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Hervé Le Corre, « Dans l’ombre du brasier » : le romanesque, l’histoire et la conscience

[mks_dropcap style= »letter » size= »75″ bg_color= »#ffffff » txt_color= »#3366ff »]H[/mks_dropcap]ervé Le Corre a remporté à peu près tous les prix de littérature policière : son style incomparable, à la fois élégant et efficace, sa passion communicative pour l’histoire de notre pays et ses conséquences sur notre vie au présent, sa façon d’éveiller nos mémoires pour mieux nous faire comprendre ce qui nous arrive, à nous, pauvres humains, sont autant d’atouts qui font de ses romans des jalons dans l’histoire d’un lecteur. Dans l’ombre du brasier ne fait pas exception à la règle.

dans l'ombre du brasier

 

Hervé Le Corre a choisi de situer son roman pendant les derniers jours de la Commune de Paris, entre le 18 et le 28 mai 1871. Paris ne s’est pas encore relevé de la guerre franco-prussienne qui s’est terminée en janvier 1871, et encore moins de la défaite cuisante de la France. Le siège de Paris s’achève à la fin du mois de janvier, après des bombardements sans pitié sur une ville encerclée. Près de 140 000 morts côté français, le bilan est rude, la déception cruelle, la colère gronde. En mars 1871, l’insurrection éclate à Montmartre, la Commune de Paris se met en place. Le roman commence donc le 18 mai. Déjà, les principaux protagonistes, même s’ils sont bien décidés à aller jusqu’au bout, savent que la Commune n’a plus que quelques jours à vivre. Les Versaillais avancent inexorablement.

Le Sergent de la Garde nationale Nicolas Bellec, soldat de la Commune, sort par une brèche dans le rempart près de la porte de Passy. Il est accompagné du jeune Adrien, seize ans à peine, et puis d’un grand rouquin surnommé Le Rouge. Ils doivent passer, franchir la barricade gardée par un malheureux qui tousse comme un perdu… Une barricade qui ne tiendra pas longtemps face aux 20 000 « lignards » qui s’avancent du côté du bois de Boulogne. Les trois hommes viennent de faire sauter un canon, et maintenant ils voudraient bien trouver un endroit pour dormir un peu… Nicolas finit par rejoindre le cantonnement de son 105e régiment, pense à Caroline, s’effondre, s’endort…

Ailleurs, Caroline soigne, apaise les douleurs, assiste ceux qui vont mourir. Gangrène, blessures terribles, douleurs intolérables, tel est son quotidien, telle est sa guerre à elle… Avec Nicolas, ils veulent vivre dans un monde meilleur.

Un peu plus loin, d’autres profitent du chaos. Monsieur Charles fait de la photographie. Avec une préférence prononcée pour les jeunes filles – quatorze ans, c’est bien. C’est Henri Pujols qui l’approvisionne en chair fraîche, et qui en profite un peu, en passant. La clientèle ne manque pas : les photos porno, ça rapporte. Qu’importe s’il faut les droguer, les petites, avant de les mettre dans les positions qui vont bien. Au début, Monsieur Charles photographiait des prostituées, qui se laissaient faire en échange de quelques pièces. Mais Pujols a eu une meilleure idée : utiliser des jeunes filles innocentes, les enlever, les assommer avec une drogue quelconque et faire d’elles ce qui plaît aux clients. C’est vrai, ça marche beaucoup mieux… Qu’arrive-t-il, après, aux malheureux modèles ?

Hervé Le Corre au festival de Lamballe (photo CDD)

Dans la ville de Paris, bien sûr, tous ces personnages vont finir par se croiser. De ces rencontres vont naître les intrigues qu’Hervé Le Corre noue pour nous emmener dans les rues de Paris, traverser les derniers jours de la Commune. Caroline prise au piège, Nicolas et ses compagnons pris entre deux feux : continuer le combat, retrouver Caroline, la sauver et éliminer les malfrats qui enlèvent les jeunes filles. Traverser la ville de part en part, ses rues éventrées, se réfugier où l’on peut, ruser pour survivre, courir, se battre, toujours, jusqu’au bout, pleurer, saigner, souffrir… Et puis rencontrer des hommes et des femmes avec leur force et leurs faiblesses, leurs mystères et leurs secrets. Cinq cents pages flamboyantes, fiévreuses, combattantes, bouleversantes… Si la bataille est perdue, qu’elle soit, au moins, un pas vers plus de liberté. Plus de justice, plus de bonheur… L’éternel combat des humains.

 

Dans l’ombre du brasier de Hervé Le Corre

paru aux Editions Rivages / Noir, Janvier 2019

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