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« Cured » ou les mémoires émouvantes de Lol Tolhurst

Ecrit par Ivlo Dark

C’était il y a dix ans, je venais de remporter un jeu concours lancé par un forum consacré au groupe mythique The Cure. La récompense était un exemplaire de l’album House by The Sea de Levinhurst. Un disque généreusement signé par ses membres, à savoir Cindy Levinson et Laurence Tolhurst plus communément appelé Lol.

De manière impulsive, j’écrivis naïvement aux intéressés afin de les remercier pour leur délicate attention à mon égard. Sincèrement, je ne pensais pas obtenir de réponse. Pourtant, j’allais recevoir un message sur ma page Myspace. C’était Lol en personne qui établissait le contact avec moi. Pendant quelques semaines, nous avons entretenu une correspondance épisodique en échangeant simplement sur la musique qui nous touche. À la lueur de cette magnifique occasion, j’avais pu constater que l’extrême gentillesse de l’homme et son accessibilité vis-à-vis des fans n’étaient pas pures légendes. Preuve confirmée, il y a peu, par bon nombre de mes amis qui auront eu la chance de croiser l’intéressé à l’occasion de séances de dédicaces programmées suite à la publication de ses mémoires dans un recueil dont il va être question dans les lignes qui suivent.

Je parle bien de mémoires, Lol Tolhurst ne mettant pas en avant une vision détaillée de son existence au sein d’une formation marquant encore les esprits. Si le sous-titre « Two Imaginary Boys » illustre en filigrane sa proximité avec l’icône new-wave de toute une génération, il parvient surtout à se détacher des habituelles biographies consacrées au phénomène The Cure pour ne retenir qu’une vision intime de son vécu. À l’intérieur mais aussi en marge d’une chronologie rabâchée. C’est donc un réel plaisir de découvrir quelques anecdotes qui nous embarquent dans les frémissements punks et bagarreurs de Crawley.

Au début de son récit, nous sommes au cœur de cette banlieue anglaise dont la peinture est loin d’être attractive, malgré une nostalgie sous-jacente. L’idée d’échapper à une routine figée en ces lieux est relativement forte et explique en grande partie l’insistance chez de jeunes garçons à fuir un quotidien peu avenant. J’ai envie de vous dire surtout chez Lol, dont les relations avec un père en proie aux tourments de l’alcool (et ses dérives) n’ont fait qu’inciter ce fils à trouver une échappatoire.

Ce besoin d’amour, qui émane du livre, témoigne de cette hypersensibilité chez celui qui va devenir assez vite un batteur appliqué dans les formations qui précèderont celle que nous connaissons bien (The Obelisks, Malice puis Easy Cure – dont il sera à l’initiative du nom).

Au fil des chapitres, Lol Tolhurst n’aura de cesse de marquer une admiration mêlée d’affection à l’encontre de son ami Robert Smith. Évocation alors des débuts mouvementés avec le troisième larron, Michael Dempsey, remplacé rapidement par le bassiste-héros Simon Gallup… Trio en pleine ascension vers les sommets (avec le concours du précieux mentor Chris Parry). De cette époque devenue culte, on retiendra avec amusement les quelques péripéties d’une vessie capricieuse (Billy Idol doit encore s’en souvenir), outre quelques confidences épiques à la suite de plusieurs concerts mémorables.

Au-delà de ces tranches de vie, le livre se penche longuement sur les états d’âme tourmentés de son auteur. La douleur immense suite au décès de sa maman alors que The Cure se trouve en pleine tournée imbibée des nappes du mystique Faith. Le combat souvent perdu par KO face aux folies démoniaques de l’alcool, une emprise qui causera son inévitable éviction à l’issue d’un album Disintegration (titre en raccord avec le contexte) dont les crédits sur le livret résonnent encore d’un « other instrument » redoutablement parlant. Un procès médiatisé pour enfoncer une tête dans la haine et des finances dans le gouffre. C’est avec un certain courage que Lol Tolhurst revient sur ces périodes sombres de son existence. Épisodes qu’il décrit avec force et pudeur tout en prenant du recul sur ses propres erreurs, tel un miraculé.  Son mea culpa, empli de dignité, trouvera sa prise de conscience spirituelle dans le désert de Mojave. Seul contre la rudesse des éléments, il parvient à prendre sa destinée en main. Il en ressortira métamorphosé avec le panache propre aux individus qui ne réfutent pas la repentance.

C’est avec la larme à l’œil que nous lisons le compte rendu d’un chemin vers la guérison et au-delà du processus, une rédemption marquée par cette réconciliation que certains pensaient impossible. Le lien était trop fort pour être brisé à jamais. Derrière les lignes qui nous font revivre la scène entre deux vieux amis qui tombent dans les bras l’un de l’autre, il y a le lecteur, totalement bouleversé par l’instant décrit. Apothéose des retrouvailles pour nos protagonistes le 31 mai 2011 à Sydney où The Cure rejouera l’intégralité de ses trois premiers albums dans le cadre du projet Reflections. Plus de vingt ans après son départ forcé, Lol Tolhurst, derrière ses percussions et son clavier, retrouve, avec une émotion débordante, ses plus vieux amis. Si le clin d’œil symbolique ne sera pas pour autant un signe de ralliement avec l’équipe, il marque aux yeux du public la reconnaissance d’un artiste au sein d’un mythe encore vivant. Une page se tourne alors, avec pour décor la sérénité retrouvée en pleine cité des anges.

« Cured », traduit de l’anglais par David Gressot est paru aux éditions Le Mot et le Reste le 19 janvier 2017.

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