Jour de reprise

[Cover me] : Pink Floyd – « See Emily Play » par David Bowie

Pink Floyd See Emily play youtube
Couverture par Syd Barrett ©Pink Floyd Music Ltd
Écrit par Ninie Peaudchien

See Emily Play est l’une des dernières chansons écrites par Syd Barrett pour Pink Floyd en 1967.

see emily play cover

Couverture par Syd Barrett ©Pink Floyd Music Ltd

Le musicien consomme à l’époque énormément d’acide, ce qui aggrave son état mental déjà bien fragile. Barrett compose un titre psychédélique sur une étrange fille, une sorte d’Alice au Pays des Merveilles moderne, cousine de la Lucy des Beatles et aussi insaisissable que la Ruby des Rolling Stones, autres muses créées la même année. Il l’aurait vue pendant qu’il dormait dans les bois, après avoir pris des drogues hallucinogènes. Emily semble vivre un mauvais voyage et se retrouve perdue dans la forêt.

En contraste avec les paroles, le titre est paradoxalement presque enfantin. Le refrain ressemble à une comptine. On y entend des carillons de boîte à musique, des pianos accélérés, des guitares qui imitent les horloges. L’ambiance y est totalement fantasmagorique.

David Bowie sort en 1973 Pin Ups, un album exclusivement composé de reprises, en hommage aux musiciens qui l’ont influencé, de Jacques Brel aux Who. Parmi ce panthéon figure un hommage à Syd Barrett, une reprise de See Emily Play, un des seuls titres qui fut jugé intéressant sur cet album tant décrié par la critique et les fans de l’artiste.

Bowie a été énormément marqué par Syd Barrett, le premier chanteur maquillé qu’il vit sur scène. Il reconnaît en Syd Barrett, par le biais de cette reprise, un précurseur du glam rock. Clin d’œil à cette filiation, Bowie choisit à ses côtés sur la pochette Twiggy la figure du Swinging London.

Néanmoins, Ziggy Stardust dit adieu au maître et à cette folle année 1967, en tournant le dos au psychédélisme et au côté faussement enfantin des arrangements originaux. La drogue, qui semblait euphorique chez les Floyd, devient dure chez Bowie. Véritable bad trip, le titre choisit sans équivoque possible d’emprunter la voie du cauchemar. Dans cette relecture, les chœurs, des voix démoniaques, se font inquiétants, le piano et les arrangements sont tout en stridence et chaos.

Le titre se termine sur un étonnant arrangement de cordes aérien qui interroge. La folie a-t-elle quitté ou au contraire dévoré Ziggy Stardust, le laissant à jamais coupé du réel, coincé dans un rêve permanent ?

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