Littérature Francophone

Gilles Marchand, « Un funambule sur le sable » : un violon dans la tête, est-ce bien raisonnable ?

Écrit par Velda

Le Prix Libr’à Nous 2017 (catégorie roman français) a consacré l’immense succès du premier roman de Gilles Marchand, Une Bouche Sans Personne (Aux Forges de Vulcain). Son héros à l’écharpe et son histoire douloureuse avaient marqué les esprits, et Gilles Marchand avait fait la preuve d’une certaine virtuosité pour nous acheminer, partant d’une histoire singulière, vers l’histoire du monde.

Pour ce deuxième roman, Un Funambule sur le Sable, il a choisi de nous confronter à une situation parfaitement loufoque : nous allons accompagner, depuis le jour de sa naissance, un héros un peu particulier.

Notre homme naît, comme tout le monde, dans une clinique bien ordinaire. Les infirmières et les médecins n’en croient pas leurs yeux, et pourtant… Le bébé se porte bien, mais il a un violon dans la tête.

Les parents sont effondrés, et une fois la nouvelle assimilée, commencent à se demander quoi faire ? Opérer, pas question, trop dangereux. Mais comment le cerveau de l’enfant va-t-il supporter cet habitant envahissant ? Le petit passe sa vie d’hôpital en hôpital, des mains d’un médecin à celles d’un autre. Tous aussi impuissants les uns que les autres. Une chose est certaine: il faut surveiller l’évolution de l’instrument. Ce qui, concrètement, se traduit par un examen mensuel horriblement douloureux.

Et la vie, dans tout ça ? Elle avance comme elle peut. Le petit garçon finit par aller à l’école, et surtout il apprend à apprivoiser son encombrant compagnon de vie, lui apprendre à se taire quand il le faut, tout en se découvrant un talent tout neuf : il est capable de parler aux oiseaux.

Bien sûr, la vie de l’enfant, que tout le monde appelle maintenant Stradi, ne ressemble pas tout à fait à celle de ses camarades. Il n’a pas l’habitude de la vie en société, tout en éprouvant un besoin dévorant de vivre avec ceux de son âge. Chacun sait que les enfants ne sont pas tendres, et ce n’est pas un hasard si Stradi se choisit pour meilleur ami un garçon qui souffre d’un handicap physique bien visible, puisqu’il boîte.

Les deux garçons se soutiennent, se passionnent pour la musique, grandissent ensemble, dans leur corps et dans leur tête. Et puis l’amour arrive, il s’appelle Lélie…

Sensible, aérien, bourré d’une fantaisie qui n’est pas sans évoquer un Boris Vian qui aurait troqué sa trompinette contre un violon, et l’amour du jazz contre celui d’un rock mélodique (des Beach Boys à Cat Stevens), Un Funambule sur le Sable met en scène de façon très personnelle la question de la différence, qu’il raconte avec poésie et mélancolie.

Le roman est aussi l’histoire du passage à l’âge adulte, et un questionnement lancinant sur ce qu’est justement cet état qui nous guette tous, plus ou moins tôt, et sur ce que c’est vraiment que de devenir un homme, ou une femme, sur la difficulté à s’y résoudre et la perte d’une certaine innocence.

Un Funambule sur le Sable de Gilles Marchand

paru Aux Forges de Vulcain – août 2017

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