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Emmanuel Boeuf – Histoires de diamants

Écrit par Davcom

Parfois, des rencontres intéressantes se font au café des sports, soit Facebook ou Twitter dans notre monde moderne. Le miracle a parfois lieu entre deux zapping de posts de gens qui s’emmerdent et qui tiennent à le faire savoir.

Mais les réseaux sociaux ne sont pas toujours synonymes d’exutoires ou de déversoir à immondices. Par on ne sait quel hasard, on croise des personnages singuliers qui nous font penser que la e-existence n’est pas qu’une tartine de merde à s’enfiler jusqu’à la garde.

Emmanuel Boeuf, la quarantaine rugissante, n’est pas vraiment ce qu’on peut communément appeler le perdreau de l’année. Actif depuis les années 90, il est cependant toujours passé à travers les mailles de notre filet. Qu’à cela ne tienne, nous l’avons rencontré, et par ce fait, découvert son travail, qui est, rendez-vous compte, assez conséquent et convainquant.

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Extraits.

Bonjour Emmanuel. Chez Addict-Culture on a beaucoup aimé ta reprise de The Diamond Sea [de Sonic Youth, ndlr], grâce à The Covers Ep, sorti sous le nom d’Emboe, porte d’entrée de ton travail en ce qui nous concerne…

Emmanuel Boeuf : Merci mec.

A la première écoute, je me suis demandé quel était l’intérêt d’une telle reprise puisque la structure du morceau était fort semblable. A la réécoute, il apparaît que c’est beaucoup plus subtil, la guitare y étant plus déstructurée…

E.B. : Je considère The Diamond Sea comme le meilleur morceau de tous les temps, un morceau qui m’a marqué à vie. Pour cette raison, je n’ai rien voulu changer. Mon but était de rendre un hommage le plus proche possible de l’original. A postériori, il apparaît, d’après les différents retours que j’en ai eu, que j’ai réussi à y mettre une touche personnelle. J’en suis heureux. A la base je devais faire la cover pour une compil sur le site A Découvrir Absolument, mais par manque de temps, je n’ai pu travailler dessus dans les temps impartis. Voilà pourquoi la chanson a atterri sur l’Ep.

Comment passe-t-on d’une reprise de Sonic Youth à une reprise de Rihanna ?

E.B. : C’est très simple, j’adore Sonic Youth et Rihanna, ça ne va pas plus loin que ça. Depuis toujours, j’écoute des choses très différentes. Enfant, je passais de Duran Duran à Iron Maiden. Ado, de U2 à Nirvana. Aujourd’hui, je peux passer de Fugazi à Katy Perry sans aucun problème. Je ne suis pas sectaire en matière de musique, ce qui étonne parfois les gens que je cotoie. Je deviens vite insupportable en tournée lorsque je prends le contrôle de l’autoradio (rires). Au départ, la reprise que j’ai faite de Diamond était une blague postée sur Facebook. Elle a visiblement tapé dans l’oeil d’un producteur radio puisqu’elle a été programmée sur les ondes durant quelques mois. Cette chanson compte énormément pour moi, elle m’évoque énormément de choses. Bonnes ou mauvaises, là n’est pas la question, c’est juste de l’émotion.

Il y a un troisième titre sur cet Ep, Turbulences, de [Kataplismik]. Qui sont-ils ?

E.B. : Ce sont des amis. Nous sommes partis en tournée ensemble du temps de Sons Of Frida et avons vécu pas mal de choses ensemble, assez inoubliables. Ils m’avaient demandé de reprendre un titre pour un tribute album. Du coup, je me suis retrouvé avec trois titres, et j’ai décidé d’en faire quelque chose pour moi. d’où le Covers Ep.

Tu as déjà un background conséquent, et pourtant, on a l’impression de ne pas te connaitre. Comment définirais-tu ta vie musicale ?

E.B. : Ma vie musicale… ça va faire cliché mais bon… depuis ma naissance je baigne là-dedans. Mon père était bassiste dans un groupe de hard-rock -d’ailleurs, Lemmy, si tu le croises, buvez une bière ensemble, il sera content. Mon oncle était batteur, ma tante pianiste… J’ai toujours traîné dans les studios ou dans les salles de concert. J’ai donc pris la relève. Comment en aurait-il pu être autrement ? Je me rappelle de discussions avec mon père au sujet de ce que je faisais, où il en ressortait que c’était de la merde, mais que c’était bien fait (rires). J’ai longtemps cru que je pourrais un jour en vivre, que j’allais finir par être connu… et puis, au fur et à mesure, tu t’aperçois que ça va être dur. Maintenant, j’essaie d’allier les 3 axes de ma vie : la famille, le boulot, la musique, et ça me va très bien. Si ça marche tant mieux sinon ce n’est pas grave, je continuerai à enregistrer et à faire des concerts.

J’ai beaucoup aimé l’album Tortuga, découvert alors que Sons Of Frida n’existait déjà plus. Est-ce l’envie de tout recommencer, de repartir avec une page blanche, ou s’agit-il d’autre chose ?

E.B. : Sons Of Frida s’est arrêté brusquement. On ne peut malheureusement pas revenir en arrière, c’est comme ça. Emboe existe déjà depuis 1997, depuis l’époque où mon premier groupe – Agonia Sound -, s’est dissout. J’ai commencé à écrire et enregistrer des trucs chez moi, et c’est parti de là. Ensuite, on a formé Sons Of Frida. J’ai donc eu moins de temps à consacrer à Emboe, mais j’arrivais encore à sortir des trucs par-ci par-là, pour des compils notamment. En 2010, une réalisatrice m’a demandé de faire le score d’un de ses courts-métrages, et ensuite le label Zéro Egal Petit Intérieur a souhaité sortir cette bande son sur disque, intitulé Colita De Rana, et c’est de là que tout est parti. Le disque n’a pas trop mal marché, il y a eu pas mal de bons retours, et j’ai pu faire des concerts un peu partout. Depuis, je continue dans ce sens. A l’heure où nous parlons, je viens de finir l’enregistrement de mon prochain album, qui sortira sur le même label.

Parlons un peu de ton nouveau projet, Dernière Transmission…

E.B. : Ah, Dernière Transmission… nous avons fini le mix de notre premier album cet automne. Nous travaillons actuellement sur l’artwork. On peut déjà écouter des démos sur notre Bandcamp, en attendant la sortie du disque en 2016, et toujours sur le label Zero Egal Petit Interieur, puisque les gars du groupe – Jérôme Orsoni au chant et textes, et Guillaume Collet aux machines – sont les boss du label. Ils font aussi partie de Rome Buyce Night. Ce groupe est donc une histoire d’amitié avant tout. Nous nous connaissons depuis plus de 10 ans. Nous nous sommes rencontrés lors de concerts en commun, avec Sons Of Frida et Rome Buyce Night. Nous faisions partie de la scène Post-Rock Parisienne avec tout un tas d’autres groupes, comme La Diagonale Du Fou. On a même fait un album avec Rome Buyce Night, intitulé Orchestra, où nous nous sommes retrouvés avec la somme des musiciens, à savoir 2 batteurs, 3 guitaristes et 2 bassistes. Au départ, nous n’avions aucun projet en commun. Tout s’est fait en moins de deux minutes. J’avais un projet de prévu avec Jérôme, et Guillaume devait nous enregistrer. Lors de la deuxième session, on a dit à Guillaume de venir avec une Beatbox, et du coup il a débarqué avec tous ses synthés. C’est parti de là. Tous les morceaux ont été composés en deux répétitions. C’est juste incroyable d’avoir autant de feeling avec ces mecs-là !! L’avenir, ce sera donc la sortie du disque, et puis la scène.

L’écriture a-t-elle réellement été collective, ou plutôt individuelle ?

E.B. : Collective, mais à part les textes, entièrement écrits par Jérôme. Tout est basé sur l’improvisation. Tout parait assez réfléchi en terme de composition, alors que pas du tout. Tout s’est fait au feeling.

Qu’est-ce qui te plaît le plus en définitive, travailler en solo ou en groupe, où l’on doit toujours faire des concessions ?

E.B. : J’aime les deux, ce n’est pas toujours évident à comparer. En solo, c’est simple, tu n’as que 2 possibilités : oui ou non. En groupe, les discussions peuvent être longues, mais peuvent déboucher sur des idées incroyables. J’aime beaucoup la vie en groupe, on vit des choses extraordinaires, beaucoup d’échanges, comme dans une famille. Et puis en concert, si tu te plantes, tu peux compter sur les autres, tandis qu’en solo, quand ça arrive, tu n’as qu’une envie : creuser un trou et t’y enterrer (rires).

Tu vis à Paris. Existe-t-il encore une scène avec laquelle tu as des affinités ?

E.B. : Aujourd’hui non. La scène Post-Rock a disparu et avec Sons Of Frida, nous étions en quelque sorte les survivants de cette scène. On se connaissait tous, c’était cool. Aujourd’hui, à plus de 40 ans, je ne cherche pas à incorporer telle ou telle scène. A vrai dire, je m’en fiche complètement. J’en ai un peu fini avec ce genre de connerie, à vouloir absolument être aimé de la scène noise ou expérimentale et mettre de côté le reste. Je joue partout où c’est possible. Je vais même te dire : je trouve très cool de me retrouver à côté de Maitre Gims sur Spotify.

Vous pouvez retrouver Emmanuel Boeuf et tout ses différents projets sur Bandcamp :

EmboeDernière TransmissionSons Of Frida

Crédits photos : Emmanuel Boeuf

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