Chronique Musique

L’eden noir de Dälek

[mks_dropcap style= »letter » size= »52″ bg_color= »#ffffff » txt_color= »#000000″]S[/mks_dropcap]urtout ne plus s’étonner de quoi que ce soit dans le monde du métal. Il y a un mois je vous parlais des Finlandais de Talmud Beach, groupe pop/blues qui avaient rejoint le label Black/Doom Svart, aujourd’hui, c’est au tour de Dälek, groupe de rap américain d’être signé sur un label de Black, Profound Lore (label de l’excellent Leviathan, Yob ou encore du dernier Prurient). En même temps, quand on connaît leur musique, sombre, expérimentale, flirtant plus qu’à son tour avec l’Indus, cette signature n’étonnera finalement pas grand monde. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, Dälek c’est un trio avec pour véritable maître à bord Mc Dälek au chant, accompagné d’un nouveau line-up, à savoir rEk aux platines et Mike Manteca à la production et aux samples. Ils sortent, ces prochains jours, Asphalt For Eden, septième album d’une discographie sombre et passionnante ayant pour climax un Abandonned Language d’une violence et d’une beauté incroyables (pour d’autres ce sera Absence, également excellent). Après sept années sans nouvelles, et un Gutter Tactics en deçà du reste de sa discographie, qu’en est-il d’Asphalt For Eden ? Retour en forme ou légère déception?

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[mks_dropcap style= »letter » size= »52″ bg_color= »#ffffff » txt_color= »#000000″]D[/mks_dropcap]’emblée, avec Shattered, on se dit qu’en sept ans, rien n’a changé, on retrouve ici tout ce qui fait la particularité de son rap à savoir une plongée dans l’acide avec un petit détour vers l’Indus. C’est sombre, ample, nerveux, urbain, les beats sont oppressants au possible, quasi bradycardisants, le flow reconnaissable entre mille, bref, le temps ne semble pas avoir de prise sur l’Américain. Pourtant, sous les couches de larsens, sous la crasse, il y a un quelque chose d’inhabituel, une petite lumière venant d’un synthé qui installe un peu de vie dans toute cette morgue. Néanmoins, la plongée se poursuit avec un Guaranteed plus poisseux encore que le morceau précédent, plongeant plus loin dans les bas-fonds, alourdissant encore plus le rythme, au point d’avoir l’impression d’écouter un inédit de Massive Attack mais un Massive Attack époque Mezzanine, en mode flippé et complètement parano. Masked Laughter voit ensuite Dälek opérer un revirement et sortir des bas-fonds grâce à une ambient blafarde, dissonante, d’une beauté spectrale puis s’orienter vers des influences oscillant entre Kevin Shields et Robin Guthrie. Pour la première fois, la rage ne semble plus être le moteur de ses disques, elle paraît céder la place à une sorte de légèreté, une pointe de mélancolie, comme si Dälek cherchait la beauté parmi toute cette merde. Bien sur, cet aparté ne sera que de courte durée puisque Critical voit la chape de plomb s’abattre de nouveau sur l’auditeur, les scratchs revenir pour un titre lorgnant vers le Cannibal Ox de Cold Vein. 6Db, sera le seul instrumental de l’album, devant plus au trip hop de Massive Attack voire au dub de Lee Scratch Perry qu’au hip hop, où les boucles se répètent à l’infini, à peine troublées par de légères incursions sonores, où les basses suintent le dub, les beats s’alourdissent chaque seconde passant, creusant un sillon plus profond à chaque fois et où enfin, contrairement à ce que l’on pourrait croire, la légèreté n’est pas exclue. Cette veine expérimentale/Dub se poursuit sur Control, qui voit le retour du flow de Dälek, le retour de la montée, de ce hip hop flirtant avec le drone, à l’instrumentation plus subtile qu’il n’y paraît, incluant dans son anxiété quelques touches jazzy, apportant un peu d’air frais dans cet océan d’angoisses urbaines. Enfin It Just Is conclut Asphalt For Eden sur une note plus mélancolique, moins oppressante, conservant toujours cette identité mais s’ouvrant un peu plus vers l’autre.

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[mks_dropcap style= »letter » size= »52″ bg_color= »#ffffff » txt_color= »#000000″]A[/mks_dropcap]lors, qu’en dire ? Au bout de sept ans, retour en forme ou déception ? Un peu des deux mon capitaine. On ne retrouve clairement pas ce qui faisait la puissance de son rap, si son ADN n’a pas changé d’un iota, si les mélodies sont bien présentes, l’ambiance poisseuse, lourde également, il lui manque une fibre nerveuse, une tension qui était capable de vous tenir éveillé pendant près d’une heure sans qu’on n’y trouve quoi que ce soit à redire ; l’aspect abstrait, expérimental de son hip hop se fait aussi moins présent, l’ensemble, s’il forme un tout assez monolithique, ne voit pas vraiment de morceaux se détacher du lot et surtout, point qui fâche, la prise de risque est absente ; bref, pour ceux qui appréciaient les anciens albums, Dälek semble avoir enclenché le pilotage automatique, s’être ramolli.

Néanmoins, malgré tous ces points négatifs, Asphalt For Eden est peut-être l’album le plus abordable des Américains, le moins anxiogène, et permettra à ceux qui sont étrangers à son univers d’y entrer sans trop de dommages collatéraux. Ensuite ils pourront aisément se plonger dans Abandonned Language, Absence ou From Filthy Tongues Of Gods and Griots ou même leur excellent Derbe Respect, Alder, formidable collaboration avec Faust, et découvrir un des meilleurs artistes de hip hop expérimental. Un des plus anxiogènes en tous les cas.

Sortie le 22 avril chez Profound Lore et chez tous les disquaires paranos de France et de Navarre.

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