plutôt monocorde ; alors que le jeu de guitare et la voix de Memphis Minnie ont cet accent dur, revêche, rock, mêlé à la mélancolie et la séduction, de la survivante qu’elle est.

Enfuie de chez elle à 13 ans, de son vrai nom Lizzie Douglas, elle a déjà presque vingt ans d’expérience de « scène » de blues quand Joe McCoy accepte de faire équipe avec elle. Le monde de la musique, blues compris, était implacable envers les femmes, même en reconnaissant la qualité de certaines, et associer son nom à un homme (quitte à se faire passer pour son épouse, mine de rien) pouvait faciliter grandement la vie d’une blues woman.

Malgré les quelques succès que connaît le duo, Memphis Minnie finit par quitter Joe, rencontre son musicien de mari (Little Son Joe), poursuit une carrière acharnée dans les années 30 et 40 (avec des hits comme Me and My Chauffeur) mais toujours confinée au monde du blues. Il faut attendre l’explosion folk des années 60, pour que son œuvre trouve un écho plus large.

En 1970, alors que Led Zeppelin sort d’un succès plutôt moyen de leur troisième album, Robert Plant propose When The Levee Breaks à Jimmy Page. Les premières tentatives de reprise aux studios de Basing Street ne donnent rien, et c’est seulement lors des sessions de Headley Grange que la magie opère et que naît le chef d’œuvre.

La réinterprétation totale, les effets inédits, le tout centré sur Bonham et sa batterie aussi efficace qu’une machine, transforment ce superbe morceau de blues en un monument rock monolithique.

Mais si difficile à reproduire qu’il n’aura quasiment pas été joué en concert.

Voilà une chanson dont la signature d’origine n’est pas parfaite, mais chargée de sens, et qui devient le résultat génial d’une re-fabrication compliquée… aujourd’hui, un bout d’Histoire.

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