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Hellfest Tome 2, chapitre final

Pour ce dernier jour sur les terres Clissonnaises et aux vues de la clémence météorologique annoncée, ce dimanche sera consacré au plein air. Exit donc l’Altar, le Temple ou encore la Valley, welcome Mainstage I et II. Et Satan faisant bien les choses, les Mainstages seront en effet Ze place to be en ce jour du Saigneur, et ce grâce à une programmation pachydermique (Slayer, Megadeth, Black Sabbath, Ghost). Le résultat, il faut bien l’avouer a été à la hauteur des attentes et ce dimanche exceptionnel à plus d’un point. Bien sûr il y a bien eu quelques déceptions, la plus notable restant pour moi Black Sabbath.

black sabbath
Black Sabbath

Je m’explique : déception est un bien grand mot mais je dois dire que le show ne m’a pas pleinement convaincu loin de là ; le fond fut excellent mais la forme, elle, laisse sérieusement à désirer. Pour preuve le choix des vidéos et surtout les effets accompagnant les images des musiciens : les effets psychés passent encore, à peu près raccord avec la musique mais les incrustations de flammes kitschissimes au possible, là, c’est raide. Autre motif de fâcherie le batteur, très talentueux certes mais possédant la subtilité d’un bûcheron canadien sous speed et surtout Ozzy Osbourne, accusant malheureusement son âge avec des difficultés à se mouvoir sur scène (n’est pas Iggy Pop qui veut) et souvent à la limite du pathétique quand il tente de faire participer le public en levant les bras et les balançant comme un G.O de club méd. Néanmoins Osbourne impressionne par son timbre de voix conservé, Iommi est un putain de guitariste et le répertoire revisité (en gros Master, Paranoid et surtout le premier album) est tout bonnement grand et le morceau d’introduction (Black Sabbath donc, premier morceau présent sur leur album éponyme), véritable retour au sources du Doom, fut un bonheur.
Et deux choses encore : avoir un batteur d’une trentaine d’années est bien pratique pour prendre un rail de coke, du speed, une pause d’une dizaine de minutes en le laissant assurer le show, et terminer son concert par un « God Bless You » quand on a consacré sa musique au Malin, c’est un peu anachronique.
Et une dernière chose encore : le groupe a eu le malheur de passer derrière Ghost, qui, en matière de show, a défoncé littéralement toute la concurrence.

Pour tout vous dire, me concernant, ce fut la seule véritable « déception » du jour. Je ne sais ce qu’il en a été de Gojira et Taake pour cause de choix cruciaux à faire et le peu que j’ai pu entendre de Katatonia me fait dire que j’ai bien fait de me diriger vers Amon Amarth.  En revanche, en ce jour béni, beaucoup de bonnes surprises et certaines confirmations. Dans les bonnes surprises, des groupes aux antipodes de ce que j’écoute et se révèlent être excellents en concert. Megadeth par exemple (même si j’apprécie Rust In Peace) où le groupe fait un show très pro et très humain. Les gars sont cools et heureux d’être là. Idem pour Slayer où le groupe un peu tendu au début profite d’un incident technique pour se dérider et passer un excellent moment pendant lequel ils nous gratifieront de Raining Blood et Seasons In The Abyss d’anthologie (et avouons le, un guitariste qui porte un tee-shirt Kill The Kardashians ne peut pas être foncièrement mauvais).

no one

Autre bonne surprise, King Dude (dont l’album Fear, qui avait fait sensation il y a deux ans, ne m’avait pas totalement convaincu) livre une prestation honnête, excellents dans leur rôle de conteur blues habité (ce qui arrivera le plus souvent), moins convaincant quand ils portent leurs habits de rocker. Autrement dans les réussites agaçantes, il y a le cas No One Is Innocent. Pénibles par leur côté moralisateurs concernés façon Manu Chao mâtiné de Trust mais les gars ont roulé leur bosse et fait énormément de concerts pour assurer grave. Et de fait, l’énergie est là, les hymnes aussi, ça slamme et ça tourbillonne dans la fosse et le public ne s’y trompe pas en leur faisant un triomphe. Des bêtes de scène je vous dis.

Autres bêtes de scène et groupe inaudible pour moi, le cas Amon Amarth se pose là. Leur Death Melodic a tendance à me les briser mais sur scène force est de constater qu’ils mettent le paquet (drakkar, dragons cracheur de feu, pyrotechnies) et réussissent à impressionner. Balèze. Mais pas autant que Ghost. Là, la scénographie, le show confine au génie. Musicalement, en revanche, c’est autre chose. C’est limite impressionnant comme on a cette sensation d’entendre une sorte de Placebo grandiloquent qui ne serait jamais passé par la case Indie-Rock, il y a parfois un côté Killing Joke (d’ailleurs le chanteur sous son maquillage rappelle Coleman) ça ne ressemble en rien à du Metal (à la limite Placebo joue plus fort qu’eux), c’est théâtral, gentillet, entre un Marilyn Manson light et Queen, par moment ça groove presque, à la lisière de la dance mais visuellement parlant c’est tout simplement grandiose. Déjà tous les musiciens sont grimés avec les masques vénitiens de Terra Tenebrosa à l’exception du chanteur qui arrive déguisé en Pape. Le gars fait ensuite différents sermons sur le sexe (notamment l’orgasme féminin, le mal absolu), l’argent, fait venir des nonnes sur scène et les fait descendre offrir du vin au premier rang et termine le show de façon grandiose entre feu d’artifice, chœurs énormes incluant nonnes et enfants et hommage à Spiritualized (involontaire peut-être). Ça pourrait être kitsch, ridicule, mais c’est extrêmement bien fait, drôle et accrocheur. Si vous avez l’occasion, n’hésitez pas à revoir le show sur arte tv.

https://youtu.be/8jPag1paJqo

Maintenant les deux concerts les plus impressionnants : l’un des deux je l’attendais avec une certaine fébrilité. Auteur d’un des albums les plus impressionnants de l’an dernier, Mgla se devait de faire fort pour supplanter la baffe que je m’étais prise avant. Ils n’y parviendront pas mais leur concert a été l’un des plus glaçants vus jusque là. Le quartet arrive sur scène dans une présentation sobre, perfecto, jean noir et visage recouvert d’un voile noir et capuche pour chacun des musiciens. En gros on n’est pas là pour faire le show mais présenter notre musique. Il n’y aura pas de bonjour, ni d’au revoir et encore moins de merci. Le groupe déroule son Black Metal en deux parties, la première plutôt speed avec des morceaux courts, bourrés de blasts et néanmoins nuancés et la seconde, après une légère pause, plus expérimentale avec de longues plages hypnotiques. Le concert se déroule sans temps morts, sans aucune accroche avec le public. Le résultat, souvent fascinant et excellent du fait de la grande qualité des compositions, créé un malaise certain tant le groupe reste le plus froid possible en prend ses distances avec le public. Probablement le concert le plus dérangeant des trois jours.

mgla 1
Mgla

Et enfin le meilleur : le concert d’Unsane. Le trio Américain, souvent excellent sur disque, a livré un concert d’anthologie. Les gars avoisinent les cinquante balais si ce n’est plus mais la rage est toujours intacte, comme aux premiers jours. Chose étonnante, quand ils débarquent sur scène, le batteur arrive difficilement jusqu’à ses fûts, aidé par une canne. Ce qui ne l’empêchera nullement d’assurer une fois lancé.  Leur Hardcore évoquant la grande époque de Fugazi est d’une rage froide assez hallucinante, d’une violence dingue ; c’est sec comme un coup de trique sans oublier d’être mélodique. Vous me direz, rien d’extraordinaire. Ici ce qui fait la différence, c’est l’attitude de Chris Spencer, véritable boule de rage quand il chante mais d’une humilité étonnante voire d’une timidité quasi maladive. Le gars semble surpris en permanence d’être là, s’en excuse presque, ouvre de grands yeux quand il voit le public lui faire un triomphe. Amplement mérité par ailleurs car leur Hardcore mâtiné de Noise monte en puissance à chaque chanson jusqu’à en devenir monumental sur les derniers morceaux. Bref, Unsane ça a été cinquante minutes de bonheur et d’humilité. Et ça, dans le contexte actuel, ça ne se refuse pas.

Unsane
Unsane

Voilà donc pour ce compte-rendu d’une rare objectivité du onzième Hellfest, excellent d’un point de vue musical mais marqué comme chacun le sait par les événements récents tragiques (auxquels faisaient référence par ailleurs No One) et parfois causes de retour à la réalité un peu difficile (croiser en « backstage » le deuxième jour, une gendarme avec le P.M en bandoulière s’apparente à un retour sur terre assez abrupt). Mais le Hellfest, au delà de la musique, reste un événement pendant lequel si 150.000 personnes se retrouvent pour écouter de la musique extrême, boire, faire la fête de façon conviviale, vous pouvez, paradoxalement, vous retrouver très vite coupé du monde et vivre en quasi-autarcie pendant trois jours du fait de la sursaturation des réseaux téléphoniques pendant laquelle vous ne pouvez envoyer aucun message et encore moins partager vos impressions sur les réseaux sociaux (Twitter notamment). Et n’allez pas croire que j’évoque ce problème pour me disculper de n’avoir rien partagé sur Twitter pendant ces trois jours de folie (parce que le même problème s’est posé l’an dernier). Loin de moi cette idée (hum …). En attendant, comme en 2015, ce fut de nouveau un excellent cru, éclectique, populaire et pointu, et j’espère pouvoir vous faire partager de nouveau mon point de vue lors de la prochaine édition. Rendez-vous en 2017 donc pour de nouvelles aventures.

Et en attendant, Rock On !!

rock on

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