Cinéma

Le cinéma de 2018 : une année lumineuse

top cinéma 2018
Photo : Thomas William / Unsplash
Ecrit par Johann
Le cinéma en 2018 a réservé encore de belles surprises, a révélé de beaux univers, des acteurs des actrices, de nouvelles histoires passionnantes et passionnées. Voici une petite sélection de ce qui m’a touché et enthousiasmé, ému et intrigué, hypnotisé même, avec une majorité je l’avoue de films humanistes dans lesquels la Nature et l’Amour sont mis à l’honneur.

voyage a yoshino

Voyage à Yoshino de Naomi Kawase

high life

High Life de Claire Denis

cold war

Cold War de Pawel Pawlikowski

vers la lumiere

Vers la lumière de Naomi Kawase

plaire aimer er courir vite

Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré

burning

Burning de Lee Chang-Dong

woman at war

Woman at War de Benedikt Erlingsson

Blackkklansman de Spike Lee

Blackkklansman de Spike Lee

les feres sisters

Les Frères Sisters de Jacques Audiard

capharnaum

Capharnaüm de Nadine Labaki

VOYAGE À YOSHINO de Naomi Kawase
28 novembre 2018

voyage a yoshino

Le hasard du calendrier de sorties des films nous fait le cadeau d’avoir deux films de Naomi Kawase (Les Délices de Tokyo, Still The Water) cette année. Voyage à Yoshino est film que j’attendais le plus impatiemment. Il est magnifique. Très difficile de trouver une salle pour le voir à Paris, il n’en restait qu’une seule quinze jours après sa sortie. Et pourtant c’est l’un des plus beaux films de l’année. Un film résolument optimiste, un film qui vous fait un bien fou, où la nature occupe une grande partie de l’espace. Juliette Binoche y est une nouvelle fois exceptionnelle.

Kawase continue d’explorer la voie de la guérison avec des personnages meurtris par des événements tragiques et qui vont retrouver le chemin de la liberté en acceptant la part de mystère que l’on ne contrôle pas dans nos vies. Un film qui donne des ailes et qui invite à observer le monde pour mieux en ressentir tout la bonté qu’il nous apporte. “L’amour est comme les vagues, il est infini.” Un chef d’oeuvre panthéiste.

HIGH LIFE de Claire Denis
7 novembre 2018

high life

Un groupe de criminels condamnés à mort accepte de commuer leur peine et de devenir les cobayes d’une mission spatiale en dehors du système solaire. Une mission hors normes…

Le dernier film de Claire Denis (White Material, Trouble Every Day) est un trip sensoriel envoûtant absolument fascinant. Juliette Binoche et Robert Pattinson y livrent une performance fiévreuse. La musique, les cadres, la douce mélancolie surannée, tout contribue à une atmosphère mystérieuse qui n’est pas sans rappeler Under The Skin de Jonathan Glazer (2014) ou 2001 l’Odyssée de l’Espace de Stanley Kubrick (1968).

Il est des films comme celui là qui reviennent après vous visiter et qui vous nourrit par une force invisible et pourtant omniprésente : le feu de la vie.

COLD WAR de Pawel Pawlikowski
24 octobre 2018

cold war

Pendant la guerre froide, entre la Pologne stalinienne et le Paris bohème des années 1950, un musicien épris de liberté et une jeune chanteuse passionnée vivent un amour impossible dans une époque impossible.

Une mise en scène lumineuse servie par un noir et blanc sublime, deux acteurs qui vibrent, une histoire d’amour passionnelle sur fond de guerre froide, du romantisme brut comme on n’en fait plus.

Un phare dans cet automne secoué par une actualité mortifère. Un chef d’oeuvre intemporel.

 

 

VERS LA LUMIÈRE de Naomi Kawase
10 janvier 2018

vers la lumiere

Misako passe son temps à décrire les objets, les sentiments et le monde qui l’entoure. Son métier d’audiodescriptrice de films, c’est toute sa vie. Lors d’une projection, elle rencontre Masaya, un photographe au caractère affirmé dont la vue se détériore irrémédiablement. Naissent alors des sentiments forts entre un homme qui perd la lumière et une femme qui la poursuit.
Le film Vers la Lumière de la réalisatrice japonaise Naomi Kawase est une ode humaniste et panthéiste. Le point de départ du film avec le métier de Misako questionne la subjectivité de chacun face à une oeuvre. Comment rendre compte de l’indicible ? Masaya lors d’une séance de travail reproche à Misako de mettre de la poésie dans les commentaires. Ne devrait-on pas se limiter à une simple description ? Elle, au contraire, essaye de retranscrire au mieux le sentiment que lui procure les scènes, notamment la fin du film énigmatique. Comment restituer les sentiments en parole, une intention artistique, une émotion ? Masaya et Misako se revoient. Chacun confronté à la détresse dans leur vie, ils vont arrêter de regarder pour mieux ressentir. Le soleil sur leur peau peut être un début de réponse. De l’intime à l’universel Naomi Kawase nous invite à goûter le monde dans ce qu’il a de plus beau à offrir. Un très grand film qui réchauffe l’âme et le cœur.

PLAIRE AIMER ET COURIR VITE de Christophe Honoré
10 mai 2018

plaire aimer er courir vite

1990. Arthur a vingt ans et il est étudiant à Rennes. Sa vie bascule le jour où il rencontre Jacques, un écrivain qui habite à Paris avec son jeune fils. Le temps d’un été, Arthur et Jacques vont se plaire et s’aimer. Mais cet amour, Jacques sait qu’il faut le vivre vite.

Le dernier film de Christophe Honoré est l’un de ses plus beaux et aussi un des plus sombres. Pourtant le rythme fuse comme la vie dans nos veines. Vincent Lacoste et Pierre Deladonchamps sont fabuleux, leurs personnages se rencontrent au moment où l’un est dans la vitalité de la jeunesse et l’autre face à une mort prochaine.

Un film mélancolique, tendre et brutal.

BURNING de Lee Chang-Dong
29 août 2018

burning

Ce film réalisé par le réalisateur sud coréen Lee Chang-Dong est l’adaptation d’une nouvelle de Haruki Murakami, Les Granges Brûlées (l’un des plus grands auteurs contemporains).

La mise en scène est magistrale, la photo fascinante, la musique hypnotisante et la tension dramatique permanente avec peu de choses. Une disparition. Un homme qui ne semble pas être celui qu’il donne à voir. Et ce jeune homme qui assiste à l’effondrement de son monde à l’image d’une Corée morcelée où les individus sont isolés dans les campagnes.

Mention à l’acteur Yoo Ah-In qui campe un personnage hypersensible, il tient le film littéralement ; et à Steven Yeun troublant et génial, que l’on a aussi pu voir dans la série The Walking Dead pour les amateurs.

WOMAN AT WAR de Benedikt Erlingsson
4 juillet 2018

woman at war

Halla, la cinquantaine, déclare la guerre à l’industrie locale de l’aluminium, qui défigure son pays. Elle prend tous les risques pour protéger les Hautes Terres d’Islande. Mais la situation pourrait changer avec l’arrivée inattendue d’une petite orpheline dans sa vie.

Réalisé par l’islandais Benedikt Erlingsson, Woman At War est un grand film plein d’amour et d’humour. Le portrait d’une femme qui défend la vie et montre que l’on peut résister même seule face à un oppresseur déshumanisé et ses grands pylônes électriques. Les personnages secondaires ne sont seconds que par leurs noms car comme dans la vie, sans eux nous ne serions rien.

Filmé avec beaucoup de tendresse le film nous emmène dans un élan humaniste et plein d’espoir envers l’avenir. De la Révolution à la révolution intérieure il n’y a qu’un pas.

BLACKKKLANSMAN de Spike Lee
22 août 2018

Blackkklansman de Spike Lee

Au début des années 70, au plus fort de la lutte pour les droits civiques, plusieurs émeutes raciales éclatent dans les grandes villes des États-Unis. Ron Stallworth devient le premier officier noir américain du Colorado Springs Police Department, mais son arrivée est accueillie avec scepticisme, voire avec une franche hostilité, par les agents les moins gradés du commissariat. Prenant son courage à deux mains, Stallworth va tenter de faire bouger les lignes et, peut-être, de laisser une trace dans l’histoire. Il se fixe alors une mission des plus périlleuses: infiltrer le Ku Klux Klan pour en dénoncer les exactions.

Spike Lee (La 25ème Heure, Inside Man) signe un film engagé avec la distance nécessaire à un tel sujet. Il s’inspire d’une histoire vraie d’infiltration policière et choisit la comédie pour exprimer au mieux son propos et montrer le grotesque de ces suprématistes blancs. Le film se construit en opposition au film de Griffith Naissance d’une nation (1915), une réhabilitation nécessaire à l’Histoire des États-Unis.

De bout en bout Spike Lee éclaire l’Amérique de ces portraits de militants noirs avec une mise en scène sublime notamment lors des meetings. La fin du film avec les images de la manifestation Unite The Right à Charlottesville nous renvoie au réel avec cet ultime uppercut. Le cinéma reste une arme de combat plus que jamais.

LES FRÈRES SISTERS de Jacques Audiard
19 septembre 2018

les feres sisters

Charlie et Eli Sisters évoluent dans un monde sauvage et hostile, ils ont du sang sur les mains : celui de criminels, celui d’innocents… Ils n’éprouvent aucun état d’âme à tuer. C’est leur métier. Charlie, le cadet, est né pour ça. Eli, lui, ne rêve que d’une vie normale. Ils sont engagés par le Commodore pour rechercher et tuer un homme. De l’Oregon à la Californie, une traque implacable commence, un parcours initiatique qui va éprouver ce lien fou qui les unit.

Jacques Audiard arrive toujours à surprendre là où on ne l’attend pas. Pour son premier casting américain, il signe un western qui a priori commence de façon plutôt classique et qui peu à peu rentre en résonance avec notre monde moderne. La conquête de l’Ouest vit encore aujourd’hui dans l’héritage laissé par les pionniers de l’or. L’ironie dramatique de l’auteur nous met à distance du discours de ses personnages et de leurs rêves.

Un très grand film d’époque pour mieux nous confronter à la nôtre malade de cupidité.

CAPHARNAÜM de Nadine Labaki
17 octobre 2018

capharnaum

À l’intérieur d’un tribunal, Zain, un garçon de 12 ans, est présenté devant le juge. À la question:  » Pourquoi attaquez-vous vos parents en justice ? « , Zain lui répond :  » Pour m’avoir donné la vie ! « . Capharnaüm retrace l’incroyable parcours de cet enfant en quête d’identité et qui se rebelle contre la vie qu’on cherche à lui imposer.

Un sujet fort pour la réalisatrice libanaise Nadine Labaki qui, sans aucun misérabilisme et avec beaucoup de tendresse pour ses personnages, donne la parole à ceux qui ne l’ont jamais. Un film engagé, profondément humaniste, une fenêtre ouverte pour un monde plus juste. Le petit garçon qui tient le rôle principal vient lui-même de la rue, il est bouleversant.

 

Mes autres coups de cœur

DON’T WORRY HE WON’T GET FAR ON FOOT de Gus Van Sant
4 avril 2018

Même après avoir failli mourir dans un accident de la route lors d’une nuit de beuverie avec son ami Dexter, John Callahan n’a pas la moindre intention d’arrêter de boire. Il finit pourtant par suivre une cure de désintoxication, soutenu par sa compagne et un mentor charismatique, et se découvre alors un don inattendu… Il crée des dessins à l’humour noir, satirique et insolent, qui lui vaudront un succès international dès leur publication dans la presse. En dessinant, Callahan découvre une nouvelle manière de voir la vie…
Le dernier film de Gus Van Sant (Paranoid Park, Harvey Milk) est lumineux. Il porte un regard plein de douceur sur la rédemption d’un homme qui commence à aimer la vie au moment où il perd l’usage de ses jambes. Un personnage haut en couleur comme on en voit trop peu au cinéma interprété par un Joaquin Phoenix plus mordant et drôle que jamais. Du cinéma feel good qui donne foi en la vie.

SICARIO LA GUERRE DES CARTELS de Stfano Sollima
27 juin 2018

Les cartels mexicains font régner la terreur à la frontière entre le Mexique et les États-Unis. Rien ni personne ne semble pouvoir les contrer. L’agent fédéral Matt Graver fait de nouveau appel au mystérieux Alejandro pour enlever la jeune Isabela Reyes, fille du baron d’un des plus gros cartels afin de déclencher une guerre fratricide entre les gangs. Mais la situation dégénère et la jeune fille devient un risque potentiel dont il faut se débarrasser. Face à ce choix infâme, Alejandro en vient à remettre en question tout ce pour quoi il se bat depuis des années…
Sicario la guerre des cartels un 2ème volet réalisé par Stefano Sollima plutôt efficace dans sa mise en scène qui n’a rien à envier au premier Sicario qu’avait réalisé Denis Villeneuve en 2015. Benicio Del Toro y développe un personnage sombre et complexe, une sorte de Terminator du désert, figure emblématique du film, il explose tout par sa présence. Un film qui aborde la dimension géopolitique par le genre et pour une fois de manière moins manichéenne. L’ennemi n’est pas toujours celui que l’on croit. Un film prenant.

I FEEL GOOD de Gustave Kervern et Benoît Delépine
26 septembre 2018

Monique dirige une communauté Emmaüs près de Pau. Après plusieurs années d’absence, elle voit débarquer son frère, Jacques, un bon à rien qui n’a qu’une obsession : trouver l’idée qui le rendra riche. Plus que des retrouvailles familiales, ce sont deux visions du monde qui s’affrontent.
Gustave Kervern et Benoit Délépine montre un monde peu exploré dans le cinéma français, celui d’Emmaüs et des petites gens. Une fiction aux allures de documentaire qui réhabilite ceux que la vie a laissés sur le bord de la route. Beaucoup d’humanité et d’affection pour leurs personnages, un humour corrosif avec le personnage joué par Jean Dujardin à l’image de l’arrogance de ceux qui gouvernent le pays. Yolande Moreau est bouleversante drôle et magnifique. Une comédie douce amère sur un monde alternatif possible où la solidarité est une nécessité vitale.

THE HOUSE THAT JACK BUILT de Lars Von Trier
17 octobre 2018

États-Unis, années 70. Nous suivons le très brillant Jack à travers cinq incidents et découvrons les meurtres qui vont marquer son parcours de tueur en série. L’histoire est vécue du point de vue de Jack. Il considère chaque meurtre comme une œuvre d’art en soi. Alors que l’ultime et inévitable intervention de la police ne cesse de se rapprocher (ce qui exaspère Jack et lui met la pression) il décide – contrairement à toute logique – de prendre de plus en plus de risques. Tout au long du film, nous découvrons les descriptions de Jack sur sa situation personnelle, ses problèmes et ses pensées à travers sa conversation avec un inconnu, Verge. Un mélange grotesque de sophismes, d’apitoiement presque enfantin sur soi et d’explications détaillées sur les manœuvres dangereuses et difficiles de Jack.
Lars Von Trier continue d’explorer la figure du Mal avec cette année avec un film sombre, très sombre. Aucun échappatoire possible ni pour le personnage principal ni pour ses victimes. Une certaine dureté dans la longueur des scènes de meurtres flirte avec une certaine complaisance. La mise en scène est brillante comme toujours chez le cinéaste avec suffisamment de distance pour ne pas que cela soit insupportable. La dernière séquence de la descente au enfers est dantesque. Matt Dillon est habité plus que jamais. Du grand cinéma mais qui laisse une sensation poisseuse vraiment désagréable chez son spectateur.

Mention au film Girl réalisé par Lukas Dhont que je n’ai personnellement pas vraiment aimé, j’ai ressenti un certain hermétisme au personnage, mais la prestation du jeune Victor Polster a été remarquée à juste titre et le sujet du film, ambitieux et peu abordé au cinéma, mérite que l’on salue la démarche de l’auteur.

Mention au film Suspiria de Luca Guadagnino : je n’ai pas été sensible à la mise en scène trop hétéroclite à mon goût, et j’ai trouvé le film beaucoup trop long, il aurait mérité d’être resserré, mais la musique composée par Thom Yorke (Radiohead) et la prestation de Tilda Swinton que j’adore, valent le détour pour leur audace.

Mention au film Sophia Antipolis de Virgil Vernier, proche du documentaire dans sa mise en scène, il y déroule une atmosphère crépusculaire sur un monde en perdition ; le film est inégal dans sa construction mais possède quelques fulgurances.

Et enfin, mention aussi au film Au poste! de Quentin Dupieux dont j’affectionne l’univers ; petite pépite de comédie inattendue avec Benoît Poelvoorde et Grégoire Ludig, où l’absurde et un humour très noir cohabitent avec beaucoup de bonheur.

Une année cinéma mitigée pour ma part tellement il est devenu difficile de voir les films qui partent vite de l’affiche. À l’heure où je boucle cet article, je n’ai pas encore vu le film de Kore Eda, Une affaire de famille (Palme d’Or à Cannes), dont j’ai entendu le plus grand bien. Mes 10 films “préférés » font la part belle à un cinéma humaniste qui éclaire le monde d’ondes bienveillantes, il en a un besoin profond.

J’en profite d’ailleurs pour signaler une rétrospective sur la cinéaste Naomi Kawase jusqu’au 7 janvier au Centre Pompidou à Paris où l’ensemble de son oeuvre est présentée. Ses films sont littéralement lumineux et je ne peux que vous conseiller de prendre le temps de découvrir son univers.

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