BD

« La veille du grand soir » ou les coulisses de Mai 68

Historien, réalisateur et documentariste politique, Patrick Rotman est un spécialiste de Mai 68. Avec La veille du grand soir (Seuil Delcourt), il traite pour la première fois de ce sujet en BD. Il s’associe pour cela au dessinateur Sébastien Vassant (édité, entre autres, chez Futuropolis). Au-delà du récit historique, l’ouvrage vaut surtout par l’illustration savoureuse des affrontements entre De Gaulle et Pompidou.

La veille

Tout a été dit, ou presque, sur Mai 68, particulièrement en cette année du cinquantenaire de l’événement. Pourtant, on se plaît à feuilleter cette BD comme si nous partagions le quotidien des étudiants manifestants, des travailleurs de chez Renault, des syndicalistes de la CGT et de l’UNEF, des Hommes d’État et des hommes de l’ombre… Chronologique, le récit met en image ces jours fous d’un printemps si particulier, où le pouvoir a toujours un coup de retard sur les revendications de la rue.

Pour donner corps à l’Histoire, les auteurs de La veille du grand soir se nourrissent bien évidemment de l’expérience de Rotman, étudiant à la Sorbonne à l’époque, mais font aussi intervenir des personnages hauts en couleur, acteurs de premier plan de Mai 68. Le meneur Cohn-Bendit, le Premier Ministre Pompidou, le Préfet de Police Grimaud, le Président De Gaulle… Ils sont si nombreux à avoir joué leur partition, au parfum de Révolution pour les uns, ou de simples « émeutes de gamins » pour les autres.

De ce point de vue, la bande-dessinée témoigne parfaitement du décalage total entre la force du mouvement contestataire et la perception qu’en a De Gaulle. Loin de son personnage héroïque de la seconde guerre mondiale, il nie la réalité de la situation, délègue comme il peut, affronte la menace de démission de son Premier Ministre, reprend un moment du poil de la bête en conseillant ni plus ni moins de faire tirer sur la foule, avant de sembler complètement perdu, voire démissionnaire, puis de tenter un coup politique de dernière minute, profitant d’un retournement de l’opinion suite à des dérapages violents d’une partie des manifestants. Quelle histoire dans l’Histoire !

la veille

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Dès lors, la lecture de certains passages très politiques se révèle très jouissif pour nous lecteurs et lectrices, qui frémissons devant la re-découverte de nombre de subterfuges et de coups bas, emprunts de tant de malices, de vraies revendications et de faux-fuyants. Un seul exemple : les négociations de Chirac, secrétaire d’État à l’Emploi, se rendant armé au siège de la CGT pour discuter avec Krasucki !

De la scène de l’Odéon aux coulisses de l’ORTF, de l’Elysée à la Place Beauvau, La veille du grand soir nous entraîne sur tous les théâtres de débats et de combats de ce mois de mai 1968. Une belle aventure, vivante et instructive, où « jouir sans entrave ». Pourquoi se priver ?

La veille du grand soir de Patrick Rotman et Sébastien Vassant
Seuil Delcourt, mars 2018

 

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