Littérature Francophone

Chloé Delaume, continuer à lire, rire et réfléchir nos luttes

Parce que la période est très particulière, il fallait lire d’autres livres que prévu. Ainsi, j’ai pris dans ma pile le livre de Chloé Delaume, Les Sorcières de la République.
Une amie m’a dit que les lectures ardues ne me faisaient pas peur. J’ai pu comprendre ce qu’elle m’avait dit en me plongeant dans cet étrange roman d’anticipation, qui raconte les faits du point de vue d’une Sibylle, ancienne membre du Parti du cercle qui doit se défendre lors d’un procès en 2062. Celui-ci a lieu dans le dôme du Stade de France transformé en tribunal. Je m’y suis enfoncé tandis que le confinement débutait et changeait nos habitudes, le temps d’éviter le pire.

Je voulais éviter qu’en mai 2022, une fois qu’on serait parties, ce soit la catastrophe. L’hédonisme sécuritaire, la gestion de la laïcité, la hiérarchisation par l’État des urgences. Les chemises brunes se déclinent si bien en marinières, les valeurs se boutonnent, le tri se fait les étagères et dans la tradition. L’odeur de naphtaline se répand doucereuse, rassurante, légèrement piquante, familière.  Chloé Delaume

Les Sorcières de la République est l’histoire d’une révolution féministe qui a échoué. Ce qui a amené la Sibylle devant le tribunal est l’épisode du Grand Blanc, amnésie collective dont la société semble souffrir. Lors de ce procès médiatisé, où l’on découvre d’ailleurs une anticipation des dérives spectaculaires et médiatiques imaginées par l’autrice, la Sibylle raconte comment tout cela s’est passé : la création du Parti du cercle, une secte féministe composée de déesses grecques, son accession au pouvoir et des événements beaucoup plus anciens.

L’imaginaire déployé par Chloé Delaume tente de faire le point sur les enjeux féministes. J’ai eu la sensation de voir chez la Sibylle des similitudes avec l’autrice, comme si elle jouait ce rôle de composition dans le roman. C’est foisonnant et férocement drôle, en cela la quatrième de couverture ne se trompe pas. Ce livre est déroutant par son aspect politique. Chloé Delaume imagine cette fiction en ne se coupant pas de notre réalité politique et culturelle. C’est peut-être cela qui a fait que la lecture m’a été parfois difficile, encaissant ces premiers jours de confinement difficilement comme beaucoup.

Cette épopée féministe montre toutes les facettes d’un mouvement. Mais celui-ci n’est pas idéalisé. Le roman montre tout autant les divergences que l’espoir commun dans une plus grande parité et une sororité. Le futur qu’imagine l’autrice est triste mais elle nous le présente avec son humour irrésistible, qui m’a apaisé malgré tout. Cette lecture était ardue mais libératrice comme l’est toute littérature innovante.

L’écriture de Chloé Delaume est envoûtante, l’ayant déjà entendue lire, j’ai bien ressenti cette rythmique si particulière, en deux temps, comme un discours scandé ou plutôt performé. La lecture donne l’impression que Chloé Delaume est devant nos yeux à nous raconter une drôle d’histoire, entre humour et combat politique.

Alors oui, il faut continuer à lire, même les livres les plus exigeants, et rester au contact de ce que l’on aime : lire, imaginer, réfléchir et rire aussi.

 


Les Sorcières de la République
de Chloé Delaume

Éditions du Seuil 18 août 2016

 

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  Photo : Diane de Versailles / Pixabay

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