Éphéméride Musique

8 novembre 1994, Sortie de « No Quarter : Jimmy Page & Robert Plant Unledded » de Jimmy Page et Plant

La reformation de Led Zeppelin. Un serpent de mer qui courait depuis la dissolution de la formation après la mort de son batteur légendaire John Bonham en 1980.

Après des réunions ponctuelles et sans beaucoup de lendemains, notamment au Live Aid, les fans les plus fervents perdaient espoir. Et quand l’annonce de cet album survint, elle fit grand bruit. On allait retrouver le vieux lion strident et son acolyte, héros de la six cordes. Sauf qu’ils ne font rien jamais comme tout le monde, et surtout pas pour alimenter la madeleine de Proust frétillante de vieux nostalgiques aux yeux humides. Ils revinrent donc, à l’âge d’or des Unplugged de MTV. Et réorchestrèrent leurs classiques avec un grand orchestre aux accents orientaux, le sieur Robert étant versé de longue date dans la World music, et le dirigeable glorieux y ayant fait de nombreux clins d’œil dans Kashmir ou dans In the Evening, s’échappant peu à peu du carcan de Hard blues de leurs débuts héroïques pour développer la structure de leurs morceaux hors normes.

Le disque commence sur des bases connues, même si tout dans Nobody’s fault but mine semble déjà revisité. Thank you profite d’une interprétation classique. Et puis les contrées de No Quarter s’annoncent, inconnues, déjà étranges à leur sortie. Psychédéliques. Les violons s’invitent doucement. C’est au début de Friends que l’on se retrouve au milieu des bédouins, juste avant l’irruption de la guitare de Page, et le chant arabisant de Plant, les tambours qui s’y joignent, donnant à l’œuvre une aura tribale qu’on ne lui connaissait pas.  C’est un envoûtement. Les artistes assument leurs influences et auréolent le répertoire zeppelinien de tout le chemin qu’ils ont parcouru depuis artistiquement. Le chant du grand Robert a changé, ne s’aventure plus dans les aigus ou beaucoup moins systématiquement qu’avant. Alors, ils avaient la cinquantaine passée et proposaient avant tout avec ce disque une nouvelle odyssée, qui, sans doute, hérissa le poil de nombreux puristes.

Yallah enfonce imperturbablement le clou. Et pousse le postulat encore un peu plus loin. L’audace de ce retour apparaît de plus en plus inattendue et spectaculaire. Et même dans les anciens standards, on voit à l’évidence les prémisses de ce périple (Battle of evermore). Parfois on ne les suivra parfois pas si loin (dans Wah-Wah ou City don’t cry). A les réécouter pourtant, la proposition était audacieuse et d’une intégrité immenses, se défiant des attentes que tous avaient projetés sur le célèbre duo.

Même ce bon vieux Kashmir, cet hymne intouchable, ressemble à une momie qui arrache ses bandelettes et retrouve toute sa vitalité, l’immensité de ses influences protéiformes, notamment avec cet intermède qui intervient au milieu du morceau qui ressemble à un conte des mille et une nuits.

Encore maintenant, à l’écouter 25 ans plus tard, on demeure frappé par ce souffle venu du désert qui vient transcender une musique que l’on croyait, définitive, et pour tout dire occidentale. Cela confère à l’ensemble une portée onirique, fascinante et assez courageuse, quand l’époque et l’humeur était déjà aux grandes commémorations. Page et Plant ont souvent ici ravivé la nouveauté, le caractère inédit, le sursaut et la perplexité qui accompagnèrent bien souvent l’avènement de leur univers musical. Ils continuèrent ainsi de marquer les sensibilités, malmenant même les attentes de ceux qui croyaient les connaitre. Confirmant que le sublime est bien souvent un contre-pied. J’avais seize ans, avec ce disque, je découvrais un monde.

Led Zeppelin trouvait là une magnifique réincarnation.

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