Dans la chambre des Sefshkenazes

Le journal de bord of the Sefshkenazes / Day 10

Day 10
Jennifer

Cette nuit, il faisait tellement chaud que j’ai ouvert ma fenêtre en grand et que j’ai posé mon ventilateur dessus, en marche. Je me suis installée devant, bras en croix avec mon t-shirt fuck you funky music, aspirant de tous les pores de ma peau le moindre souffle d’air. Mais évidemment, le ventilateur n’était pas très stable, et il s’est mis à osciller dangereusement. Si je ne m’étais pas précipitée dessus pour le rattraper, il serait tombé sur la tête d’une personne attablée en terrasse, elle serait sans doute grièvement blessée, – parce que quatre kilos du troisième étage, ce n’est pas rien – voire morte, et moi j’aurais été en prison, donc je me suis précipitée pour le rattraper et stopper sa course assassine, et j’ai fait ça si vite, et avec tant de force que je suis tombée en arrière, et le ventilateur est tombé sur moi. Je me suis évanouie, cela va sans dire.

Quand je me suis réveillée, j’avais huit ans et j’étais à Bismarck, j’avais mon pyjama Snoopy. Et mes nattes que je défaisais toujours le matin pour avoir les cheveux bouclés comme Brandon. Parce que nous sommes jumeaux Brandon et moi, mais nous ne nous ressemblons pas tellement : Il mesure 1m85 et moi 20 cm de moins. Il a des cheveux bouclés et moi des baguettes chinoises. Il n’a pas de seins et moi…. eh bien moi non plus pour tout dire, mais il paraît que ça peut pousser jusqu’à l’âge de 25 ans alors j’essaie de rester résolument positive.

Bref, je me suis réveillée à huit ans et je suis descendue de mon lit et j’ai hurlé parce que j’ai posé mon pied sur une araignée géante ou une main de Freddy ou pire encore et elle m’emprisonnait la cheville . Mais c’était juste Brandon qui s’ était glissé sous mon lit et qui me faisait sa grosse blague habituelle pour me faire hurler.

Rosa Sefshkenaze a crié de la cuisine : « Vous allez me faire mourir d’une crise cardiaque  » et Morris Sefshkenaze a dit :  » Encore ? « . Brandon a rigolé et moi je lui ai dit que c’était vraiment un être immature et stupide parce que dans cette famille, je ne peux compter que sur moi même pour me défendre.  » C’est un mystère insondable que nous soyons du même sang, Brandon. »

Il a haussé les épaules et il est descendu à la cuisine . Maman avait préparé des pancakes et de la gelée de groseille et Brandon en a mangé huit pendant que j’en dégustais la moitié d’un. Maman était toute émue, comme s’il avait eu son doctorat de médecine. Et puis elle m’a dit de me dépêcher. Le bus pour l’école klaxonnait, j’ai couru, Brandon m’a suivie en traînant les pieds . Dans le bus, il a réalisé qu’il avait oublié son cartable et il a dit que c’était ma faute, et il m’a tiré les cheveux. J’enrage. J’imagine des tortures chinoises pour me venger de lui.

Dans la classe de Miss O.Connery, Brandon et moi, nous sommes obligés d’être à côté, sous prétexte que je dois aider mon frère quand il n’a pas fini de copier ses devoirs ou ses leçons.

Brandon a pris l’habitude de ne rien écrire, et il me passe directement son cahier pour que je recopie à sa place. J’en pleure. Miss O’Connery me traite de pleurnicheuse et d’égoïste. J’enrage. J’imagine qu’elle meure, écrasée par un hippopotame.

A l’heure de la récréation, Brandon retrouve ses copains et joue au hockey sur terre battue et moi, eh bien moi, je fais NOS devoirs. J’enrage. J’imagine qu’un tsunami les emporte, eux, leurs crosses et leur palets.

Le retour à la maison dans le bus est terrible parce que Brandon invente toujours des choses incroyables pour me torturer. Il dit à Timoty Benking que je suis amoureuse de lui, par exemple. Timoty Benking, c’est celui qui a redoublé quatre fois la neuvième. Il a douze ans et un acné cataclysmique. Et Timoty Benking me fait des clins d’œil pendant tout le trajet, et Brandon rit. Ou bien, il dit à ma meilleure amie que j’ai des poux, et qu’elle ne devrait pas s’asseoir à côté de moi.

Je raconte tout cela à Rosa, bien sûr, mais Rosa me dit que Brandon est mon frère aîné, que je dois me montrer raisonnable, comprendre que ce ne sont que des taquineries, elle me dit que j’ai tendance à dramatiser, et qu’un frère c’est sacré.

  • Une sœur aussi, c’est sacré, m’man ? j’ai demandé une fois
  • Évidemment.
  • Alors, pourquoi il me torture comme ça si je suis sacrée ?

Et Rosa s’est assise sur son fauteuil et a commencé à me raconter, comme si elle me faisait un privilège incroyable, comment les filles doivent se comporter pour trouver un mari. Se taire, supporter, sourire, tourner la cuillère dans le ragoût. « C’est notre destin, ma chérie, mais Dieu nous récompense de tous nos sacrifices en nous donnant de beaux enfants » J’enrage. J’imagine qu’elle tombe enceinte de sextuplés , tellement la reconnaissance du Seigneur.

J’ai essayé d’en parler à Morris. Morris soupire et me dit « Moi, je suis bien d’accord avec toi, mais ta mère va encore faire une crise cardiaque si je m’en mêle »

Heureusement, le soir, avec Brandon, il y a toujours un moment où j’oublie toutes les misères qu’il m’a fait subir pendant la journée. C’est quand il prend sa guitare, après le dîner, et qu’il se met à jouer. Il me regarde et il me dit « A toi, Jen ! «  et on chante tous les deux dehors, sur la véranda pendant que le soleil se couche pour faire encore plus de silence autour de nous.

jen et brandon enfants

Je dis à Brandon: « Un jour, tous les deux, on sera célèbres tu sais ? »

II dit « Oui, petite sœur » et il sourit et il a l’air tellement gentil, il a l’air de tellement y croire lui aussi, que je me dis que le lendemain, il ne fera pas Freddy sous le lit et qu’il se mettra, enfin, à faire ses devoirs tout seul.

…Et le lendemain, je me réveille et

« JEN, JEN, DIS MOI QUE TU N ‘ES PAS MORTE ! OUVRE LES YEUX JEN ! OPEN YOUR EYES OR I KILL YOU»

J’aperçois Brandon, en pyjama, les yeux plein de larmes, un ventilateur étrange, plein de longs fils noirs, à la main….

Je suis restée inconsciente avec mon ventilateur en marche sur la tête, durant près d’une heure m’a expliqué Abz. Ce qui explique que j’ai encore perdu une bonne partie, la gauche, cette fois, de mes cheveux.

J’enrage.

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