Chroniques Musique

Fontaines D.C., des cerfs irlandais !

Rien ne semble vouloir arrêter la course folle de Fontaines D.C., pas même le Brexit ni le Covid. Cinq ans d’existence et voilà que déboule Skinty Fia (la damnation du cerf en irlandais), leur déjà troisième album, le tout entrecoupé d’incessantes tournées, répétitions et compositions.

Les 5 Dublinois désormais installés à Londres continuent ainsi leur mue depuis Dogrel et s’installent avec ce nouveau disque comme l’un des gangs les plus importants du moment, comme le vient de le déclarer le New Musical Express les nommant meilleur groupe au monde, rien que ça !

La composition du groupe n’a pas changé depuis sa rencontre sur les bancs de la British And Irish Mondern Music Institute de Dublin. On notera néanmoins que le charismatique chanteur Grian Chatten laisse de plus en plus la place à Conor Deegan III (basse), Carlos O’Connell (guitare), Conor Curley (guitare) et Tom Coll (batteries), en particulier face à la presse et les médias, démarche bien sûr volontaire pour éviter que tout tourne autour de son unique personne. Ce partage des tâches semble au contraire lui permettre de se concentrer sur sa voix qui n’a jamais été aussi affirmée et ample.

Le groupe avance ainsi comme un seul homme. On retrouve également l’incontournable et indispensable Dan Carey aux manettes pour donner un coup de main à la production du disque sorti par le tout aussi fidèle label Partisan Records. Les références littéraires abondent toujours, de James Joyce via le sombre Bloomsday jusqu’au morceau final intitulé Nabokov.

L’Irlande est comme de bien attendu omniprésente, malgré le déménagement quasi obligatoire à Londres, une Irlande qu’on défend et qu’on regrette, symbolisée par In Ár Groíthe Go Deo (à jamais dans nos cœurs), en ouverture de Skint Fia, faisant référence à la volonté de l’église ecclésiastique anglaise d’interdire cette inscription sur une pierre tombale.

Le déchirement d’avoir quitté Dublin apparait également dans I Love You ou Jackie Down The Line (I Will Hurt You I’ll Desert You). Mais l’Irlande a aussi ses parts d’ombres et de sordides histoires que l’on retrouve dans ce disque, en particulier dans la désespérée ballade irlandaise The Couple Across The Way.

 

Musicalement par contre, tout a changé ou presque. Il est déjà loin le temps des explosifs Big ou Hurricane Laughter. L’imposant et noir A Hero’s Death avait déjà emmené Fontaines D.C. vers des contrées plus cérébrales et sombres, Skinty Fia va encore plus loin, quitte à perdre ses fans de la première heure et se révèle moins immédiat, moins évident, à l’exception d’I Love You  et de Nabokov, en toute fin de disque, qui retrouvent cette violence juvénile du début.

La palette du groupe s’élargit, le post punk initial se transformant peu à peu en indie rock mélancolique et enflammé, alternant tristes ballades et rock gothique sous tension, citant tout aussi bien Joy Division que Primal Scream. Fontaines D.C. semble même explorer de nouveaux territoires comme sur l’étonnant Skinty Fia, le dernier single en date, sorte de big beat pour soirée morose dans un pub irlandais des bas-fonds londoniens ou The Couple Across The Way et son émouvant accordéon.

Cohérent musicalement, ambitieux et clairement ancré dans la réalité, Skinty Fia est encore une belle réussite pour Fontaines D.C., un groupe qui tutoie les sommets et qui est en effet devenu BIG mais fait tout pour garder les pieds sur terre, irlandaise la terre !


 

Skinty Fia – Fontaines D.C.

 

Partisan Records – 22 avril 2022

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Image bandeau : Cr. Polocho

 

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