Littérature Jeunesse

« Et Puis » d’Icinori : l’histoire sans fin

Et puis
Et puis / Icinori / Editions Albin Michel jeunesse
Ecrit par Célina Weifert

Ce très bel album nous entraîne loin dans l’imaginaire. Aucune parole, aucun texte, et pourtant des histoires à foison, peuplées de drôles de personnages, qui traversent un décor – au début une forêt – l’espace d’une année. Un étrange calendrier saisonnier aux variations graphiques et oniriques élégantes, virevoltantes, inattendues.

Et puis est un enchaînement d’images qui jamais ne s’arrêtent, faisant ainsi figure de livre idéal pour les jeunes – et moins jeunes – lecteurs insatiables. Et puis, c’est la réponse à « Encore ! » quand on ne veut pas que l’histoire se termine. Ici, tout s’ouvre à l’infini, tout est fertile, à la croisée de la fantaisie et du plaisir. Pas de point final, mais des points de suspension.

Et Puis

Icinori est un duo d’illustrateurs-raconteurs d’histoires. Mayumi Otero et Raphaël Urwiller se sont rencontrés à l’école des Arts Décoratifs de Strasbourg où tous deux se passionnent pour l’impression, la narration et les expérimentations. Ils fondent ainsi leur maison d’édition, Icinori, qui leur permet de se réserver un espace de liberté et d’exploration graphique, parallèlement à des travaux de commande. Amoureux boulimiques de l’image, de la matière et de la couleur (on peut lire leur entretien sur le site Illustrissimo), ils apportent un soin particulier à leurs productions.

Cette collaboration avec Albin Michel est des plus réussies. L’album est grand, presque carré, ne passant pas inaperçu dans une bibliothèque. Il faut dire que la couverture est très belle, à l’inspiration japonisante. Le papier est particulièrement épais, au beau toucher, permettant de tourner et retourner avec plaisir les double-pages qui représentent les douze mois d’une année foisonnante et vagabonde.

Il y en a des choses à regarder dans ces douze tableaux ! Bien des pages m’ont fait penser aux estampes des Trente-six vues du Mont Fuji d’Hokusaï, qui recèlent des secrets et des histoires. Tout commence par une forêt touffue, dense et paisible. Puis, des personnages apparaissent, s’extirpant des fourrés, des troncs d’arbre et des rochers. Des lapins, cerfs, raton-laveurs, oiseaux… et aussi de drôles de personnages à la tête d’outils qui vont animer et transformer le décor au fil des saisons, à la manière de machinistes s’activant sur la scène d’un théâtre : ils poussent les buissons côté cour, côté jardin, et voici que surgit un lac, et une montagne ; ils roulent le tapis des feuilles, et le voici remplacé par un tapis de neige, puis de glace ; vite, vite, il faut de la place pour la suite, alors ils soulèvent le tissu des montagnes, libérant l’espace… Et ces couleurs, qui nous ravissent l’œil, quel régal ! Rouge profond, bleu de Prusse, ocre donnent une impression chaleureuse et luxuriante.

De plus en plus de monde arrive sur scène, occupe le moindre espace. Des personnages se croisent, se rencontrent, jouent ensemble, se bousculent, se collisionnent, font de la luge, du patin à glace, pique-niquent, charment des serpents… Il y a des explosions, des pleurs, des flammes, des notes de musique, toute une machinerie pétaradante, spectaculaire, toute une série de deus ex machina qui donne le tournis. A chaque page tournée, son lot de surprises et d’enchaînements en cascade. On s’amuse à reconnaître tel personnage de la scène précédente, et ses aventures ne semblent avoir aucune limite dans l’imaginaire. Pour s’y retrouver, figure en fin d’album une galerie des portraits de chaque protagoniste, qui n’est pas sans rappeler celle qui accompagnait chaque album de Tintin.

Mais les dernières pages de l’album ne clôturent pas les péripéties des personnages. Ceux-ci embarquent en effet à bord d’un train, la forêt ayant laissé la place à une gare, et les arbres ayant servi à la fabrication d’une voie ferrée. En route donc pour de nouvelles aventures, sans autre destination que celle du plaisir et de l’invention !

Pour découvrir le livre, visitez cette très belle page !

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Et puis d’Icinori
Editions Albin Michel jeunesse, collection « Trapèze », septembre 2018

 

 

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