Je dis « aime, comme un emblème » chantait Matthieu Chedid à la fin des années 90. Avec Emblèmes, d’Adrien Bonnard et Romaric Galonnier, l’amour (en dehors de celui, réel, que l’on porte au jeu) est loin d’être évident puisqu’il s’agit plutôt de coups fourrés. Les joueurs (entre 3 et 5) luttent pour faire triompher leur famille sur le trône du roi défunt, et pour cela, ils devront placer leurs meilleurs éléments aux bons endroits.
Chacun commence avec le même deck de 15 cartes. Les personnages sont les mêmes pour tout le monde, seuls leurs couleurs et emblèmes les différencient. Mais chacun ne prend aléatoirement que 6 cartes en main. À chaque tour, les joueurs choisissent un personnage et choisissent de le placer dans l’un des trois lieux disponibles : le château, le village ou le port. Chaque emplacement a son propre barème de rémunération, ce qui rend le choix et le placement cruciaux. Ici, il sera plus lucratif d’avoir un personnage en première place quand là-bas le jackpot sera remporté par le troisième.
Et surtout, les personnages ont des pouvoirs. Des pouvoirs qui ouvrent les portes à la roublardise et aux retournements. On est dans l’esprit d’un jeu comme Oriflamme, As d’Or 2020, puisqu’il y a aussi ce bluff, ces placements serrés et coups d’esbroufe, mais Emblèmes est un jeu plus aéré, avec une marge de manœuvre plus grande grâce à ses trois zones de placement différentes. Il permet davantage de contrôle également.

Ce qui fait la force d’Emblèmes, c’est donc ce savant équilibre entre stratégie, incertitude et mécanique de bluff. On ne peut pas simplement jouer ses cartes les plus fortes au hasard puisque l’adversaire peut les contrer. Il faut donc anticiper ce que les autres vont faire, deviner leurs ambitions et parfois sacrifier le présent pour miser sur l’avenir. Le but, vous l’aurez compris, est de finir la partie avec le plus de pièces d’or pour accéder au trône.
Les parties sont tendues, mais jamais violentes. On rit, on peste et on feint la surprise. Surtout, la victoire se décide généralement lors du tout dernier tour, ce qui offre un suspense intact de bout en bout. Comptez une vingtaine de minutes pour une partie, mais vous aurez probablement envie de prendre votre revanche.
Si vous aimez les jeux de placement mêlés à des éléments de bluff, Emblèmes obtient donc la couronne. On n’oubliera pas de mettre en avant les magnifiques illustrations de Janice Perreux qui renforcent l’immersion. Personnellement, mon Oriflamme risque de prendre la poussière. Dans ce registre, le leader, c’est désormais Emblèmes !



