Après le succès d’Opération Noisettes, Auzou récidive avec un jeu au moins aussi efficace, taillé cette fois pour des enfants âgés de sept ans ou plus. Le changement d’ambiance est radical puisqu’on quitte les belettes et la forêt pour un duel cosmique à base de planètes, de satellites et de blocages bien sentis. Big Bang, comme son nom l’indique, envoie les joueurs dans l’espace.
Ce jeu se joue exclusivement à deux joueurs et c’est le meilleur stratège qui l’emportera. Le matériel est de qualité, avec un plateau magnétique sur lequel on va venir placer, tour après tour, des pièces représentant des planètes ou des satellites. Le magnétisme n’est pas un gadget car il participe pleinement au confort de jeu, à la lisibilité du plateau et au plaisir de manipulation, ce qui compte énormément quand on s’adresse à un public familial et enfantin.
À son tour, un joueur place donc une pièce (planète ou satellite) en respectant des règles de pose élémentaires. Une planète doit obligatoirement toucher au moins deux éléments, que ce soit d’autres planètes déjà posées ou un angle du plateau. Un satellite, lui, doit toucher au moins une planète. C’est (à peu près) tout. Et pourtant, avec ces contraintes très accessibles, Big Bang parvient à générer une vraie profondeur tactique.
En effet, le plateau étant limité, l’espace se raréfie très vite et comme toutes les pièces n’ont pas la même taille, chaque coup doit être pensé attentivement. Est-ce que je joue une grosse planète maintenant pour prendre de la place et contraindre mon adversaire, ou est-ce que je garde cette pièce pour plus tard, en espérant qu’il se retrouve coincé avant moi ? Est-ce que je lui ouvre involontairement une zone idéale pour ses satellites, ou est-ce que je ferme progressivement le jeu à mon avantage ?

L’objectif est limpide. Celui ou celle qui pose la dernière pièce gagne. Si, à son tour, un joueur se retrouve dans l’incapacité totale de placer la moindre planète ou le moindre satellite, la partie s’arrête immédiatement. Il a perdu. Et très souvent, dans la seconde qui suit, il réclame une revanche. Big Bang a ce talent rare de générer des fins de partie sèches, franches, mais jamais frustrantes. On comprend pourquoi on a perdu, et on voit déjà comment on aurait pu faire autrement.
Ce qui fonctionne particulièrement bien, c’est l’équilibre entre accessibilité et réflexion. Les règles s’expliquent en deux minutes, les enfants comprennent très vite les conditions de pose, mais les parties deviennent rapidement tendues. On observe l’autre, on anticipe ses coups, on tente de le pousser à poser une pièce qui l’enfermera plus tard. On n’est pas dans un jeu de hasard, mais dans un véritable duel de placement, lisible, malin et très formateur. Un préambule aux échecs, puisqu’il s’agit d’anticiper 3 ou 4 coups à l’avance pour l’emporter. C’est un jeu idéal pour travailler la projection, l’anticipation et la gestion de l’espace, sans jamais alourdir l’expérience.
Avec Big Bang, Auzou confirme qu’après avoir brillé dans le jeu coopératif pour les plus petits, l’éditeur sait aussi proposer des jeux d’affrontement intelligents, élégants et parfaitement calibrés pour un public familial. Un duel cosmique rapide, tactique, magnétique et diablement addictif. On perd, on sourit, et on relance immédiatement une partie. C’est souvent le signe des très bons jeux.



