Avec les jeux à deux, c’est souvent une question de rythme. On cherche des parties tendues, des règles claires, du matériel agréable à manipuler et ce petit supplément d’élégance qui donne envie de prendre immédiatement sa revanche. Gatsby et Qomet, bien que très différents dans leurs univers, cochent précisément ces cases et proposent deux visions très complémentaires du duel ludique.
Avec Gatsby, Catch Up Games confie à Bruno Cathala et Ludovic Maublanc un terrain de jeu qu’ils maîtrisent parfaitement. Un jeu pour deux joueurs à information totale, tendu et porté par un matériel qui participe pleinement à l’expérience. Mais surtout un jeu qui capte un univers. Celui du New York des années 20. L’un des joueurs incarnera Dorothy Williams et l’autre James Miller.

Dans un plateau divisé en trois parties (cabaret, centre financier et hippodrome), à la manière de l’autre succès à deux joueurs de l’année qu’est Zénith, les joueurs devront effectuer les meilleurs choix pour obtenir les faveurs d’un nombre suffisant de familles de la haute société. Un personnage de chacune des 5 familles, ou les 3 membres d’une famille assureront à son propriétaire la victoire. La profondeur de ce jeu vient de ces règles sobres et d’une tension qui monte naturellement au fil de la partie. Gatsby est donc un jeu qui se savoure lentement, où chaque décision compte et où le matériel, élégant et lisible, aide à garder le fil de la stratégie.
À l’opposé thématique, mais tout aussi exigeant, Qomet nous embarque dans un duel signé Gigamic et imaginé par Fabrice Puléo à qui l’on devait déjà le très chouette Linx qui mêlait admirablement le pierre-feuille-ciseaux et le morpion pour un résultat étonnamment palpitant. Dans Qomet, à la manière de Quarto ou Quoridor qui sont issus de la même famille, les joueurs s’affrontent dans un jeu en bois abstrait. Chacun se munit des sept pions en forme d’étoiles de sa couleur (noire ou blanche) et, à chaque coup, a le choix entre poser une étoile sur un emplacement libre du plateau ou faire glisser une étoile déjà présente sur le plateau sur sa ligne. A la manière d’Abalone, ce mouvement peut précipiter un pion de l’adversaire en dehors du plateau. Le but est de créer un carré parfait de quatre étoiles de sa couleur. Tout est pensé pour être clair, accessible et agréable à l’œil, sans jamais sacrifier la lisibilité des informations.
Qomet est donc un jeu de placements et de trajectoires. Les joueurs doivent anticiper les mouvements, prévoir l’évolution du plateau et accepter que chaque action modifie l’espace de jeu de manière irréversible. La bonne idée, c’est qu’il existe différentes tailles ou sens de lecture des carrés, et il convient donc d’enlever ses œillères pour ne pas offrir à l’adversaire une opportunité de mettre un terme à la partie. La moindre erreur d’inattention sera sanctionnée dans ce jeu fluide, rapide à prendre en main mais tellement stratégique qu’il faudra des dizaines de partie pour se présenter en tant que joueur confirmé.

Ce qui rapproche Gatsby et Qomet, malgré leurs différences évidentes, c’est cette capacité à proposer des duels tendus sans jamais être agressifs. Deux jeux à deux qui privilégient l’intelligence de placement, la qualité du matériel proposé par deux éditeurs incontournables et la clarté des mécaniques. Des jeux dans l’ère du temps puisqu’ils combinent une rapide compréhension des règles et une grande profondeur tactique qui séduira les joueurs confirmés. Parfaits pour débuter l’année autour d’une table, avec l’envie simple de jouer, de réfléchir, et de se dire qu’on aurait bien une revanche à prendre.

Gatsby de Bruno Cathala et Ludovic Maublanc
Catch Up Games, 2025

Qomet de Fabrice Puléo
Gigamic, 2025


