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« Jusqu’ici tout allait bien », c’est vous dire !

L‘auteur turc Ersin Karabulut présente 9 récits d’anticipation dans Jusqu’ici tout allait bien paru aux éditions Fluide Glacial.
Ces contes ordinaires sont fascinants parce qu’ils empruntent à notre réalité mais nous projettent dans un monde de folie, fantastique et flippant. L’humanisme de certains personnages tranche avec la vision totalitaire des autres. L’absurdité de certaines situations en dit long sur les maux de notre société. Vous l’aurez compris, on ne peut sortir indemne de la lecture de ces histoires extraordinaires, portées par le poids de nos croyances, de l’avènement des technologies numériques ou bien encore de nos valeurs.

A n’en pas douter, le premier récit se révèle le plus frappant, tant ses conséquences sont imparables et font froid dans le dos. Il met en scène une petite fille qui se trouve contrainte, comme tous les habitants, de porter une pierre bien en évidence au dessus du sol. Manger, dormir, se laver… Pas un seul geste du quotidien ne saurait s’exonérer de soulever un tel fardeau, faute de quoi le ciel ne manquerait pas de lui tomber sur la tête. C’est du moins ce que tout son entourage lui promet. Et comme personne ne souhaite tenter le diable, la famille et les amis se font fort de lui rappeler nuit et jour…

jusqu'ici

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La tentation de la désobéissance, la remise en cause d’un modèle de société – quand bien même il véhicule des valeurs rétrogrades – font ici partie de la panoplie ambiante. De quoi nourrir une immense frustration pour les uns ou bien offrir une échine définitivement courbée pour les autres.
Ce système oppressant décrit dans le premier conte, on le retrouve dans la plupart des autres récits. Il va sans dire qu’Ersin Karabalut en profite pour coucher sur le papier des allusions à peine voilées à ce qui se passe dans son pays, dont l’actualité politique fait mordre la poussière à nombre de détracteurs. Son propos est néanmoins universel, à l’image de cet autre conte sobrement intitulé « .DOT », du nom d’une start-up dirigée par un adolescent.
A la manière d’une conférence TEDx, le voici qui captive la foule par la présentation d’une nouvelle génération de smartphones. Celle-ci concentre tellement de vos données personnelles qu’elle finit par penser à votre place, au grand dam de quelques irréductibles bientôt réduits à une expression lobotomisée. Et demain, pourquoi ne pas privatiser la gestion des États qui, au nom d’un libéralisme exacerbé, pourrait confier à des sociétés comme .DOT le soin de prendre les choses en main… ?

Si tous les récits font preuve d’originalité, celui dénommé Deux en un atteint des sommets, tandis que Le fils de son père réussit à faire exploser le carcan familial, ne s’embarrassant d’aucune gêne dans la (dé)construction du puzzle…Quant à Sans gravité, rien que l’intitulé ironique laisse présager l’issue tragique, dont vous serez les témoins incrédules…
Mention spéciale à cette histoire qui nous fait réfléchir sur les représentations du bien et du mal, les notions de progrès et de conservatisme : Le monde d’Ali fait écho à nos valeurs éducatives et à l’apparition d’un virus (tiens donc), appelé à bouleverser la face du monde, enfin surtout celle d’Ali devrait-on dire. Le racisme sous-jacent et les zones d’ombre qui flottent dans l’air de cette société désabusée, ne manquent pas de questionner nos certitudes. Ça fait du bien tout autant que ça fait réfléchir !


Jusqu’ici tout allait bien d’Ersin Karabulut 

 

Éditions Fluide Glacial, septembre 2020

 

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Ersin Karabalut


Image bandeau : Extrait de la BD

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